mardi 30 septembre 2025

Les libres propos d’Alain Sanders


La Moldavie échappe à l’OPA russo-stalinienne. Mais le couperet est tombé très près…

 

Soyons clairs. Les propensions européennes de la présidente moldave, Maia Sandu, et de son parti, le PAS (Parti Action et Solidarité) ne sont pas notre tasse de masala chaï. A condition de préciser que cet engouement européen est dû à une urgence : établir une protection, sinon un véritable bouclier, contre les menaces du Kremlin (qui veille sur la mer Noire comme un boa sur sa proie).

Pas notre tasse de thé, certes, mais… Mais – et ce mais est de taille – la victoire du PAS, même ric-rac, aux législatives du 28 septembre, va permettre à la Moldavie d’écarter l’OPA de Moscou qui s’est ingéré au-delà du descriptible dans la consultation électorale.

Rappelons que le PAS a choisi – pour ne se compromettre en rien – de se présenter seul face à un bloc de quatre partis socialo-communistes ouvertement pro-russes et plus que cela, ouvertement prosoviétiques : tracts, slogans, affiches, bannières adornées de la faucille et du marteau, slogans ressortis des poubelles de l’histoire stalinienne, menaces physiques contre les candidats du PAS, etc.

Victoire méritoire quand on sait qu’il a fallu de surcroît faire face à l’hostilité d’une Eglise orthodoxe russe totalement inféodée à Moscou et au patriarche Kirill (agent du KGB sous le nom de « Mikhaïlov »). A la différence de l’Ukraine, qui a pu démasquer les prêtres aux ordres du Kremlin pour installer une Eglise orthodoxe ukrainienne indépendante et nationale, la Moldavie est toujours ligotée à ce cordon qui tient surtout du lacet d’étranglement.

On y ajoutera, aux flancs même de la République moldave, deux abcès menaçants : la Gagaouzie autonomiste (et pro-russe) et surtout la Transnistrie occupée par l’armée russe (ce qui n’a pas empêché le PAS d’obtenir près de 25% de voix).

Le bloc des quatre partis socialo-communistes a rassemblé quelque 24% des voix (1). Ce qui n’est pas rien quand on sait que ce bloc, financé par Moscou, est prêt à fomenter des troubles dans la rue (vieille tactique de l’extrême gauche quand les urnes ne lui sont pas favorables, suivez mon regard…). Ils ont essayé de le faire ce lundi, mais n’ont pas rassemblé trois cents personnes devant le Parlement.

Pays historiquement très pauvre (et très corrompu), la Moldavie a besoin de l’Europe pour se protéger de Poutine, nous l’avons dit, mais aussi pour bénéficier d’aides qui permettraient de mener des réformes économiques majeures. Car si le pays est pauvre, il ne manque pas de ressources.

Maia Sandu, réélue avec 55% des voix lors de la dernière présidentielle, a salué la victoire du PAS : « Nous avons montré au monde entier que nous sommes courageux et dignes, et que nous ne nous sommes pas laissés intimider ».

Il fallait du courage – moral et physique – en effet pour contrer les agissements des nombreuses officines russes qui ont pignon sur rue, jusque dans la capitale Chisinau. Des « centres culturels » avec le drapeau russe et le portrait de Poutine en vitrine qui sont autant de bases propagandistes. Des repaires poutiniens normalement interdits, mais qui refusent de fermer boutique malgré les interventions de la police moldave (qui n’a guère de moyens). Quelques jours avant les élections, les autorités moldaves ont saisi des armes et des liquidités témoignant d’une ingérence paramilitaire. Avec des bases en Serbie animées par le responsable d’un « service spécial » de la Fédération de Russie. Inutile de dire que l’Ukraine suit avec inquiétude – parce qu’elle a déjà donné… – ce que vit la Moldavie.

Alain Sanders

(1)   Résultats obtenus par les autres partis : Blocul Alternativa : 7,99% ; Partidul Nostru : 6,21% ; Democratia acasa : 5,63%.

 

 

lundi 29 septembre 2025

Les libres propos d’Alain Sanders

 

Ils sont devenus bien délicats, les héritiers du « rasoir républicain »…

 

A l’occasion de l’entrée de Robert Badinter au Panthéon, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCem) de Marseille va exposer une des deux guillotines qui sont encore conservées dans les collections des musées français.

