Le
22 février 2022, les colonnes de l’armée russo-poutinienne néo-stalinienne
franchissaient en plusieurs lieux les frontières de l’Ukraine.
L’avant-veille,
en réunion au siège de Chrétienté-Solidarité, puis sur Radio-Courtoisie,
j’avais exprimé ma certitude qu’une invasion de ce pays était imminente. Mes
amis ne me crurent pas. J’arguais pourtant ma certitude que Poutine ne massait
certainement pas cent quatre-vingt-dix mille hommes de ses hordes pour
organiser des pique-niques le long des rives du Dniepr… L’un des participants,
un ancien diplomate roumain, me rétorqua, au demeurant avec sa gentillesse
habituelle, que la mobilisation poutinienne n’était qu’une comédie à laquelle,
nonobstant ma culture historique, je ne pouvais rien comprendre. Jamais, il en
était persuadé, Poutine n’envahirait l’Ukraine.
Le
surlendemain, alors que les télés et les radios rapportaient les premières nouvelles de « l’opération militaire
spéciale » ainsi que, selon les médias, la dénommait déjà le dictateur du
Kremlin, je ne pus m’empêchait d’appeler mon cher diplomate. Constantin (c’est
son prénom) était furibard… contre lui. « Ce
n’est pas possible », martelle-t-il à trois reprises, « comment n’ai-je rien vu ? »
Près
de cinq ans plus tard, ce sont hélas, cette fois, mes amis, trumpistes
invétérés, qui n’ont pas voulu voir l’abomination du phénomène T.R.U.M.P. :
Trahison Trumpienne pour la Russie : Une Manipulation Poutinienne.
Car,
cette fois-ci, ces derniers jours, c’est le président des États-Unis lui-même,
Donald Trump, qui se révèle depuis longtemps admirateur inconditionnel de
Poutine, qui a concocté avec ce dernier la pire volte-face de l’Amérique des
temps modernes.
Dans
son éditorial du 12 octobre, à la Une du Figaro, le talentueux Philippe Gélie
écrivait : « Jusque-là
l’ambiguïté permettait de sauver les apparences », et de
s’expliquer : « Pour l’équivalent
d’une journée de consommation mondiale de gazole, il vient d’opérer un virage
stratégique à 180 degrés. La suspension
des sanctions sur les exportations russes d’hydrocarbures permettra de financer
la machine de guerre de Vladimir Poutine sans aucune contrepartie de sa part.
Cela marquera peut-être un tournant dans le conflit, qui redouble d’intensité à
l’amorce de son cinquième hiver. C’est assurément un tournant géopolitique
majeur pour les États-Unis, qui ne s’étaient
jamais aplatis de la sorte devant l’impérialisme russe ». Et de
poursuivre : « Pour Trump, la
solution au problème qu’il a créé en déclenchant une guerre impopulaire contre
l’Iran passe donc par… Moscou ».
Pour
bien des commentateurs pro-ukrainiens de la géopolitique américano-russe, c’est
évidemment la consternation et le devoir de vérité qui l’emportent. Et la
vérité, c’est que Trump vient de rendre à Poutine le plus grand service que ce
dernier pouvait, en cette période, attendre de lui.
Selon
Mayeul Aldebert, correspondant à Washington du Figaro, dans son article du
lundi 12 octobre, Trump a révélé cela le vendredi 9 en déclarant dans sa
conférence de presse coutumière avoir eu une « discussion très fructueuse » de plus de 90 minutes avec
Vladimir Poutine et annonçant un accord avec ce dernier sur l’importation de
pétrole russe, en violation des sanctions en vigueur jusque-là adoptées naguère
par le Congrès américain.
Rappelons
que cet accord passé sans aucune consultation du Congrès par le seul duo des
deux compères Trump et Poutine, stipule la livraison « immédiate » de trois cent mille tonnes de gazole « au marché américain et mondial »
ainsi que la promesse de deux livraisons plus importantes encore, la première
de cinq cent mille tonnes en novembre, la seconde d’un million de tonnes en
décembre.
