mardi 17 mai 2022

Poutine confronté au phénomène d’ « hétérotélie »-La question de Kaliningrad

 C’est probablement le grand penseur français Jules Monnerot, guadeloupéen professeur de sociologie passé du communisme puis du gaullisme à la droite nationale qui a le plus travaillé sur le phénomène de l’hétérotélie, dans l’Histoire. A savoir que, le plus souvent le cours des évènements, prends une direction autre, et souvent contraire, au but visé par les dirigeants politiques. Il n’est pas sûr que Vladimir Poutine ait beaucoup médité sur ce concept mais il est assurément confronté à sa réalité.

Ainsi voulait-il, sous prétexte de « dénazification » abattre rapidement le régime ukrainien.

Après trois mois de guerre, il n’y est pas arrivé, devant plutôt constater que c’est son immense armée qui a dévoilé ses faiblesses.

Il entendait, en s’emparant de l’Ukraine dissuader celle-ci de se placer sous la protection de l’OTAN dont Emmanuel Macron affirmait il y a un an à peine que cette organisation était en état de « mort cérébrale ». Or voilà que la Suède et la Finlande, angoissées devant la répétition des invasions russes de pays frontaliers ( Tchétchénie-Géorgie-Crimée-Ukraine) demandent de rejoindre au plus vite l’OTAN. La donne géopolitique est ainsi radicalement changée dans le vieux continent.

Et alors que le deuxième prétexte à l’invasion était le sort de populations russophones prétendument persécutées par l’Etat « nazi » ukrainien, voilà qu’il est apparu que les ukrainiens russophones, de Kharkiv à Kherson et Odessa, et sans parler de l’héroïque Marioupol manifestaient autant que les autres, leur refus de se soumettre à la domination de l’armée poutinienne. Hétérotélie encore !

Enfin, alors qu’il ne veut pas de Suède et de Finlande « otanisées », Poutine va devoir expliquer pourquoi il ne serait pas prêt en échange à dénucléariser Kaliningrad, cette enclave entre la Lituanie et la Pologne, qui est probablement la zone russe où la densité de missiles nucléaires « Sarmat » (du dernier modèle « satan ») est la plus forte. Voilà peut-être une base de négociation sérieuse dès que l’armée de Poutine aura abandonné ses bombardements de l’Ukraine et laissé à ce pays le droit de disposer librement de lui-même.

Voilà ce à quoi n’a pas songé l’impénitent gaulliste Henri Guaino qui ne prône que gentillesse de l’occident pour Poutine sans même esquisser la nécessité d’une réciprocité.

lundi 16 mai 2022

Canonisation à Rome : désormais, il est « Saint Charles de Foucauld »

 

Dix « bienheureux » dont trois français ont été hier matin canonisés par le pape François sur la place Saint Pierre à Rome. Parmi les nouveaux saints, trois Français : Marie Rivier, César de Bus et le père Charles de Foucauld. Il est significatif que parmi les cinq mille Français assistant à cette cérémonie il y ait eu pas moins de 130 élèves officiers de l’école de Saint Cyr Coëtquidan présents sur les 157 de la promotion Caillaud (tous ne pouvant être dégagés des obligations de service de l’école). Et avec eux, plusieurs commandants d’écoles militaires ou chefs de corps et notamment celui du 4ème régiment de chasseurs d’Afrique qui fut celui du capitaine Charles de Foucauld.

De nombreux écrits on été consacrés à la vie et à la mort (en 1916) du nouveau saint.

L’œuvre de référence demeure la biographie passionnante, riche d’abondantes citations de Foucauld lui-même, que livra dès 1921 le grand écrivain catholique, membre de l’Académie française, René Bazin. Il en tira par la suite une « Petite vie de Charles de Foucauld » allant certes à l’essentiel mais dans laquelle il ne put notamment s’étendre sur les années passées en Orient par le futur saint.

Charles de Foucauld, alors frère Marie-Albéric, fut en effet envoyé en juin 1980 de la Trappe de Notre-Dame des-Neiges dans l’Ardèche au monastère de Notre-Dame du Sacré-Cœur (Trappe de cheïkhlé) dans le Vilayet d’Adana  (actuelle Turquie).

La France était alors sous la IIIe République dans la conjoncture des persécutions maçonniques anti-catholiques et de l’expulsion des congrégations.