Le chef installateur de ladite guillotine, un certain Hervé, a dirigé la manœuvre qui consistait à monter – une quarantaine de pièces à assembler façon IKEA, mais sans notice de montage… – le « raccourcissement patriotique » emblématique du terrorisme des Grands Ancêtres …

Sera cependant absent de cette exposition républicaine le panier en osier qui accompagnait la guillotine pour recevoir la tête ensanglantée. Il paraît que ce serait « trop suggestif » pour le public. Même absence – et pour les mêmes raisons – de la corde qui commandait le hissage de la lame avant qu’elle ne s’abatte sur le cou du malheureux préalablement poussé vers le passe-tête…

La guillotine exposée au MuCem avait été présentée en 2010, au Musée d’Orsay pour illustrer l’exposition « Crime et châtiment ». Déjà, à cette époque, histoire de ne pas « choquer le public », elle avait été recouverte d’un voile de gaz rose (sic)…

Ils sont devenus bien délicats et un rien chochottes, les héritiers du « rasoir républicain ». Pourquoi avoir honte, pourquoi ne pas assumer, « l’instrument » le plus symbolique de la République qui, des années durant, s’est bâtie sur l’usage frénétique de cet outil de mort ? Il y en avait une à Paris, bien sûr, avec ses charretées quotidiennes de victimes, dont le roi et la reine martyrs. Mais il y en avait aussi en province et, quand il n’y en avait pas, on en transportait une convoyée, sous escorte, par les VRP de la Terreur.

Badinter, qui a fait voter l’abolition de la peine de mort en 1981, avait, alors qu’il était avocat, vu fonctionner, sur un condamné à mort qu’il n’avait pu sauver, la guillotine. Dans la cour de la Santé. Il en avait été bouleversé. On le serait à moins. Il dira : « Elle avait l’air d’une espèce d’idole sanglante qui attendait sa ration de mort ».

Non : pas « une espèce d’idole », mais l’idole de la République. Même si, aujourd’hui, on feint de l’oublier et qu’on fait la fine bouche quand elle est exposée à des fins supposées pédagogiques.

On nous dit qu’à Marseille, la guillotine est dressée « en pleine lumière afin de nous mesurer au souvenir d’une justice sanglante au sens propre, et encore récente ». Très bien. Mais pourquoi se limiter à ce « encore récente » ? Pourquoi « omettre » de dire que cette « justice sanglante » eut, pour desservants empressés et acteurs dévots, Danton Robespierre, Saint-Just, Marat, Fouquier-Tinville, Carrier (inventeur de surcroît, pour aller plus vite, des « chapelets républicains » à Nantes). Et tant d’autres qui ne tinrent (et se maintinrent) au pouvoir – avant de goûter eux-mêmes à l’horreur – que grâce à ce monstrueux outil.

On nous dit encore qu’au MuCem un gardien de salle surveillera en permanence l’idole républicaine. Ils ont peur de quoi ? Que des robespierristes (il y en a encore et jusqu’à l’Assemblée nationale) s’en emparent en prévision du grand soir ?

Alain Sanders

 

 

 

vendredi 26 septembre 2025

Nicolas Sarkozy en prison ? Une aberration partisane juridico-judiciaire – un mauvais coup porté à la France

Nicolas Sarkozy en prison ? Une aberration partisane juridico-judiciaire – un mauvais coup porté à la France

Je n’ai jamais été un partisan de la plupart des politiques menées par Nicolas Sarkozy. Certes, je considérais ses efforts pour libérer des infirmières bulgares des griffes du dictateur bédouin. J’avais jugé plutôt cocasse les formes de la réception de ce dernier à l’Élysée et la permission qui lui avait été accordée de planter à deux pas de là sa grande tente de seigneur du désert.

Surtout, Mouammar Khadafi présentait l’avantage d’avoir écrit un "petit livre vert" qu’il prétendait supérieur au Coran, se faisant ainsi haïr par tous les islamistes du monde. Nicolas Sarkozy, peu soucieux d’exégèse coranique, à vrai dire se fichait et se contrefichait de tout cela.  

En revanche, ce que je n’ai guère apprécié dans sa politique étrangère, c’est qu’après avoir manifesté de la fermeté vis-à-vis de Poutine, il ait approuvé la conquête néo-soviétique de la Géorgie par ce dernier, légitimant ainsi les futures invasions de la Tchétchénie et de l’Ukraine.

