mercredi 4 novembre 2026

Élections des Midterms aux U.S.A. : Trump a entraîné la grosse défaite du Parti républicain

Je n’ai jamais eu la moindre sympathie pour le Parti démocrate américain dirigé par toute une intellocrassie gauchiste et peuplé par tout ce que le pays compte d’agitateurs révolutionnaires woke.

Mais, comme je l’ai maintes fois exprimé sur ce blog ou dans Reconquête, je n’en ai pas davantage pour les traîtres avérés tel le président Trump qui, au-delà même de ses multiples côtés abominables d’adorateur du Veau d’Or, au cœur même du système de corruption politique et financier dont il  est depuis longtemps l’instigateur en chef, s’est avéré comme l’homme-lige du multi-criminel de guerre Vladimir Poutine.

Ce dernier, faut-il le rappeler, est issu de l’abominable Tcheka, devenue KGB, pièce essentielle du système totalitaire de terreur soviétique, responsable des millions de morts dans les exterminations de masse ou les tortures systématisées dans l’enfer stalinien de la Loubianka au centre même de Moscou.

Mais Trump n’avait cure de cela. Depuis des années, mû par le seul intérêt du « business » et des « deals », il se plaisait à honorer Poutine qui le fascinait et tout autant Xi Jinping, et encore le dictateur nord-coréen Kim Jong Un. Et cela ne l’empêchait pas d’envisager  régulièrement la recherche d’autres deals encore avec les chefs iraniens, même après avoir éliminé nombre de leurs dirigeants. Tout cela dans une indifférence grandissante pour l’héroïcité du peuple ukrainien dans sa résistance, depuis cinq ans, aux innombrables  crimes de guerre de l’envahisseur russo-poutinien.

Trump avait promis aux Américains de ne plus jamais, désormais, leur imposer quelque guerre que ce soit. Or, il a déclenché celle contre l’Iran sans aucune cohérence stratégique. Si bien que le détroit d’Ormuz, jusque-là ouvert à la navigation, leur a été fréquemment interdit ainsi que fermé à la plupart des autres marines occidentales.

La vérité, c’est que  c’est Trump qui a entraîné les Américains dans la guerre du Golfe persique. Il a ainsi commencé à se couper d’une part importante de sa base « MAGA ». Et le renchérissement du prix des carburants a accentué le processus. C’est donc lui qui a été pour l’essentiel indéniablement la cause, en cette journée de vote des Midterms de la défaite électorale du Parti républicain.

Avec le transcendant culot qui le caractérise, il a prétendu que si sa photo avait figuré sur les bulletins de vote, les Républicains auraient remporté ces élections ! À l’évidence, il n’a qu’une piètre opinion de ses électeurs ! Mais, la vérité encore, selon les meilleurs spécialistes des États-Unis, c’est que c’est une grande partie de ses électeurs  qui a désormais une piètre opinion de lui !

Bien sûr, avec les moyens que la constitution américaine donne au président (gouvernement par décrets, droit de véto, etc) Trump pourra tenir encore longtemps à la Maison Blanche. Mais, combien de temps pourra-t-il résister aux commissions d’enquête que déclencheront contre lui non seulement des élus démocrates à la Chambre et au Sénat, mais aussi ceux des Républicains ulcérés de son abandon de l’Ukraine.

Un ancien ambassadeur de France aux U.S.A. exprimait hier soir, sur je ne sais plus quel « plateau », l’opinion que désormais Trump ne pouvait plus être qu’un « mort vivant ». Cela n’est pas impossible. Nous l’aurions préféré aujourd’hui encore vivant, mais n’étant pas devenu un zombi de Poutine ! Non, vraiment, Trump ne mérite pas que son buste soit ciselé dans le roc du Mont Rushmore.

Les libres propos d’Alain Sanders : Macron, incapable de tenir les rues en France, est-il habilité à aller faire le cador et le donneur de leçons au Moyen-Orient ?

Il y a des images qui valent parfois davantage que de longs discours diplomatiques. Celles d’une France secouée par les violences, les pillages, les affrontements et la haine anti-française posent une question que l’Élysée ne peut plus balayer d’un revers de main : comment prétendre contribuer à la stabilité du monde quand l’autorité de l’État est elle-même contestée dans son propre pays ? Le sujet est d’autant plus brûlant qu’au lendemain des violences du 17 octobre 2026, Emmanuel Macron a tenté de réaffirmer l’autorité de l’État, tandis que son gouvernement reconnaissait des défaillances dans la préparation et la gestion des troubles. Le président a ensuite maintenu son déplacement au Moyen-Orient. Cette séquence nourrit inévitablement le débat sur les priorités du pouvoir et sur sa capacité à répondre aux urgences nationales.

