mercredi 10 avril 2024

Deux perversions politiques majeures en France aujourd’hui : le nihilisme sociétal macronien, le collaborationnisme poutinolâtre

Tous les lecteurs de ce blog et de Reconquête, et les auditeurs de nos émissions sur Radio-Courtoisie, savent combien nous renvoyons dos à dos les approbateurs de la politique macronienne de culture de mort et les admirateurs de l’abomination impériale eurasiste et néo-stalinienne du totalitarisme poutinien. Nous avons sur tout cela répondu à toutes les questions qu’ont souhaité nous poser récemment de très avisés interlocuteurs ; en l’occurrence étudiants ou enseignants en histoire, en droit ou en sciences politiques. Nous publions ci-après l’essentiel de nos échanges.

Mathilde (juriste, militante du combat pour le droit de naître) : Après la constitutionnalisation de l’avortement, voulue par le président de la République, soutenue par tous les partis politiques de la Chambre et du Sénat, le combat pour la vie n’est-il pas perdu ?

En réalité, le vote de cette loi de « sacralisation laïque et républicaine » de la privation du droit à la vie pour tant de bébés dans le sein de leur mère qui pouvaient naître et grandir a signifié le contraire.

En effet, la conscience que l’avortement est toujours un drame et relève si souvent, qu’on le veuille ou non, de la catégorie du meurtre, a progressé de plus en plus.

Si bien que les idéologues de l’exaltation de l’avortement érigé en acte de liberté sont toujours moins nombreux.

Ce sont eux qui craignaient que les défenseurs du droit de naître ne finissent par obtenir la limitation des possibilités d’avorter et que, peu à peu, ne reflue le nombre des avortements parce qu’ils relèvent en réalité toujours plus de l’infanticide.

C’est évidemment hélas dans la même orgueilleuse perspective pour l’homme de pouvoir décider de la mort ou du maintien en vie des plus fragiles, que Macron et la franc-maçonnerie qui lui est chère concoctent leur prochaine loi de légalisation de l’euthanasie, encore une « progression » vers « le meilleur des mondes » !

On est toujours là dans le cadre de ce que l’on désigne désormais comme les lois « sociétales », telles que le fut celle du soi-disant « mariage pour tous » et auparavant la loi Veil.

Lois qui, somme toute, se distinguent des lois « sociales » qui sont les véritables lois de progrès, portées d’ailleurs pour une grande partie par les catholiques sociaux à la fin du XIX° siècle et au XX° siècle.

Frédéric (étudiant en sciences politiques) : Même si le régime de Poutine semble quelque peu autoritaire, ne devez-vous pas admettre qu’il est plus protecteur de la famille et de la vie que le nôtre et ceux de l’Occident en général ?

La réalité, c’est au contraire, comme l’ont souvent rappelé Jeanne Smits et d’autres encore (par exemple l’IREF dans la Lettre des libertés) que c’est en Russie que l’on divorce bien plus encore qu’en Occident, que l’on y avorte toujours beaucoup plus et que l’abomination inhumaine de la GPA y est depuis longtemps pratiquée.

Quant à la natalité, c’est plutôt de dénatalité qu’il faut parler puisque la population de la Fédération de Russie décroît chaque année de plus de 800 000 âmes. Et ce, pas seulement à cause de la guerre d’invasion de l’Ukraine déclenchée par Poutine le 24 février 2022. Qu’il ne fallait d’ailleurs pas jusqu’ici appeler « guerre » mais obligatoirement « opération militaire spéciale », sous peine de 15 ans d’emprisonnement…

Frédéric : Ne sont-ce pas les Américains et l’OTAN qui sont tout de même les principaux responsables de cette guerre ?

Pour ce qui est de l’OTAN, comme l’a dit Macron dont je déteste l’essentiel des idées et de la politique (vous avez pu vous en apercevoir), mais qui peut à l’occasion proférer une vérité, c’était, il y a encore deux ans « une organisation à encéphalogramme plat » et dont les chefs proposèrent d’ailleurs à la Russie d’en faire partie. Ce n’est pas du tout l’Ukraine qui a attaqué la Russie le 24 février 2022 mais exactement le contraire. Il faut pratiquer l’inversion orwellienne de la vérité pour le nier.