Mais ce n’est évidemment pas pour sa poutinophilie qu’il a été poursuivi et condamné hier à la peine incongrue de 5 ans d’emprisonnement ; et pas davantage bien sûr pour son conformiste alignement sur la « culture de mort » jadis dénoncée par le grand pape saint Jean-Paul II mais qu’aucune loi ne combat aujourd’hui. En réalité, au regard de notre code pénal, Nicolas Sarkozy ne méritait pas plus d’être condamné que tous les élus de la République moralement coupables d’avoir sacralisé l’avortement par le vote quasi-unanime, à quelques abstentions près, de la constitutionnalisation.

Bref, les juges qui l’ont condamné se sont aujourd’hui disqualifiés en frappant injustement Nicolas Sarkozy d'une peine de prison d’autant plus disproportionnée que lourdement aggravée par le fait qu’il était le président de la République française.

Ce sont les juges du Syndicat de la magistrature qui ont affiché jadis sur leur pitoyable « mur des cons » des photos de tant d’honnêtes gens, ce sont les mêmes qui ont condamné Nicolas Sarkozy et qui mériteraient pour cet agissement scandaleux de lourdes peines pour insulte à un chef de l’État nullement malfaiteur aujourd’hui au regard du code pénal.

 

Marine Le Pen : sans injuste condamnation elle sera présidente de la République.

J’ai assisté hier au soir sur LCI à l’excellente prestation parfois émouvante de Marine Le Pen, dans le débat animé par Darius Rochebin sur l’ensemble de ses idées politiques, sociales et même… religieuses.

On le sait, je ne partage pas toutes les idées de Marine. Elle ne se veut ni de droite ni de gauche, et moi j’étais de droite avec son père, parce que le Front National était tout bonnement le parti de la droiture. J’ai noté hier qu’elle a enfin délicatement revendiqué les cinquante ans de continuité politique du Front National.

On sait aussi que c’est sur la légalisation de l’avortement puis, plus tard, sur sa « constitutionnalisation » que j’ai exprimé ma plus forte divergence avec Marine.

Hier, c’est avec joie que je l’ai entendue évoquer « la valeur sacrée de la vie » et qu’elle a aussi, avant ou après cela, avoir confié à Rochebin sa certitude de l’existence de Dieu.

Bravo, chère Marine, et je suis aujourd’hui dans la quasi-certitude que tu finiras bien par remettre en question l’acte de mort de l’avortement en regard de la valeur sacrée de la vie.

 

À nos lecteurs,

Vous n’avez pas été sans le remarquer, mon cher ami Alain Sanders s’exprime plus souvent que par le passé sur ce blog. Je m’en réjouis profondément parce que, vous le voyez bien, il est un écrivain de grand talent.

Cela me permet donc, dans les semaines qui viennent, de continuer à ne pas trop m'exprimer sur ce blog. Pourquoi cela ? Tout simplement, parce que j’ai entamé depuis environ trois mois la rédaction de mes souvenirs, politiques et autres. J’en suis environ à la moitié de ce chantier. Si Dieu le veut, je bouclerai ce travail avant la fin de cet automne.

 


Les libres propos d’Alain Sanders


Notre mémoire

1885-2025 : Le Petit Tambour de Dong-Yen (Tonkin)

Fin 1884, une trentaine de légionnaires, commandés par le lieutenant Joneau, progressent en direction de Dong-Yen, au nord-ouest de Hanoi. Leur mission ? L’éradication des Pavillons noirs qui prétendent interdire à nos troupes d’avancer vers Tuyen-Quan.

Début janvier 1885, une embuscade est tendue aux pirates. Aux côtés de légionnaires, non pas un Clairon comme c’est l’habitude, mais un Tambour de 16 ans, Robert Bouchony. Engagé volontaire pour se battre au Tonkin.

A quelques heures de l’engagement, il a reçu consigne de ne se servir de son tambour que sur ordre du lieutenant Joneau ou de son adjoint, l’adjudant Caraillon.

Pendant la marche d’approche, le jeune Tambour perd contact avec la colonne. Il s’aperçoit vite que, non seulement il est seul mais que, de surcroît, il est cerné par les Pavillons noirs.

Sans se démonter, il prend son tambour et commence à effectuer une série de roulements. Parfois lents. Parfois rapides. Des longs. Des courts. Ce qui lui vaut d’être vite repéré par l’ennemi qui se porte à sa hauteur.