Emmanuel Macron aime les scènes internationales (et les scènes de théâtre…). Les sommets, les déclarations solennelles, les poignées de main stratégiques et les discours sur la paix font partie intégrante de sa conception de la fonction présidentielle. La diplomatie est certes une mission essentielle d’un chef de l’État. Personne ne conteste que la France doive défendre ses intérêts, contribuer aux efforts de paix et dialoguer avec les puissances du Moyen-Orient. Mais une question dérangeante demeure : à quoi sert de vouloir incarner la voix de la raison à l’étranger si, dans le même temps, la parole présidentielle peine à convaincre une immense partie du pays ?

Le problème n’est pas qu’un président se rende à l’étranger pendant une crise. Un chef d’État ne peut pas abandonner toute activité diplomatique au moindre trouble intérieur. Le problème est celui du contraste : lorsque les Français réclament des réponses concrètes, des garanties de sécurité et une direction politique lisible, les déclarations internationales peuvent donner le sentiment d’un pouvoir davantage préoccupé par son image que par les préoccupations quotidiennes de ses citoyens.

Et ce sentiment, en politique, peut devenir dévastateur. L’ordre ne se décrète pas devant les caméras. Rétablir l’ordre ne consiste pas à multiplier les déclarations martiales, jamais suivies d’effets, après les événements. Cela suppose d’anticiper les risques, de mobiliser les moyens adaptés, de protéger les personnes et les biens, mais aussi de comprendre les tensions qui alimentent les crises. Lorsque des défaillances opérationnelles sont reconnues, lorsque les habitants s’interrogent sur leur sécurité et lorsque les responsables politiques se renvoient la faute, une question simple s’impose : qui assume la responsabilité politique de ce qui n’a pas fonctionné ?

Le président ne dirige pas personnellement chaque opération de maintien de l’ordre. Il serait donc exagéré de lui imputer directement chaque débordement. Il demeure néanmoins le chef de l’État, garant des institutions, est le seul responsable politique de la ligne générale suivie par son exécutif. La fonction présidentielle donne des pouvoirs. Elle implique aussi des comptes à rendre.

Le Moyen-Orient (certes à la ramasse lui aussi) n’a nul besoin de leçons distribuées à la légère depuis les salons diplomatiques parisiens. La région est traversée par des conflits, des rivalités stratégiques, des drames humains et des intérêts contradictoires qui exigent davantage que des formules bien rodées. La France pouvait jadis  jouer un rôle utile. Elle disposait d’une histoire diplomatique, de relations avec plusieurs acteurs régionaux et d’une capacité à porter certaines initiatives internationales. Son discours n’est plus cohérent et ses engagements ne sont plus crédibles. Macron est démonétisé à l’international comme il l’est sur  le plan national.

La diplomatie n’est pas un concours d’éloquence. Elle se juge à la capacité de dialoguer, de négocier, de respecter les principes que l’on défend et de produire des résultats. Un dirigeant qui invoque le respect du droit, la protection des populations civiles et la stabilité politique doit accepter que ses propres décisions soient examinées à la lumière de ces mêmes principes. Cette exigence vaut pour la France comme pour toutes les puissances qui prétendent défendre un ordre international fondé sur des règles. La crédibilité internationale ne se proclame pas : elle se construit par la cohérence entre les paroles et les actes.

La véritable question est simple : la France parvient-elle à démontrer que ses institutions fonctionnent, que ses décisions sont comprises et que ses dirigeants sont capables de répondre aux crises sans se contenter de communication ? La réponse est non.

Lorsqu’un responsable français appelle d’autres gouvernements à la responsabilité, à la retenue ou au respect des règles internationales, il est légitime de lui demander si ces exigences sont appliquées avec la même rigueur chez lui. Ces questions ne signifient pas que les situations sont identiques. Les conflits du Moyen-Orient et les troubles insurrectionnels survenus en France n’ont ni la même nature ni la même échelle. Les confondre serait une erreur. Mais il existe un principe commun : l’autorité publique doit pouvoir justifier ses décisions, protéger les citoyens et répondre de ses échecs. C’est précisément sur ce terrain que le débat devient légitime. Non pas pour interdire au président de parler au monde, mais pour rappeler qu’aucun dirigeant ne peut raisonnablement exiger des autres une exemplarité à laquelle il se soustrairait lui-même.