Quant aux « Américains », non seulement ils ne sont pas responsables de cette guerre, mais ils agissent avec l’Ukraine comme ils ont agi depuis la fin de la guerre de Corée (27 juillet 1953) avec tous leurs alliés. Rappelons ici le catastrophique abandon du Sud-Vietnam livré aux troupes du Vietcong (communiste) avec la honteuse débâcle des forces américaines à Saïgon (29 avril 1975).

Rappelons l’abandon non moins criminel (par le président Carter) et aux conséquences toujours incalculables, du régime du Shah d’Iran, livré en 1978-1979 à l’ayatollah Khomeiny et à ses islamistes fanatiques. Certes, avec l’accablante complicité du président français Giscard d’Estaing trahissant son ami le Shah en offrant à Khomeiny un hébergement princier à Neauphle-le-Château avant d’aider à sa prise du pouvoir à Téhéran.

Et ce fut alors, jusqu’à nos jours, la propagation mondiale du cancer trans-islamiste car chiite aussi bien que sunnite.

Rappelons enfin, après la débâcle soviétique en Afghanistan (15 février 1989) constitutive, avec le désastre de Tchernobyl, de l’humiliation de l’URSS qui a été une « auto-humiliation », l’abandon américain plus tard de Kaboul,le 30 août 2021, décidé par l’affligeant Joe Biden.

Et l’on pourrait encore longuement évoquer l’inertie des pays occidentaux dans leur ensemble, des États-Unis comme de ceux de l’Union Européenne face aux guerres de conquête de Vladimir Poutine ne dissimulant pas sa détermination à avancer plus loin que l’Union soviétique de jadis sous les formes d’un grand empire eurasiste théorisé par un Alexandre Douguine.

Jean-Marc (professeur d’histoire) : Pouvez-vous rappeler quelles furent ces guerres ?

D’abord les deux guerres de Tchétchénie.

Le remarquable général Lebed qui aurait pu être un artisan pacifique du redressement russe, trouva hélas la mort – comme tant d’autres que Poutine entendait supplanter – dans un curieux accident d’hélicoptère... Il avait, lui, après une première guerre, ramené la paix en Tchétchénie.

Par l’instrumentalisation de nombreux attentats, Poutine suscita une deuxième guerre de Tchétchénie, ponctuée de massacres impitoyables et surtout de l’anéantissement de Grozny, la capitale, sous des déluges d’artillerie et de bombardements.

Grozny rasée et des dizaines de milliers de Tchétchènes ayant été massacrés, Poutine offrit alors à son protégé Ramzam Kadyrov, et la présidence de la Tchétchénie et l’édification de la plus grande, de la plus rutilante mosquée de Russie.

Ce ne fut hélas pas la dernière guerre de conquête de Poutine. Vint ensuite celle livrée à la Géorgie ayant pour buts de reconnaître les « indépendances » de deux entités séparatistes dans ce pays. Dans un premier temps, ce fut celle de l’Ossétie du Sud où, sous couvert de maintien de la paix, la Russie maintient une présence militaire, ce qu’a entériné un « cessez-le-feu » le 16 août 1992.

Une deuxième guerre opposa à nouveau en août 2008 la Géorgie à l’Ossétie du Sud mais aussi à l’Abkhazie, l’une et l’autre soutenues par une Russie s’affirmant prête à assurer leur sécurité. En fait, les deux pays passèrent d’une souveraineté géorgienne à une dépendance de la Russie.

Regardons maintenant vers l’Ukraine.

C’est en 1991 que l’ensemble du peuple ukrainien, avec un peu plus de 90 % des voix, y compris, très majoritairement celle des russophones, se prononce pour l’indépendance de l’Ukraine. Rappelons que le fait d’être russophone n’implique pas un sentiment d’appartenance à la Russie. Pas plus que le fait d’être germanophone n’impliquait pour les Français alsaciens de se vouloir allemands et de souhaiter la victoire du IIIe Reich.