Au moment où il va être capturé, il change de rythme et bat la charge. Ce qui a pour effet de stopper les Pavillons noirs dans leur élan. Les sonneries des clairons de l’armée française, ils connaissent, mais ces roulements de tambour joués par un gamin les intriguent.

Bouchony, lui, ne s’est pas arrêté de jouer. Alternant les roulements longs et courts. Ne s’interrompant que pour porter un doigt à ses lèvres et faire d’étranges grimaces comme pour signifier aux Pavillons noirs qu’ils n’ont pas encore tout vu… Les pirates, comme tétanisés, regardent ce gamin qui les défie.

Le lieutenant Joneau et ses hommes, en progression à quelque cinq cents mètres, ont entendu le tambour.

- C’est Bouchony, dit l’adjudant Caraillon. On lui avait pourtant dit de ne tambouriner que sur ordre…

- Tais-toi. Ecoute. Ce ne sont pas des roulements réglementaires, il doit se passer quelque chose, dit le lieutenant Joneau.

- Ben, je dirais que ça ressemble à du Morse, dit Caraillon.

- Du Morse ? Tu as raison, c’est du Morse…

- Je ne connais pas le Morse.

- Moi, si…

Le lieutenant Joneau déchiffre vite le message : « Au secours… vite… je suis encerclé… vite… derrière le bois de bambous… vite… vite… au secours… ».

En quelques minutes, les légionnaires sont au contact des Pavillons noirs. Ils en tuent un grand nombre, en blessent encore plus et font une cinquantaine de prisonniers. Le couraguex Tambour, lui, n'a pas une égratignure.

Deux mois plus tard, sur le pont du Vinh-Long, le général Brière de L’Isle décore Robert Bouchony.

- Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

- D’apprendre à jouer de la grosse caisse.

- De la grosse caisse ! Et pourquoi ?

- Pour être sûr d’être secouru plus vite la prochaine fois…

Alain Sanders

 

 

 

 

mercredi 24 septembre 2025

Les libres propos d’Alain Sanders

 

Face aux provocations – de plus en plus rapprochées – de Poutine, la tragique impuissance de l’OTAN pusillanime

 

Nous nous abstiendrons, dans une sorte de triste inventaire à la Prévert, de faire un relevé exhaustif des provocations répétées – de plus en plus rapprochées, de plus en plus menaçantes – de Poutine. Sinon pour évoquer les dernières en date : Pologne, Roumanie, Finlande, Estonie, Danemark, Norvège, etc. Dans le même temps, les Russes bombardent jour et nuit les populations civiles ukrainiennes et viennent de lancer une offensive massive dans la région de Kharkiv.

Il y a quelque temps de ça, le satrape islamo-turc Erdogan, qui est pourtant un comparse empressé de Poutine, n’avait pas hésité à faire abattre un avion de chasse russe qui s’était aventuré (« égaré », dira Moscou) dans l’espace aérien ottoman. Et le Kremlin n’avait pas moufté.

L’OTAN, qui fut naguère (et déjà jadis…), un efficace « parapluie » contre l’URSS et ses alliés serfs, regarde aujourd’hui passer – en regardant ailleurs semble-t-il – les avions de combat et les drones russes. Des aéronefs ennemis qui évoluent, sans être inquiétés plus que ça, dans les espaces aériens de pays membres de l’Alliance. Ce qui ne provoque (et encore, moderato cantabile…) que de misérables communiqués. Quand Trump, nettement plus expéditif, explique  que « l’Alliance devrait abattre les avions russes qui violent les espaces aériens des pays membres de l’OTAN ». 

On en est arrivé à ce paradoxe que l’Union européenne, sensée se tenir militairement aux côtés de l’Ukraine envahie, a décidé d’investir dans l’industrie de l’armement… ukrainienne pour se protéger des drones russes ! Et que l’OTAN, sorte de tigre en papier désormais, en est réduite à adopter une sorte de dispositif de dissuasion en s’appuyant sur l’expérience des Ukrainiens.

Piteusement, Andrius Kubilus, commissaire européen à la Défense, fait l’aveu de cette incroyable amateurisme face aux menaces russes : « L’expérience de l’Ukraine pour contrer les drones russes est un atout pour la préparation de l’Union européenne en matière de défense à l’horizon 2030 ». Preuve, s’il en était encore besoin, que l’Ukraine est la première ligne de défense face à Poutine. Les survols répétés de pays européens par les avions et les drones russes sont autant d’avertissements arrogants envoyés aux Occidentaux : « Vous êtes incapables de protéger l’espace ukrainien (1). Et nous sommes en train de vous prouver que vous seriez incapables de protéger les territoires de l’Union européenne ».