Dans
la foulée, dès le lendemain (samedi 10), le tout puissant président américain
s’avisait d’exiger de l’Ukraine l’arrêt des frappes de réplique de son armée
sur les raffineries de pétrole en Russie, arguant de ce que, selon lui, elles
ne feraient qu’aggraver « le
problème mondial » de pénurie de diesel (sic).
Or,
le plus ignorant des ignorants des questions énergétiques sait bien que c’est
la guerre contre l’Iran pour le contrôle du détroit d’Ormuz, déclenchée par
Trump sans aucun plan et sans aucune prudence, qui est la cause de la pénurie
de carburant sur le marché international. Après quoi, avec le culot qui est le
sien « à faire hurler les constellations » comme aurait dit Léon
Bloy, Donald Trump, après avoir proféré qu’il était temps que « l’Ukraine change de président »
(sic), osait asséner dans une hallucinante perfection mensongère : « La Russie aimerait conclure un accord
(…) mais pour une raison ou une autre, Zelensky ne veut pas conclure
d’accord ». Le président ukrainien lui rétorquât calmement le
lendemain qu’il appartenait au peuple ukrainien de choisir ses dirigeants. Et
il conditionnât des élections à un cessez-le-feu total de 60 jours, ajoutant
qu’il n’était pas au courant du « cessez-le-feu
énergétique » (sic) annoncé dans la matinée du même jour par un Trump
qui, au mépris de toute vraisemblance, osait affirmer que « les deux parties se sont mises d’accord » (re sic).
La
vérité, c’est que la Maison Blanche fait le pari qu’un tel accord mirifique
avec le chef de la Russie tchéko-kagébiste pourrait convaincre les électeurs
« Maga » de se rendre plus nombreux aux urnes le 3 novembre prochain,
pour les « midterms » qui ne sont pas encore jouées…
En
attendant, des personnalités lucides font le constat accablant de ce que Trump
est devenu. Ainsi notre ancien ambassadeur à Moscou, et aujourd’hui titulaire
de la distinction d’Ambassadeur de France, Pierre Levy, résume-t-il le tableau
géopolitique du vieux monde : « Trump
est avec Poutine, Poutine avec Xi Jinping, Xi avec l’Iran et la Corée du
Nord ». Une belle coalition en vérité ! Mais qui ne gêne pas les
collabos poutinistes d’extrême-droite que ce soit chez nous ou en Allemagne.
Quant
à Gérard Araud, ancien ambassadeur de France en Russie, il résume en quelques
mots le tableau : « Trump est aligné sur les positions russes. Il
veut que l’Ukraine cesse de se défendre ».
Trump,
lui, est tout à sa joie de « business man » de pouvoir enfin passer
encore des « deals » avec la Russie. Il est pour cela bien épaulé par
ses deux plénipotentiaires milliardaires, son ami Serge Witkoff et son gendre
Jared Kushner. Mais, plus au fond des choses, la réalité n’est-elle pas que
depuis longtemps, selon la pratique tchéko-kagébiste du
« compromat », Trump, comme l’a répété souvent sur nos chaines
l’excellent général Yakovlev, ancien colonel de notre Légion Étrangère,
pourrait bien être « tenu » par les « services » de
Vladimir Poutine. Nul besoin pour cela qu’il ait été comrpomis dans l’affaire
Epstein…
« T » comme
Trump, comme Trahison
Au
cours de notre vie de militant, nous avons eu à détester bien des dirigeants
politiques. Mais, en ce mois d’octobre 2026, c’est vers Donald Trump que s’écoule
le plus notre réservoir de mépris.
Le
personnage d’une insigne vulgarité qui n’a jamais effectué un seul jour de
service militaire, a, on s’en souvient, été abject à l’égard de ce grand héros
de guerre qu’était le sénateur John McCain, qui lui fut non seulement un
combattant exemplaire au Vietnam mais aussi un héroïque prisonniers de guerre,
résistants aux pires traitements du Viet Cong (nous l’avons jadis évoqué sur ce
blog). La jalousie de Trump envers ce magnifique héros fut abominable.