Et l’on a d’ailleurs vu qu’une grande partie des résistants patriotes ukrainiens sont des russophones. L’exemple le plus probant est celui du régiment Azov, très majoritairement russophone et simultanément ukrainophone.

Venons-en à la question de la Crimée.

Peuplée en 1991 d’environ 60 % de Russes, on peut bien sûr en déduire qu’il existait dans sa population un courant important pour le rattachement à la Russie. Cela pouvait se faire par la voie des urnes à laquelle, au début de notre siècle, l’Ukraine ne se serait pas opposé. Au lieu de quoi, Vladimir Poutine préféra, dans la nuit du 26 au 27 février 2014, envoyer des hommes en armes, sans insignes d’appartenance à une armée mais se présentant comme des « forces d’autodéfense » (sic). Mais, celles-ci furent en moins de 48 heures renforcées par des troupes et des unités blindées ouvertement russes.

Après quoi, Poutine, toujours pince-sans-rire façon KGB, assura qu’il acceptait de dialoguer (sic) sur l’avenir de la Crimée avec un groupe de contact et notamment avec la chancelière Angela Merkel. Dont il n’avait pas grand-chose à redouter !

On le voit, une fois de plus, Poutine ne s’est pas cru obligé de faire adopter alors aux séparatistes qu’il soutenait des procédés d’autonomisation démocratiques tels que ceux mis en œuvre, par exemple, en Écosse et en Catalogne.

En Syrie (2015).

Vint ensuite, à l’appel de Bachar el-Assad, l’intervention, à partir du 30 septembre 2015, de l’armée russe en Syrie contre « Daech ». En soi une bonne chose. Mais l’armée russe, appuyée par la milice « Wagner », n’y a pas seulement combattu les islamistes mais toute force politiquement opposée au régime de Bachar.

La barbarie de l’armée poutinienne et de Wagner y a été d’une ampleur semblable aux destructions et massacres perpétrés en Tchétchénie. Ainsi, a été en grande partie anéantie la splendide ville d’Alep qui n’était pas du tout, tant s’en faut, acquise à l’islamisme.

Jean-Claude (étudiant en histoire) : J’ai lu que Poutine a déclenché son « opération militaire spéciale » en Ukraine pour « dénazifier » (sic) celle-ci. Qu’en est-il exactement ?

C’est là, une fois de plus, un mirobolant mensonge de tchékiste proféré par Poutine. Faut-il en effet rappeler d’une part que Volodimir Zelensky, l’héroïque président d’Ukraine, est lui-même juif ; et d’autre part que le fondateur de « Wagner », Dimitri Outkine, grand ami de Poutine, était lui, bel et bien, irréfutablement, un fanatique nazi dont la photo est facilement trouvable sur internet, le torse nu avec d’irrécusables tatouages, sans doute ineffaçables, de deux écussons : l’un celui des hauts gradés de la Schutzstaffel (plus communément désignée par le sigle « SS »), l’autre celui du Reichsadler, l’aigle nazi.

Curieux vraiment que ce nazisme ostentatoire pour un chef de guerre chargé par Poutine de mener en Ukraine, parallèlement à l’armée russe, des opérations en effet très « spéciales ». Car, cet Outkine wagnérien, était connu pour la cruauté de ses pratiques de tortionnaire. Mentionnons encore qu’il était un authentique romantique soviéto-nazi, plus précisément hitléro-stalinien, puisqu’il vouait la même admiration aux deux monstrueux jumeaux hétérozygotes Staline et Hitler ; et bien sûr, également, au démoniaque Felix Dzerjinsky, le créateur de la Tchéka ; et naturellement au restaurateur du culte de ce dernier à la Loubianka : Vladimir Poutine.