Pour l’heure, l’OTAN se contente de répéter : « L’escalade doit cesser ». Ce qui fait dire – sans rire – à certains commentateurs européens : « L’Otan a décidé de hausser le ton ». Il paraît qu’ils en tremblent encore à Moscou…

Un communiqué du Conseil de l’Atlantique Nord précise : « Les 32 pays alliés de l’OTAN emploieront, dans le respect du droit international (2), tous les outils militaires et non-militaires qu’ils jugeront nécessaires pour se défendre et pour écarter toutes les menaces, d’où qu’elles viennent ».

Une vingtaine de drones sur la Pologne. Trois avions de combat pendant 12 minutes dans le ciel estonien. L’aéroport de Copenhague survolé de longues minutes, au point de devoir stopper tout le trafic aérien, par des drones menaçants. Etc. Malgré les rodomontades de l’opération Eastern Sentry (« Sentinelle orientale ») installée par l’OTAN, rien – ni personne – n’empêche Moscou de se balader sans être jamais inquiété.

Les semaines à venir vont être déterminantes. Pour l’Ukraine, bien sûr. Mais pas seulement.

Alain Sanders

(1)   Cela fait des mois et des mois que l’on promet un déploiement aérien et sol-air pour quadriller le ciel de l’Ukraine…

(2)  Face à un stalinien qui s’assoit allégrement sur le droit international, lui…

 

lundi 22 septembre 2025

Les libres propos d’Alain Sanders

 

On ne fera pas rentrer Tsahal dans ses casernes cette fois-ci

 

Massada l’héroïque. Massada proche de deux voies antiques : la route qui traversait le centre du désert de Judée et menait vers le sud du pays de Moab en Transjordanie ; la route qui reliait l’Idumée, le Moab et l’Arava à En Guedi et à Jérusalem.

En 72, après la conquête de Jérusalem par Titus, un groupe de quelque mille rebelles juifs (les Zélotes) se retranchent – hommes, femmes, enfants – sur un piton du bout du monde, Massada. Un plateau désertique entouré de falaises infranchissables (sauf pour des Romains…). Pendant des mois, les combattants juifs résistent aux soldats de la Xème Légion de Flavius Silva qui ont installé huit camps – on peut toujours les voir – autour de la forteresse assiégée. Ces camps, les fortifications et la rampe d’assaut qui permit aux Romains d’ouvrir une brèche, constituent le complexe de siège romain le plus complet conservé jusqu’à nos jours.

A quelques heures de l’assaut final, les défenseurs de cet Alésia du Néguev et leur chef, Eléazar, refusant d’être réduits en esclavage, vont se donner la mort. Flavius Josèphe, ancien gouverneur de Galilée pendant la première guerre judéo-romaine (66-70), puis historien à Rome où il avait été emprisonné, a raconté cette tragédie. Et comment les sicaires (1), élite combattant dominante au sein de la rébellion, formèrent des groupes de dix personnes, l’une d’entre elles devant sacrifier les neuf autres et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul exécuteur (2).

Le chef des rebelles, Eléazar, échappa ainsi au sort réservé à Vercingétorix, traîné au triomphe de César à Rome, enfermé des années durant dans un ergastule et finalement étranglé (3).

Les unités de Tsahal prêtent serment à Massada : «  Massada ne tombera pas une seconde fois » (4). Ni Massada, ni Eretz Israël.

Les palinodies de la France et de ses suiveurs à l’ONU, avec cette reconnaissance – le jour de Roch Hachana – d’un « Etat palestinien », sans territoire et sans existence nationale tangible, est un indicible cadeau aux terroristes du Hamas en même temps (comme dirait l’autre) qu’un crachat au visage des croyants israélites. Mais cette honteuse reconnaissance a déjà pour effet de renforcer la détermination de Tsahal d’aller jusqu’au bout. Pour en finir avec les violeurs, les dépeceurs, les égorgeurs du 7-Octobre. On ne fera pas rentrer Tsahal dans ses casernes cette fois-ci.

L’image du « Juif errant », en Europe, a longtemps occulté – au moins jusqu’à la délivrance de 1948 – que Jéhovah, le Dieu d’Israël, est aussi le Dieu des armées. Au cours des siècles – et même des millénaires – les Juifs se sont battus contre les Assyriens, les Babyloniens, les Egyptiens, les Cananéens, les Moabites, les Philistins, les Ammonites, les Perses, les Grecs, les Romains.