Les trappistes de Notre-Dame-des-Neiges avaient donc établi en cette région de l’Empire Ottoman entre actuelles Turquie et Syrie, un monastère pouvant être un refuge s’ils devaient, eux aussi, devoir quitter la France.

Ce monastère, comme les autres œuvres chrétiennes occidentales dans l’empire bénéficiait alors, de par les traités, d’une relative protection.

En revanche, dès cette époque, sur ordre du sultan Abdul-Hamid, déjà étaient perpétrés en cette région de Cilicie des massacres d’Arméniens par les Turcs et les Kurdes.

Le frère Marie-Albéric écrivait alors « Autour de nous, il y a eu des horreurs, une foule de massacres, d’incendies, de pillages. Beaucoup de chrétiens ont été réellement martyrs car ils sont morts volontairement, sans se défendre, plutôt que de renier leur foi…Par ordre du sultan, on a massacré près de 14 000 chrétiens (Arméniens) depuis quelques mois…Dans la ville la plus proche d’ici, à Marache, la garnison a tué 4500 chrétiens en deux jours…Nous aurions dû périr, je n’en ai pas été digne…Les Européens sont protégés par le gouvernement Turc, de sorte que nous sommes en sureté…C’est douloureux d’être si bien avec ceux qui égorgent nos frères, il vaudrait mieux souffrir avec eux que d’être protégés par les persécuteurs…

C’est honteux pour l’Europe : d’un mot, elle aurait pu empêcher ces horreurs et elle ne l’a pas fait. Il est vrai que le monde a si peu connu ce qui se passait ici, le gouvernement turc ayant acheté la presse »

Si, après sa conversion, le père de Foucauld fut toujours un apôtre de la paix du Christ, contrairement à des détournements caricaturaux de sa personnalité, il ne fut jamais un pacifiste. Il n’est que de lire ses lettres pour le vérifier.

Jusqu’à son assassinat il ne se départit d’ailleurs jamais de sa fraternelle sollicitude pour les défenseurs de la paix française dans les immensités sahariennes.

Il partageait avec un Lyautey et avec un Laperrine la même conception du rôle civilisateur de la France.

Il fut lié à ce dernier, ancien élève de l’école de Sorèze, devenu le légendaire général de l’épopée méhariste, par une indestructible amitié, durant quarante ans. Le souvenir en fut marqué le 20 avril 1929 par la cérémonie du placement du coffret renfermant le cœur du père de Foucauld dans le monument érigé en mémoire du général Laperrine à Tamanrasset.

Saint Charles de Foucauld entièrement consacré à Dieu n’en était pas moins resté à sa manière un fidèle compagnon d’arme du général. N’écrivait-il pas le 1er septembre 1916 au général Mazet, soit trois mois avant son martyre :

« Nous pourrions être attaqués par les Tripolitains. J’ai transformé mon ermitage en fortin, il n’y a rien de nouveau sous le soleil : je pense en voyant mes créneaux aux couvents fortifiés et aux églises fortifiées du dixième siècle. Comme les choses anciennes reviennent, et comme ce qu’on croyait à jamais disparu reparaît ! On m’a confié six caisses de cartouches et trente carabines gras qui me rappellent notre jeunesse… »

Le 15 septembre suivant, le père écrivait à Laperrine son inquiétude en raison de mauvaises nouvelles venant de la frontière tripolitaine. Il regrettait le retrait des troupes françaises devant des fellaghas senoussistes : « cette reculade devant quelques centaines de fusils est lamentable. Il y a là (à quel degré de la hiérarchie, je l’ignore) une faute grave de commandement. Il est clair que si, sans même les combattre, on recule, les senoussistes avanceront. Si on ne change pas promptement de méthode, ils arriveront ici dans quelques temps. Je regrette de vous inquiéter encore, mais la chère vérité veut que je vous le dise ».

Quelques semaines plus tard un rezzou de vingt fellaghas senoussistes surprenait le saint homme dans son fortin et s’efforçait en vain dans la torture de le faire abjurer.

Comme tout le manifeste dans sa vie d’ermite mais aussi dans sa correspondance, saint Charles de Foucauld est sans aucun doute un « frère universel » mais parce que d’abord un saint de France, un saint de Chrétienté !  