Rappelons aussi qu’Outkine fut ensuite nommé par ce dernier, adjoint au nouveau chef de « Wagner », Evgueni Prigojine, un vieil ami de Poutine, du temps de leur jeunesse de truands à Saint-Pétersbourg. Prigojine devint ensuite, on s’en souvient, un des hommes les plus en vue de la mafia de Poutine, mais simultanément perçu de plus en plus comme un rival dangereux. Cela se termina le 23 juin 2023 par la stupéfiante tentative de putsch de « Wagner » s’emparant de Rostov-sur-le-Don avant de foncer vers Moscou pour s’arrêter à 200 ou 300 kilomètres de la capitale.

Et ce fut ensuite la fin que l’on sait de Prigojine, d’Outkine et de quelques autres, ayant commis l’imprudence de monter dans un avion mis à disposition par Poutine mais plutôt bien préparé pour exploser en l’air.

Pour en finir avec la farce de la prétendue « dénazification » de l’Ukraine, notons aussi qu’en France nombre de poutinolâtres d’extrême-droite sont aussi des admirateurs du IIIe Reich.

Christine (infirmière) : Vous avez évoqué « la Loubianka ». Pouvez-vous préciser de quoi il s’agit ?

À l’origine, c’est une grande place de Moscou occupée par l’immense bâtiment (d’une compagnie d’assurances), en briques orange, qui sera affecté par Lénine dès 1918 à la « Tchéka » (la police d’État soviétique, devenue sous la férule de Dzerjinski l’organe central de plus en plus puissant, aux effectifs toujours plus importants de la terreur bolchevique). Des dizaines et des dizaines de milliers de personnes appréhendées y ont été torturées longuement avant d’être généralement achevées d’une balle dans la nuque.

Rappelons ici que Dzerjinski recrutait en personne les bourreaux toujours plus nombreux nécessaires à ses services d’extermination. Il suivait de très près leur formation « professionnelle » et lors d’une conférence finale résumait leur mission : « faire souffrir le plus possible, le plus longtemps possible ». C’est ce personnage qu’après la période suivant la fin de l’Union soviétique, Poutine accédant enfin au pouvoir, a entrepris de réhabiliter. Ainsi, le 20 décembre 1999, présida-t-il à la Loubianka, en qualité de Premier Ministre, encore il y a peu chef du KGB puis du FSB, la cérémonie officielle de réhabilitation de Dzerjinski. Depuis, il a fait multiplier les statues de ce dernier comme celles de Staline aujourd’hui redevenu « le grand Staline » comme aux temps les plus infernaux de l’URSS. Mais, cela n’émeut pas chez nous les poutinistes et autres poutinolâtres de droite et d’extrême-droite comme d’extrême-gauche.

Julien (dessinateur) : Vous avez maintes fois dit que, selon vous, le modèle politique de Poutine n’était autre que Hitler. Comment argumentez-vous cela ?

Simplement par le rappel d’un peu d’histoire comparée. Souvenez-vous : Hitler a commencé sa carrière de conquérant par l’Anschluss (annexion) de l’Autriche, le 12 mars 1938. Puis, ce fut un an après le démembrement de la Tchécoslovaquie et l’annexion des Sudètes. Ce fut ensuite sa revendication nazie sur la ville polonaise de Dantzig (aujourd’hui devenue Gdansk). Enfin, le 1er septembre 1939, ce fut l’invasion de la moitié de la Pologne par l’armée d’Hitler, suivie, le 17 septembre, de l’invasion de l’autre moitié par l’armée rouge. Aboutissement du pacte germano-soviétique.

Poutine, comme nous l’avons vu, a-t-il procédé autrement avec la Tchétchénie, avec la Géorgie, avec le Donbass ukrainien et avec la Crimée, et enfin avec sa tentative, certes pas encore aboutie, d’invasion de l’ensemble de l’Ukraine ?

Et, qui ne voit qu’il dirige désormais son appétit de conquête vers la Moldavie alors que, simultanément, il accentue sa pression sur les trois pays baltes. Tout enrenforçant ses projets vers la Pologne et la Finlande.