Dans la décision des défenseurs de Massada de préférer la mort à la servitude, l’Israël moderne voit le symbole de sa propre volonté de ne plus jamais se laisser faire : « Jamais plus Massada ne tombera », dit un poème israélien des années soixante.

Un peuple de guerriers même après la diaspora, il ne faut pas l’oublier. Après la dispersion du peuple d’Israël, on trouvera ainsi des mercenaires juifs dans toutes les armées de la région. Chez les Ptolémée égyptiens et chez les Séleucides perses, par exemple. Même après l’an soixante-dix, les Romains continuèrent à enrôler des Juifs dans leurs légions et à les considérer comme des unités d’élite..

Aujourd’hui se répète, pour Israël, le combat de David contre Goliath (avec la France macroniste aux côtés de Goliath). En 1968, Shimoun Pérès, déjà sans illusions, disait : « La France resta longtemps pour nous un espoir. Mais la politique française devient mauvaise. Je pense que l’on n’a pas très bien compris à Paris ce que cherchent les pays arabes (…). Si la France n’a plus aucune influence en Israël, elle cessera du même coup à en avoir à Beyrouth et au Caire ». L’histoire ne se répète pas, mais elle se mord la queue…

Les jeunes Israéliens – les David de notre temps – savent qu’ils devront se battre une partie de leur vie pour que leur pays vive (et même survive). Ils savent qu’ils appartiennent à une armée qui n’a pas le droit de perdre une seule bataille et que cela durera encore longtemps. Ils savent aussi qu’à la toute fin c’est David qui est vainqueur.

 

Alain Sanders

(1)   Du grec sica, nom de l’épée courte et recourbée qu’ils utilisaient.

(2) Deux femmes et cinq enfants qu’elles avaient cachés survécurent.

(3) L’arc de Titus à Rome commémore la prise de Massada.

(4) Si l’on retient surtout l’histoire du siège et de son issue tragique, on se rappelle aussi que cette place forte fut construite par le grand prêtre Jonathas et fortifiée par Hérode. Fortifiée et embellie : le palais nord, construit sur trois degrés de rochers de près de 30 mètres d’élévation avec des murs de soutènement énormes, est un chef d’œuvre architectural. Réputé – à juste titre – cruel et jaloux, Hérode n’en aimait pas moins le confort et le luxe. En témoignent des mosaïques superbes, des colonnes à chapiteaux corinthiens, des bains à la romaine (du vestiaire : apoditrium à la salle chaude : calderium en passant par le tepidium et le frigidarium), etc. Au sud de la synagogue (une des rares synagogues antiques de l’époque du second temple, détruit en 70), la « resserre des rouleaux » où fut rassemblé un butin trié par les Romains après leur entrée dans la forteresse. Ils prirent ce qui les intéressait mais abandonnèrent – heureusement pour les historiens – ce qui leur semblait sans valeur : des rouleaux de parchemin de papyrus, des projectiles, des boulets de baliste, des vaisselles cassées. Et même la feuille de paie du légionnaire Gaïus Masius, natif de la colonie de Beyrouth. Une paie qu’il touchait trois fois par an, ses frais d’habillement, d’équipement et de subsistance (pour lui et sa monture) étant largement déduits à la source. Nil novi sub sole

 

 

Hier le Liban, aujourd’hui la France ?

 

 
 
Dès les années 80, les militants de Chrétienté-Solidarité collaient des affiches pour avertir nos compatriotes : « Aujourd’hui le Liban, demain la France ».  Ce slogan (1) était, hélas, précurseur
 
La France s’enfonce, chaque jour un peu plus, dans une crise politique, sociale, économique et, peut-être, bientôt financière. Plus grave et plus inquiétant pour notre pays sont le développement fulgurant de la barbarie et des signes avant-coureurs de guerre civile.
 
La violence de rue est omniprésente. Les attaques au couteau, à la machette, aux armes à feu sont quotidiennes, causant des morts et des blessés graves plusieurs fois par jour. Plus personne n’est à l’abri. L’assassinat par égorgement, à Lyon, d’un chrétien irakien, réfugié en France pour échapper à la barbarie islamiste, aurait dû susciter une ferme réaction de l’Etat et une indignation générale. Au contraire (sauf dans les médias libres), c’est, depuis ce drame, un silence assourdissant qui règne.
 