Longtemps encore sans doute on devra méditer ses prophétiques propos qu’il réitéra quelques fois avec variante : « Si nous n’avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu’ils deviennent Français est qu’ils deviennent chrétiens. »

lundi 9 mai 2022

Le judoka Poutine, ceinture pourpre en mensonges

 

Les conditions de la « météo » n’ont donc pas permis ce matin à Vladimir Poutine de survoler comme annoncé la place Rouge dans son avion « de l’apocalypse » conçu pour lui permettre de traverser sans risque des territoires nucléairement vitrifiés.

On a pu entendre sur nos chaînes son hallucinant discours de justification de son invasion de l’Ukraine en une hallucinante inversion des faits.

Somme toute, c’est la perfide Ukraine qui a attaqué la malheureuse Russie !

Sans doute, Saint Petersbourg, Moscou et autres grandes ville russes ont-elles été bombardées et certaines entièrement détruites par l’armée nazie ukrainienne…

Ce serait risible si n’était que chaque jour des ukrainiens meurent sous les bombardements comme samedi dans cette école du village de Bilohorivka dans le Donbass où il n’y a plus guère d’espoir de retrouver des survivants parmi les 60 personnes qui y avaient trouvé refuge.

 

Pas de victoire du 9 mai 1945 sans les Américains !

Poutine, qui a entrepris de faire réécrire l’histoire de la Russie, est évidemment aussi un grand adepte du mensonge par omission.

Ainsi, s’il a imposé la dissolution de l’organisation russe Mémorial ( la mémoire du Goulag et des exterminations tchékistes), interdit-il désormais que les livres d’histoire évoquent le fait irréfutable que sans l’immense assistance américaine au long de la guerre, jamais le génocideur Staline n’aurait triomphé de son jumeau hétérozygote, le génocideur Hitler, son compère et complice dans le dépeçage de la Pologne en 1939 après le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et qui durera jusqu’au 22 juin 1941 !

Ce jour, dans la page champs-libres-Débats du Figaro, l’historien Jean-Louis Panné cite les chiffres du général John Deane, chef de la mission militaire américaine à Moscou à partir d’octobre 1943, publiés dans son livre L’Etrange alliance (préface de Raymond Aron stock-1977)

Voici les principaux :

-2661 navires ont transporté d’octobre 1941 à mai 1945 plus de 16 millions de tonnes de matériels et matériaux, soit 427000 camions, 13000 chars, 2300 véhicules d’artillerie, 4.5 millions de tonnes de vivres, 1900 locomotives, des produits pétroliers, sans oublier 15 millions de paires de bottes.

John Deane rappelait encore que 792 navires de convois de transport à destination de l’URSS avaient été coulés dans les eaux de l’hémisphère nord.

Staline ne manifesta pas une grande compassion pour le sacrifice si oublié de milliers de marins américains sans lesquels il n’y eût pas eu de victoire soviétique le 9 mai 1945.

Mais Poutine leur a-t-il rendu le moindre hommage ?

 

Parlons des « Américains »

Nous, qui avons souvent évoqué les lâchetés et les crimes de la politique américaine (élimination du Shah d’Iran, guerre en Irak, débâcles de Saïgon et de Kaboul…), nous nous souvenons aussi de la criminelle stupidité occidentale à Yalta et de l’ignoble abandon aux soviétiques de la Pologne, de l’Allemagne de l’est, et autres pays. Pour autant, nous sommes souvent affligés de constater le fanatisme anti américain de certains à gauche, et même à droite, qui n’ont que fascination pour les politiques pourtant ô combien criminelles et bellicistes de Poutine. Et nous disons à quelques-uns : au fait, où donc la lutte contre l’avortement est-elle le plus fermement menée, et les lois permissives combattues jusqu’à la Cour Suprême ?

En Russie ou aux Etats-Unis ?

Non ce n’est pas en Russie !

En revanche, c’est aux Etats-Unis que s’exprime et lutte une vigoureuse droite pour le respect de la vie, en dure opposition à Biden et à toutes les cliques de la révolution woke.

Hélas Poutine a parfaitement réussi à fédérer contre lui presque toute l’Union Européenne par ailleurs si tristement, sociétalement, néo-totalitaire ; à réveiller aussi l’OTAN que Macron, il y a seulement un an, décrivait en état de mort cérébrale.