Trump
aura été pratiquement capable (et coupable) de tous revirements, de toutes les
contradictions et finalement de toutes les trahisons. On les sait, l’Amérique
qui a été notre allié si souvent admirable lors de nos grandes guerres, n’a pas
toujours été glorieuse dans ses abandons du Vietnam, de l’Afghanistan ou dans
sa guerre en Irak. Mais, avec Trump, c’est le chef de l’État américain en
personne qui trahit aujourd’hui son allié ukrainien, par sa connivence sans
limite avec le maître du Kremlin, le dictateur tchékiste puis kagébiste, le
néo-stalinien Poutine.
Trump et son
(faux) Tigre
Dernier
en date des « exploits » de l’apache de la Maison Blanche : il
n’a rien trouvé de mieux que de « partager » d’abord la véritable
vidéo de l’authentique attaque mortelle d’un visiteur imprudent par un tigre du
Bengale, survenue au zoo du Yorkshire Wildlife Park, dans le nord-est de
l’Angleterre. En ce lieu, un jeune homme qui s’était imprudemment introduit
dans un enclos où étaient enfermés des tigres du Bengale, a en effet été tué
par un des fauves.
Ayant
pris connaissance de ce drame, Donald Trump, faisant retransmettre la vidéo,
l’avait fait accompagner par la mention « ne jouez jamais avec la
nature ». Pas très finaud, certes, mais c’était du Trump.
Après
quoi, il avait fait publier une vidéo générée par intelligence artificielle où
on le voit fictivement courir après un tigre, plus vrai que nature, le plaquer
au sol et lui faire un gros câlin. Histoire pour Trump-Tarzan de se montrer
glorieusement vainqueur d’un pareil félin.
Accablant
pour le parti Maga Mais l’hostilité renouvelée de Trump envers l’Ukraine et
Zelensky font, qu’en son sein, certains et non des moindres, craignent que
d’autres accords bien plus importants avec la Russie soient « plus
préoccupants », plus dangereux pour l’Amérique que le dernier deal
annoncé. C’est du moins ce qu’a déclaré Nigel Gould-Davies de l’Institut
International d’Études Stratégiques observant que quatre millions huit cent
mille tonnes de brut promises par la Russie ne pèsent pas grand-chose par
rapport au soixante-cinq millions de tonnes produites chaque mois par les
États-Unis. Cela explique que le candidat républicain au Sénat dans le
Michigan, Mike Rogers, en compétition très serrée contre le progressiste Abdul
el-Sayed, se soit prononcé publiquement contre l’accord Trump-Poutine. Quant à
l’ancien vice-président Mike Pence, fervent partisan d’un soutien sans faille à
l’Ukraine, n’a-t-il pas déclaré : « Le
deal est une bouée de secours à la machine de guerre de Poutine ».
Enfin, pour sa part, Andrew Mitcha, le célèbre professeur d’études stratégiques
à la Hamilton School de l’Université de Floride a asséné : « Les États-Unis ont fait une
concession majeure à la Russie sans obtenir de contrepartie de Poutine ».
Et de poursuivre : « Cela nous
désavantage dans de d’éventuelles futures négociations de paix en l’Ukraine et
la Russie. Cela accroit également la confusion au sein de l’opinion publique
américaine quant au rôle que les États-Unis entendent jouer pour mettre fin à
ce conflit ».
On
le voit, la politique de Trump à deux semaines des « midterms » du 3
novembre est loin de faire l’unanimité, même chez les Républicains. Les
résultats de ces élections seront donc certainement très serrés. Mais nul ne
doute que jusqu’à ce 3 novembre le camarade Poutine fera tout pour que soit
conservée dans les deux chambres du Congrès, fut-elle faible, une majorité
trumpiste donc une majorité poutino-trumpiste.
Bernard Antony