Le déplacement au Moyen-Orient peut être justifié par des intérêts stratégiques majeurs ? Soit. Encore faut-il que l’exécutif explique clairement ses objectifs et ne donne pas l’impression que la scène internationale offre un refuge commode, une esquive, une échappatoire, face aux difficultés nationales. Macron est habilité, au sens institutionnel, à représenter la France à l’étranger. C’est même l’une des responsabilités fondamentales de sa fonction. Mais le droit de parler ne garantit pas que la parole porte. La légitimité diplomatique se nourrit aussi de la confiance intérieure, de la cohérence politique et de la capacité à reconnaître les défaillances et, in fine, à en tirer les conséquences. 

Peut-on prétendre contribuer à l’ordre du monde sans parvenir à convaincre que l’ordre est efficacement assuré chez soi ? Avant de vouloir donner des leçons au monde, encore faut-il pouvoir répondre aux questions que son propre pays lui adresse. Avec un sentiment d’urgence absolue.

Alain Sanders 

Les libres propos d’Alain Sanders : Relire Sa Majesté des mouches à la lumière des émeutes insurrectionnelles de ceux qu’on appelle les « jeunes »

 Il est des livres que l’on croit avoir compris à l’adolescence et que l’on redécouvre, des années plus tard, avec une inquiétude nouvelle. Sa Majesté des mouches, le roman de William Golding publié en 1954, appartient à cette catégorie. On y voit des enfants livrés à eux-mêmes, échoués sur une île déserte, tenter d’organiser leur existence avant de sombrer progressivement dans la peur, la violence et la barbarie. La civilisation qu’ils reproduisent d’abord se défait sous nos yeux. Les règles deviennent des contraintes, la parole cède devant la force, le groupe se soude dans la désignation d’un ennemi et la chasse finit par remplacer la vie commune.

Comment ne pas songer, en relisant ce roman, aux scènes d’émeutes qui ont traversé la société française ces dernières semaines ? Aux bâtiments publics incendiés, aux commerces saccagés, aux affrontements avec la police, aux écoles et aux équipements collectifs pris pour cibles ? Et surtout, à cette question lancinante qui surgit chaque fois que les images se répètent : comment des « adolescents », nés et éduqués en France, parfois très jeunes, peuvent-ils en venir à détruire les lieux mêmes qui leur permettent de vivre, d’apprendre, de se rencontrer et de se construire un avenir ?

La comparaison mérite d’être tentée. Les « jeunes » barbares qui participent aux émeutes ne sont pas les personnages d’une fable, et une société contemporaine ne saurait être assimilée à une île abandonnée. Mais Golding nous offre une grille de lecture précieuse : il nous invite à regarder ce qui arrive aux individus lorsque les règles communes perdent leur légitimité, lorsque l’appartenance au groupe devient plus forte que la responsabilité personnelle et lorsque la violence, loin d’être seulement un moyen, finit par devenir une fin en soi.

Le véritable sujet de Sa Majesté des mouches n’est peut-être pas la sauvagerie des enfants. C’est la fragilité de ce qui nous empêche d’y céder. Dans le roman de Golding, les enfants ne sont pas initialement des sauvages. Ils arrivent sur l’île avec les habitudes, les réflexes et les représentations de la société dont ils proviennent. Ils savent ce qu’est une assemblée, comprennent la nécessité de s’organiser et reconnaissent, au moins provisoirement, l’autorité de Ralph, élu pour conduire le groupe.

Mais cette organisation repose sur un équilibre fragile. Il faut entretenir le feu, construire des abris, assurer la surveillance et respecter certaines règles. Or ces tâches collectives exigent de la patience, de la discipline et la capacité de différer ses satisfactions immédiates. Elles supposent également que chacun accepte de limiter sa liberté pour rendre possible celle de tous.

Jack, au contraire, incarne progressivement la séduction d'un pouvoir plus immédiat : celui de la chasse, de la puissance physique, de l'excitation et de la domination. Il promet moins une société organisée qu'une expérience exaltante du groupe. Là où Ralph rappelle les obligations communes, Jack offre l'ivresse des bandar-logs (relire Kipling…). La rupture ne se produit donc pas simplement entre les enfants civilisés et les enfants sauvages. Elle oppose deux conceptions de la vie collective : l'une fondée sur la règle, la responsabilité et la construction d'un avenir ; l'autre sur la gratification immédiate, l'affirmation de soi et la soumission à un chef de meute capable d'entretenir les passions du groupe.