Mais il est vrai que la Russie, chaque jour, un peu plus se modèle sur sa grande alliée, la Chine rouge, socialement si exemplaire.

 

PS : Dans la même page Débats, le grand historien Thierry Wolton, auteur notamment d’ « Une histoire mondiale du communisme » (trois volumes-Grasset) titre un pertinent article : « Pourquoi il n’y a pas eu procès de Nuremberg du communisme soviétique ».

Pour moi, pourtant, cela s’imposait et voici pourquoi Chrétienté-Solidarité organisa le 9 novembre 1997 à Paris, au palais de la Mutualité, une journée modèle de ce qu’aurait dû être, avec des moyens d’Etat, un long procès des abominations et crimes du communisme dans le monde, durant  80 ans à cette date.

Ce jour-là, devant des milliers d’auditeurs, fut jugé le cas du traître Georges Boudarel, le communiste français devenu commissaire politique du camp 113 en Indochine et effroyable tortionnaire de soldats de l’armée française.

Le tribunal pour l’histoire, présidé par le grand avocat Jean-Baptiste Biaggi, héros de la guerre et de la résistance, prononça une condamnation à l’indignité nationale du criminel Boudarel.

Plusieurs quotidiens ( L’Aurore-le Figaro, Libération, et même, avec une venimeuse rage, l’Humanité) traitèrent de notre tribunal.

Mais c’était peu, trop peu !

Nos moyens étaient dérisoires en regard du travail colossal de mémoire qu’il eût fallu mener dans des dizaines de pays.

Surtout, dans leur ensemble, les gouvernements et les classes politiques n’en voulurent pas, tellement beaucoup avaient été compromis dans la collaboration avec le communisme, Wolton écrit : «  En l’absence de ce travail de mémoire, d’anciens cadres communistes se sont reconvertis en sociaux-démocrates sans avoir à justifier de leur carrière passée. »

Et un peu plus loin : 

 « L’installation au Kremlin d’un ancien officier du KGB(1) aurait dû alerter. Rien n’a été dit contre cette terrible institution, exécutrice de la plupart des crimes commis par le régime soviétique et qui n’a jamais fait preuve de la moindre repentance quant à son passé criminel. Dès lors, comment s’étonner que la violence soit devenue la méthode de gouvernement du nouveau venu »?

La Russie poutinienne a pris les manières de faire de l’ex-Union soviétique. »

(1)  Il faut entendre par là la continuité Tchéka-GPU-NKVD-KGB et FSB

jeudi 5 mai 2022

L’illusion, hélas, de la mort du communisme

 

Alors qu’il n’était pas encore en campagne j’avais été stupéfait d’entendre un jour Eric Zemmour proférer que le parti communiste en France était mort et mort le communisme en général. Lui ayant manifesté par SMS combien je pensais qu’il avait tort, il m’avait rappelé pour me concéder qu’il nuançait quelque peu son affirmation.

Cependant, il me parut pour l’essentiel, demeurer sur sa position.

Quelques mois plus tard le Camarade Mélenchon obtenait un score trois fois supérieur au sien ! Or Jean-Luc Mélenchon a toujours été marxiste-léniniste, un communiste de la variante lénino-trostkyste.

Et son parti de la France insoumise s’est sans aucune difficulté dialectique totalement ouvert à la pénétration de l’islamo-gauchisme dont la figure de proue a longtemps été la fondatrice du Parti des Indigènes de la République (PIR), Houria Bouteldja dont nous avons été en 2007 les seuls à combattre devant la justice ( au tribunal de Toulouse et puis devant la Cour d’appel) les propos de racisme antiblanc.

« L’union de la gauche », prétendument réalisée derrière la locomotive gauchiste de la France insoumise est donc un mensonge ! Car il s’agit en fait d’une union d’extrême gauche mélenchoniennement ficelée avec le vieux parti communiste (PCF) centenaire (bientôt 102 ans), avec un parti socialiste plus vieux encore mais en fait avec sa direction acquise à la collaboration avec les communistes et gauchistes de tous poils, avec donc les gauchistes de Philippe Poutou et autour, les écolos gauchistes d’EELV et surtout les islamo-gauchistes infiltrés dans toutes ces composantes.