Les forces de l’ordre sont impuissantes, soumises à des règles absurdes qui entravent leur action, trahies par une justice politisée, abandonnées par des responsables politiques soumis aux diktats de la gauche politico-médiatique ou aux chantages de régimes étrangers.
 
Comme dans le Liban des années 70, cette incurie endémique de l’Etat permet la montée en puissance de l’islamo-gauchisme, collusion de toutes les gauches, extrêmes ou servilement soumises à la frange radicale.
 
La violence politique, verbale, et de plus en plus physique, qui se développe depuis des années a pris un nouveau tournant ces dernières semaines. Le drapeau français est arraché et ses porteurs sont systématiquement chassés des manifestations, soi-disant sociales, où, en revanche, l’on voit les keffiehs et le drapeau palestinien devenir omniprésents.
 
Rappelons que ce drapeau est avant tout un symbole politique partisan et un signe de ralliement de l’idéologie islamique. Ses couleurs sont inspirés du poète-djihadiste Saf Al-Din Al-Hilli qui écrivait au XIVe siècle : « Nos grâces sont blanches, nos batailles sont noires, nos prairies sont vertes et nos épées sont rouges ».
Tout un programme, qui a coûté la vie à des milliers de Libanais, chrétiens ou non, tués ou massacrés (comme à Damour en janvier 1976) par les milices palestiniennes et leurs alliés gauchistes.
 
La présence de ce drapeau dans les rues françaises est insupportable et le pavoisement des mairies, réclamé par le dhimmi Olivier Faure, constitue une énième trahison d’une gauche antinationale. Nous invitons nos militants et amis à rappeler tout cela, avec calme mais détermination, aux maires qui appliqueraient ce mot d’ordre.
 
Derrière cette radicalisation accélérée, l’on voit poindre le temps de la violence physique et du terrorisme. L’abominable exécution de l’influenceur américain Charlie Kirk et les commentaires approbateurs que l’on a pu lire et entendre dans certains milieux politiques et médiatiques sont révélateurs de ce climat de haine qui risque de conduire, en France aussi, au passage à l’acte. Les militantes du collectif Némésis, les journalistes de Cnews et de Frontières en ont fait les frais lors des récentes manifestations encadrées par la gauche.
 
Comme nous l’écrivions récemment dans notre revue Reconquête, face au danger qui menace la France, devant les risques gravissimes qui pèsent sur notre peuple, il est urgent et vital que les responsables politiques de bonne volonté fassent taire leurs égos et oublient l’esprit de parti.
 
Notre patrie et notre peuple sont en danger !
 
L’heure est à l’union des droites et à l’union nationale afin que l’Etat puisse à nouveau imposer sa force. C’est le seul moyen pour échapper à la barbarie et à la guerre civile.
 
Chrétienté-Solidarité continuera d’alerter et de travailler à cette œuvre de salut national.
 
 1) Lancé par Bernard Antony
 

 
 

vendredi 19 septembre 2025

Les libres propos d’Alain Sanders

 

L’acharnement anti-israélien de Macron applaudi par le Hamas et les islamo-gauchistes

 

Macron, qui ne s’est pas exprimé sur le lynchage de policiers par des racailles à Tourcoing et à Reims, qui n’a pas dit un mot sur le « Bloquons tout » du 10 septembre et les manifs syndicalo-marxistes du 18 du même mois, multiplie les attaques (et encore mercredi dans une grande interview surréaliste) contre l’État d’Israël.

Pas plus gêné que ça, il voulait être reçu par Netanyahou pour lui expliquer comment diriger son pays (imaginons le même Netanyahou émettre les mêmes prétentions à l’égard de Macron…). Jérusalem lui a fait répondre, poliment mais fermement, que sa visite n’était pas souhaitée… 

Ceux qui s’étonnent encore – ou feignent de s’étonner – que Macron (émule par ailleurs du sulfureux « philosophe » Paul Ricœur) s’obstine à vouloir reconnaître un « État palestinien » (sans territoire défini, ce qui pose problème…) « tout de suite et sans conditions » le 22 septembre prochain, jour sacré de Roch Hachana pour les Juifs du monde entier (ce qui ajoute à la provocation), ont la mémoire courte.