Karine (psychologue) : Dans les débats sur la guerre russo-ukrainienne, certains comme vous invoquent le Mémorandum de Budapest. De quoi s’est-il agi ?

Ce que l’histoire a retenu sous le terme de Mémorandum de Budapest, ce fut une trilogie de trois mémorandums rédigés en termes identiques et pareillement signés le 5 décembre 1994 à Budapest par la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine ainsi que par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie qui tous trois, accordèrent des garanties pour le respect de leur indépendance, de leur intégrité territoriale et de leur sécurité à chacune de ces trois anciennes Républiques de l’URSS en échange de leur ratification du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Rappelons que lors de l’invasion russe de la Crimée en 2014, l’Ukraine se référa à ce traité pour rappeler à la Russie ses engagements et aux deux autres signataires qu’ils en étaient les garants…

Avec l’effondrement de l’URSS, l’Ukraine héritait d’une partie de ses forces armées, d’une partie de la flotte de la mer Noire et de son aviation, et surtout de 17 % de son arsenal nucléaire. Dans la classe politique ukrainienne des voix s’élevaient en faveur de la conservation d’un arsenal qui, faisant de l’Ukraine une puissance nucléaire de premier rang, était un facteur de dissuasion protectrice. Contre cela, chose étrangement très peu invoquée aujourd’hui, le gouvernement américain, pour la plus grande satisfaction de Moscou, était « vent debout ». Le secrétaire à la Défense du président Bill Clinton, William Perry, n’affirma-t-il pas que la réticence de l’Ukraine à se dénucléariser constituait « la plus grande menace pour la paix et la sécurité internationale » ! Il est vrai que les armes nucléaires en Ukraine, comme beaucoup de celles en URSS, étaient encore en grand nombre pointées vers les USA. Or l’Ukraine désoviétisée était pourtant disposée à ce que les armes en sa possession ne ciblent plus l’ennemi américain. La position américaine, stupide, était qu’en tant qu’« État continuateur » de l’URSS, la Russie devait assumer seule l’héritage nucléaire de l’URSS. Et c’est ainsi qu’au cours des années 1995-1996, tout l’arsenal nucléaire de l’Ukraine fut envoyé en Russie pour y être détruit. Ce qui se solda par une mainmise de l’armée rouge. L’Ukraine disposait alors de 176 missiles balistiques intercontinentaux dotés de 1180 ogives thermonucléaires. On peut penser que si elle avait conservé cet armement, celui-ci aurait constitué un facteur dissuasif pour M. Poutine.

Karine toujours : Que furent les accords de Minsk ?

Ces accords, hélas suivis de peu d’effets, ont été négociés à Minsk, en Biélorussie, entre Ukrainiens et représentants des séparatistes russophones et de leurs alliés russes, en vue de la paix dans la région du Donbass.

Rappelons que, dès avril 2014, Poutine développa une stratégie de conquête du Donbass, région d’Ukraine orientale, basée sur le soutien à des mouvements séparatistes russophones, d’ailleurs pas toujours d’accord entre eux avec une émergence de « seigneurs de guerre » remarquablement évoquée dans le mémoire de Sciences politiques de Gauthier Tochon (de Sciences Po Strasbourg). Les « oblasts » de Donetsk et de Louhansk, aujourd’hui sous occupation russe, constituent une entité de fait sous l’autorité du gouvernement de Poutine.

Mais officiellement, en vue de ramener la paix en cette région, fut signé le 5 septembre 2014 un premier accord intitulé « Protocole de Minsk », puisque négocié et signé dans la capitale de la Biélorussie par les représentants de l’Ukraine et des deux entités séparatistes ci-dessus mentionnées. Ces accords portaient notamment sur un cessez-le-feu bilatéral et immédiat, sur diverses mesures de respect des frontières, sur la libération d’otages et personnes retenues illégalement et sur la poursuite d’un dialogue en vue de la paix, enfin sur la création d’une zone démilitarisée. Hélas, dès la fin d’octobre 2014, le « Premier Ministre » de la « République populaire de Donetsk » (RPD), Alexandre Zakhartchenko, annonçait que les forces sous son contrôle allaient revenir pour reprendre le territoire perdu au mois de juillet face à l’Ukraine. Le 26 décembre 2014, ce fut l’interruption des pourparlers. Seul fait positif, un échange de prisonniers à hauteur de 375 de part et d’autre.