La vérité, n’en déplaise à Eric Zemmour, c’est que, au 1er tour de l’élection présidentielle, l’ensemble des candidats de l’extrême-gauche marxiste-léniniste obtenait plus du quart des suffrages exprimés !

Mais la vérité encore c’est que, contrairement à une illusion répandue dans la droite, les idées de droite, du moins de la droite de conviction ne sont hélas pas majoritaires en France. Là aussi, une illusion zemmourienne !

En effet comment ne pas voir que toute la Macronie est culturellement de gauche, imprégnée jusqu’à la moelle de l’idéologie d’un meilleur des mondes déconstructiviste en tous domaines, avorteur et euthanasique, acquis à l’affirmation macronienne selon laquelle « il n’y a pas de culture française ».

Aussi, quand on additionne les voix de la mélenchonnerie et de la macronerie, et quand on constate de surcroît que nombre de politiciens classés à droite sont acquis aux antivaleurs sociétales de la gauche, comment peut-on encore affirmer que les idées de droite sont celles de la majorité des Français ? Hélas, ce n’est pas vrai.

 

Le communisme dans le monde

Moins encore qu’en France, le communisme dans le monde, n’est mort !

Le parti communiste chinois dirige d’une main de fer l’effroyable système totalitaire d’un Etat dont le pouvoir absolu s’exerce sur près du quart de la population de l’humanité.

Le même système, avec sa variante de pouvoir dynastique, règne effroyablement sur la Corée du Nord.

Le Vietnam, le Laos, Cuba, le Venezuela, le Nicaragua sont également sous la férule de partis communistes.

Notons encore que la Chine rouge, dirigée à vie par Xi-Jinping, entend, dès le moment jugé propice, s’emparer de Taiwan comme tente abominablement de le faire  de l’Ukraine, la Russie.

Xi-Jinping vient d’ailleurs encore de réaffirmer l’alliance inébranlable et l’amitié indéfectible de son empire avec celui de Poutine.

Le communisme n’est évidemment pas mort en Russie.

Certes, le parti étiqueté n’est qu’une pièce dans le dispositif poutinien.

Mais il n’est pas sans signification que les plus grands historiens de l’abomination soviétique et du communisme- Nicolas Werth, Thierry Wolton, Stéphane Courtois…- analysent le régime poutinocratique certes dans une certaine continuité de l’impérialisme russe mais plus encore dans la continuité tchékiste et stalinienne.

Un des faits très révélateurs de cela se déroula le 20 décembre 1999 à la « Loubianka » à Moscou (l’immeuble de la Tchéka, devenu GPU puis NKVD, puis KGB et aujourd’hui FSB). Poutine y présida une extraordinaire cérémonie de réhabilitation de l’un de ses grands modèles, Félix Dzerjinski le créateur de la Tchéka et du goulag; diabolique personnage qui longtemps recruta lui-même les tortionnaires et bourreaux dont il avait besoin par centaines pour terroriser, martyriser, exterminer et qui concluait ses directives à ce « personnel » par la recommandation de « faire souffrir le plus possible le plus longtemps possible ».

Mais, aujourd’hui, en Russie, tout ce qui était mémoire des œuvres de mort de la Tchéka et des camps du goulag et des exterminations staliniennes ( Holodomor en Ukraine) a été au fil des ans interdit par le régime poutinien ( dissolution de Mémorial) et de même, l’évocation du pacte Hitlero-Stalinien de 1939 et de ses applications germano-soviétiques dans les invasions et annexions que l’on sait.

Avec Poutine, Staline, nonobstant ses dizaines de millions de victimes, est devenu le plus grand homme de la Russie contemporaine. On l’exalte comme le génial vainqueur en 1945 de la « grande guerre patriotique ». Sans mentionner qu’il avait antérieurement fait liquider 80% des généraux et officiers de son armée, et qu’il ne dut sa victoire que grâce à la fourniture par les Américains de dizaines de milliers de chars, de camions et autres équipements stratégiques.

Hélas, comme le rappellent fréquemment la spécialiste de l’URSS, Laure Mandeville et les historiens précités, c’est un grand malheur que le procès du Communisme n’ait pas été mené après l’effondrement du système.