Les amours communautaristes de Macron envers la « rue arabe » ne datent pas d’hier. Rappelons la relation étroite qu’il a entretenue pendant sept ans avec l’activiste islamiste Yassine Belatar (connu et poursuivi pour ses propos menaçants, notamment contre Jean-Michel Blanquer). C’est lui qui a « conseillé » à Macron, toujours fémelin dans ses fréquentations, de ne pas participer à la grande marche contre l’antisémitisme. Pour ne pas heurter l’exquise sensibilité des banlieues ethniques… Il en a d’ailleurs été récompensé, Macron le prenant dans ses bagages (à nos frais) pour une visite de rabibochage au Maroc.

Cet entêtement pro-palestinien, plus que suspect désormais, est condamné par plus de 70% des Français. Mais il est applaudi par le Hamas, qui a fait part de sa grande satisfaction, et par les islamo-gauchistes de LFI, Mélenchon en tête (près de 80%).

Pour reconnaître un « État palestinien », Macron avait posé quatre conditions : la libération de tous les otages ; l’éviction du Hamas ; le renouvellement de la prétendue Autorité palestinienne (dispersée façon puzzle) ; la reconnaissance de l’État d’Israël par les États arabes voisins. Pas une de ces conditions n’a été remplie. Ce qui n’empêche pas Macron de s’enfermer chaque jour un peu plus dans un autisme anti-israélien qui crée comme un malaise. Il se pose désormais comme le fédérateur d’une coalition internationale contre l’État hébreu. Avec ce terrible codicille à la clef : « Des pogroms comme le 7-Octobre, ça peut rapporter gros, allez-y ! »

Co-auteur de La Fin des Juifs de France, Didier Long est pessimiste sur la suite : « Reconnaître la Palestine aujourd’hui, c’est mettre une cible dans le dos des Juifs du monde entier (…). La reconnaissance de la France légitimise le Hamas, seule autorité reconnue par la majorité des Palestiniens. En cas d’élections au lendemain de cette reconnaissance, le Hamas passerait haut la main à la tête de Gaza et des Territoires. Avec une ambassade du Hamas à Paris, donc un foyer de terrorisme ».

Quelle différence entre Macron et Rima Hassan et ses complices de LFI ? Aucune. Ils disent exactement la même chose. Ils draguent la « rue arabe », Macron achetant la « paix » et l’approbation des banlieues musulmanisées jusqu’à l’os, les islamo-gauchistes attendant d’en retirer des victoires électorales dès les municipales à venir (1).

Macron, désormais invisibilisé et en même temps haï sur la scène nationale, veut exister sur le plan international (où il se multiplie comme un ludion). Il est temps, pour notre pays bien sûr, mais aussi pour quelques-autres victimes de sa toxicité, que tout cela s’arrête.

Alain Sanders

(1)   A Corbeil-Essonnes, le maire de gauche dhimmitisée, Bruno Piriou, va distribuer un millier de drapeaux palestiniens à ses administrés pour qu’ils pavoisent partout dans la ville le 22 septembre…

 

 

 

 

Liberté en France pour les drapeaux français

 

Bernard Antony, fondateur et président du Cercle d’Amitié Française juive et chrétienne, et Alain Sanders, écrivain et journaliste, vice-président, communiquent :

Voici que de facto les drapeaux tricolores, les drapeaux français sont de plus en plus interdits dans les manifestations encadrées, dirigées par l’ultra-gauche, leurs porteurs insultés, agressés, traités de racistes et de fascistes.

Cependant les drapeaux palestiniens, que le premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure voudrait voir flotter sur nos mairies, sont massivement brandis par des extrémistes de tous poils de l’idéologie palestiniste et de l’ultra-gauche « intersectionnelle », par les aboyeuses des amphis de Sciences po et des défilés pseudo-féministes tenant davantage des mobilisations de poissardes de la mélenchonnerie islamo-gauchiste que du patriotisme français.

Comme le rappelle aujourd’hui Pierre Lellouche, on peut certes défendre comme nous la cause de la légitime défense de l’État d’Israël sans pour autant approuver la politique de Netanyahou, l’escalade militaire israélienne dans la bande de Gaza et en Cisjordanie.

Mais la réalité est surtout qu’à ce jour le Hamas terroriste ne libère plus aucun otage survivant. Après les abominations du 7 octobre 2023, sa totale reddition aujourd’hui, qui apaiserait l’angoisse des habitants d’Israël, est la condition de la paix. Ce n’est qu’après que l’on pourrait parler de la possibilité ou non de coexistence de deux États.