On mesure ici combien, à la lumière de ce seul chiffre, sont non seulement fallacieux mais absurdes les commentaires de ceux qui imputent  aux seuls Ukrainiens  le chiffre sans cesse répété de 15 000 victimes. Comme si des dizaines de milliers de combattants russes et pro-russes aussi doux que des agneaux, avaient réussi l’exploit pacifiste de ne tuer aucun ukrainien !

Après l’échec patent du protocole de Minsk et alors que le conflit n’a pas cessé, de nouveaux accords sont négociés et signés le 12 février 2015. C’est le protocole de Minsk II stipulant l’adoption d’une nouvelle constitution décentralisatrice afin d’accorder une autonomie aux régions séparatistes. Signataires : Angela Merkel, François Hollande, Petro Porochenko, Vladimir Poutine et des représentants séparatistes. Quoique formellement signataire, mais refusant une interprétation fédéraliste du nouveau texte, Petro Porochenko qui avait été élu Président de l’Ukraine en mai 2014, va alors répéter à de multiples reprises et jusqu’à la fin de son mandat en 2019, que l’Ukraine doit rester un pays uni rejetant tout fédéralisme destructeur.

La crise va donc se nouer autour de l’interprétation décentralisatrice, autonomiste ou séparatiste, des accords de Minsk. La voie de la négociation était évidemment la meilleure ; au lieu de quoi, le 24 février 2022, Poutine ayant préalablement juré l’avant-veille que son armée n’était massée le long des frontières de l’Ukraine que pour des manœuvres, déclencha l’invasion de ce pays.

Isabelle (institutrice) : Poutine et ses propagandistes n’ont de cesse de matraquer que l’Occident en général est sous l’influence dominatrice de l’impérialisme LGBTQ (++). Or, vous traitez de cette affirmation avec beaucoup d’ironie. Pourquoi ?

Parce que, depuis longtemps, je ne suis pas sans observer la suffocante, la douloureuse contradiction que doivent assumer au moins en France, à ce que j’en sais, nombre d’homosexuels,chroniqueurs, essayistes, responsables politiques, parlementaires et autres élus notamment dans l’extrême-droite et la droite nationale chez lesquels la fascination pour la virilité poutinienne n’est pas un phénomène rare.

Certes, la fascination, l’attraction pour la puissance, pour l’ostentatoire virilisme poutinien doivent quelque peu les émouvoir. Mais tout de même, comment peuvent-ils encaisser les sarcasmes et même les grossièretés déversées sur les chaines russes à l’égard des personnes de même orientation sexuelle qu’eux et demeurer poutinistes ? Sans doute un certain masochisme n’est-il pas du tout incompatible avec la poutinolâtrie. Tous les goûts (et même tous les dégoûts) ne sont-ils pas dans la nature et même dans la faune politique ?

Et pour Poutine et pour ses partisans en France non homos, n’est-il pas jouissif de fasciner ceux qu’ils traitent si souvent de « dégénérés » ?

Isabelle : quelles sont ces chaînes russes ?

Il s’agit notamment de « Russia Today » et de « Russia Today France », interdite en France mais toujours accessible en deux clics sur internet. RT est la télévision du Kremlin, la voix de Vladimir Poutine. Mais il y a en Russie de très nombreuses autres chaînes de télévision principalement financées par les grandes entreprises du pays et surveillées par les services de renseignement appropriés du FSB (Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie).