Nous rappellerons, autant que de besoin, que nous avions non seulement milité inlassablement pour cela mais que nous avons été les seuls en France à organiser sur le cas du traître tortionnaire du camp 113, Georges Boudarel, une journée modèle de ce qu’aurait dû être, sur des mois et des années, ce nécessaire procès.

Le système poutinesque a aujourd’hui repris bien des aspects du régime soviétique que l’essayiste Jacques Julliard évoque ainsi :  " Si Poutine n’est pas Hitler ni Staline, il y mène tout droit:  un Etat policier, une vision impérialiste du monde, le recours à la violence pour régler les problèmes internationaux, l’assassinat des opposants, l’abolition de l’idée même de vérité au profit d’une gamme continue de mensonges, l’éradication du principe de non contradiction…"

Ceci étant brièvement évoqué on peut penser aussi que si Trump avait été réélu, Poutine ne se serait peut-être pas lancé dans l’invasion de l’Ukraine, ne pouvant imaginer que le calamiteux Biden pourrait finalement réagir autrement que comme devant l’invasion de Kaboul par les talibans, c'est-à-dire par une débâcle.

Poutine, sans doute très mal conseillé, mais peut-être surtout, s’étant « auto-intoxiqué » selon l’expression de Stéphane Courtois, ne s’attendait en effet sans doute pas à une pareille résistance ukrainienne y compris chez les russophones ni ce qu’il allait susciter de réaction occidentale. Il croyait en terminer en quelques jours avec son « opération militaire spéciale ». Il ne pesa sans doute pas non plus l’effet de l’angoisse suscitée par l’invasion de l’Ukraine dans les nations d’Europe de l’Est naguère sous domination soviétique (Pologne, Pays Baltes) et aussi en Suède et Finlande.

Le voilà donc aujourd’hui en posture de jouer au chantage nucléaire,  alors que la télévision russe brandit les menaces d’anéantissement en moins de 200 secondes des capitales européennes !

Énervement sans doute, mais relançant pour beaucoup la lancinante question « qu’y a-t-il dans la tête de Poutine ? » Un Poutine semble t-il dangeusement très solitaire dans les prises de décision.

 

"Le régiment Azov milice controversée devenue unité d’élite"

C’est là le titre dans le Figaro du 2 mai d’un article fort intéressant d’Adrien Jaulmes.

En effet, que n’avait-on pas lu et entendu sur le célèbre « Bataillon Azov » affublé de toutes les tares d’une milice réputée nazie ? Représentant donc selon Jaulmes, « l’ennemi idéal pour Poutine ».

A lire Jaulmes, grand reporter méticuleux et honnête, la réalité est pourtant moins caricaturale.

Azov a été fondé par une majorité de russophones, parmi lesquels des hooligans, des supporters du club de football Dynamo de Kiev ayant recruté aussi « un certain nombre de militants ultranationalistes et admirateurs du IIIe Reich ».

Mais outre le fait que cette « extrême droite » n’a guère représenté qu’un très petit pourcentage des voix (de l’ordre de 1 à 2%) Azov, écrit Jaulmes, a accompli «  une mutation en unité combattante » et « l’idéologie de certains combattants n’a jamais défini celle de l’unité ».

Aujourd’hui, rapporte-il « l’officier, à la tête de son régiment encerclé dans l’usine Azovstal est devenu un héros national » (le lieutenant-colonel Denys Prokopenko).

Précisons ici que les civils de Marioupol qui se sont réfugiés par centaines dans les souterrains de l’usine pour se mettre à l’abri des bombardements n’ont jamais été interdits d’en sortir par les soldats d’Azov comme on a pu le lire hélas sur un blog de pure propagande russe !

Ceux qui ont pu être évacués n’ont jamais rapporté pareille chose mais le bloguiste poutinolâtre n’en a cure.

La vérité connue, mentionnée par des envoyés spéciaux d’une chaîne française, c’est que les soldats d’Azov ont sauvé des vies de civils en ne les laissant pas sortir au risque, sans accords de cessez-le feu d’être atteints par d’inéluctables tirs des russes.

Je ne suis pas un patriote ukrainien mais l’article de Jaulmes me confirme finalement dans l’idée que les gars d’Azov, dont déjà des centaines ont versé leur sang sont d’héroïques combattants. Comme le furent en 1936, les admirables défenseurs de l’Alcazar de Tolède.