 

lundi 8 avril 2024

Les libres propos d'Alain Sanders

 

les complaisances (litote...) poutinistes du Journal du Dimanche

Au risque de chagriner un peu plus certains de mes anciens amis (« anciens » parce que passés à l'ennemi) qui considèrent CNews et le Journal du Dimanche comme fréquentables (au motif que le très prudent Pascal Praud, qui sait jusqu'où il peut aller, semble y égratigner parfois la doxa), je redirai – quitte à me répéter car je l'ai déjà fait – que le poutinisme plus ou moins sournoisement distillé par ces deux médias ne cesse de grossir et de prospérer.

Plus ou moins sournoisement ou franchement : comme dans le dernier numéro du Journal du Dimanche où l'on a consacré deux pleines pages, avec photos en couleurs, à une interview complaisante (pour ne pas dire complice) d'Alexeï Mechkov, ambassadeur de Russie en France. A savoir le représentant d'un pays qui a envahi et occupe une grande partie d'un pays souverain, l'Ukraine.

Cette interview a été concoctée par Régis Le Sommier. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de ce thuriféraire de Bachar-el-Assad et de Poutine. Journaliste à RT, filiale française de la télé de propagande d’État russe, jusqu'à son interdiction, Le Sommier, qui ironisa naguère sur les massacres de Bouchta et qui est un invité régulier de CNews, dirige l'officine de presse Omerta. Un média créé par un certain Charles d'Anjou installé à Moscou et grand organisateur des reportages de Le Sommier et de ses semblables dans les lignes russes, avec fixeurs agréés FSB (KGB).

Dire que l’interview de l’ambassadeur russe dans le JDD sert la soupe audit ambassadeur serait encore ne rien dire... Ainsi, pour parler de l'attentat islamiste dans le centre commercial Crocus à Krasnogork, près de Moscou, Le Sommier avalise-t-il la version russe en demandant : « Les terroristes ayant tenté de fuir vers l'Ukraine, existe-il un lien avec l'intensification actuelle de vos frappes contre ce pays ? » Des représailles justifiées en quelque sorte... Inutile de dire que l'ambassadeur boit du petit lait et déroule sa propagande – sans être jamais interrompu ou contredit – en qualifiant l'Ukraine d’ « État terroriste »

On passera sur le reste, qui est du même tonneau, avec des questions qui ne sont pas des questions, mais des suggestions complices. Genre : « Si la France décidait d'envoyer des troupes au sol en Ukraine, seriez-vous d'accord (sic) pour considérer cela comme un acte de guerre contre la Russie ? » Tu penses qu'il est d'accord l'Alexeï Mechkov...

On s'arrêtera, en revanche, sur cette remarque gourmande de Le Sommier (qui a, nous l'avons dit, ses entrées auprès des occupants russes du Donbass notamment) : « L'Ukraine donne des signes de faiblesse sur le front. Nous avons pu le constater dans le secteur de Bakhmout où nous avons passé trois semaines côté russe ». Était-il bien utile de préciser « côté russe » ?

Et encore, cerise sur le gâteau, cette question qui traduit surtout ce que veulent les poutinistes de chez nous en phase idéologique totale avec les poutinistes de Russie : « Espérez-vous (sic) qu'à terme Zelensky accepte la paix contre les territoires du Donbass et de la Crimée ? » A savoir l'amputation de l'Ukraine... Voyez comme ces gens-là disposent facilement de la souveraineté ukrainienne ! Avec eux, l'Alsace et la Lorraine seraient encore teutonnes au motif qu'on y parle un dialecte germain...

In fine, Le Sommier, qui n'a pas un mot pour le martyre du peuple ukrainien, s'enquiert de la vie quotidienne, à Paris, de l'Excellence kremlinesque : « Pouvez-vous nous décrire la vie d'un ambassadeur russe en France en ce moment ? » Surréaliste... Disons-le crûment : on se tape le coquillard de la vie d'Alexeï Mechkov et de ses éventuelles difficultés à faire venir assez de vodka par la valise diplomatique... Quand  Le Sommier fait... le lit du représentant de Poutine... Et que le JDD lui tend les pantoufles...

Alain Sanders