Cette opposition éclaire une partie des mécanismes observables dans les émeutes contemporaines. Dans son rapport consacré aux violences de juin et juillet 2023, le Sénat relevait notamment l'effet d'entraînement du groupe (souvent communautaire), la recherche d'adrénaline, l'opportunisme de certains participants et le rôle des réseaux sociaux dans la coordination et la mise en scène des violences. La comparaison avec Golding prend ici tout son sens : un individu peut participer à des actes qu'il n'aurait peut-être jamais commis seul, non parce qu'il aurait soudain perdu toute conscience morale, mais parce que le groupe, voire une communauté, modifie sa perception du permis, du possible et du valorisant.

Dans Sa Majesté des mouches, la conque symbolise la possibilité de parler, d'être entendu et de participer à une décision commune. Elle représente une autorité qui ne repose pas sur la force physique, mais sur une convention reconnue par tous. Tant que les enfants acceptent cette convention, une forme de « démocratie » demeure possible. Lorsqu'ils cessent de la respecter, ce n'est pas seulement un objet qui perd sa valeur : c'est l'idée même qu'une règle puisse s'imposer au plus fort. La violence commence à s'installer lorsque les interdits ne sont plus perçus comme les conditions de la coexistence, mais comme des obstacles à franchir. Détruire, incendier, s'emparer d'un objet ou affronter les représentants de l'autorité peuvent alors devenir des actes valorisés par le groupe, indépendamment de leur utilité ou de leurs conséquences.

Ce qui change radicalement la nature de l'acte, c'est le moment où la destruction devient sa propre justification, où l'on ne cherche plus à obtenir une réforme, à dénoncer une injustice ou à faire entendre une revendication, mais où l'on semble trouver dans le saccage lui-même la récompense recherchée. C'est précisément ce que suggère le destin des enfants de Golding. La violence, d'abord présentée comme un moyen de satisfaire des besoins ou de se protéger, devient peu à peu une pratique collective dont l'excitation semble suffire à justifier la répétition.

La modernité change les moyens, mais certains mécanismes humains restent reconnaissables. Sur l'île, les enfants se rassemblent autour du feu et de la chasse ; dans les villes contemporaines, des images circulent instantanément, les actes sont filmés, partagés et commentés. La reconnaissance ne vient plus seulement du regard des complices présents : elle peut être recherchée auprès d'un public numérique beaucoup plus vaste. Le geste violent peut ainsi devenir une performance. On ne détruit plus seulement pour prendre, se venger ou s'opposer : on détruit aussi pour être vu.

Dans les sociétés contemporaines, les mécanismes de désignation de l'ennemi peuvent fonctionner dans plusieurs directions. Certains « jeunes » peuvent percevoir la police, l'État ou les institutions, la France, comme des forces hostiles. Les émeutiers ne sont pas simplement les enfants de Golding, et les citoyens qui réclament le rétablissement de l'ordre ne sont pas nécessairement des personnages enfermés dans la peur. Le réel est plus complexe que l'allégorie. N’empêche…

Dans Sa Majesté des mouches, l'absence des adultes joue un rôle essentiel. Les enfants doivent assumer seuls la tâche de se gouverner, alors qu'ils ne possèdent ni l'expérience ni la maturité nécessaires pour affronter toutes les tensions qui surgissent. L'île est ainsi une expérience de la liberté sans cadre suffisamment solide. Mais elle est aussi une expérience de l'autorité sans transmission : les enfants connaissent certaines règles, sans toujours comprendre ce qui les fonde ni pourquoi il faudrait les respecter lorsque leur application devient difficile.

Reste que les « jeunes » barbares d'aujourd'hui ne sont pas abandonnés sur une île déserte. Ils vivent au sein d'institutions, de familles, d'établissements scolaires, de collectivités et de réseaux de sociabilité. Pourtant, la question posée par Golding conserve sa force : que devient une génération lorsque les adultes ne parviennent plus à faire comprendre le sens des règles communes ?

L'autorité n'est pas seulement la capacité de punir. Elle est aussi la capacité de transmettre. La fin du roman de Golding est saisissante parce qu'elle fait apparaître, au moment même où la violence a atteint son paroxysme, le regard d'un adulte. Le retour de l'autorité extérieure met brutalement en lumière l'horreur de ce qui vient de se produire. Mais cette arrivée ne constitue pas une victoire simple. Elle révèle plutôt l'écart entre l'image que les enfants pouvaient avoir d'eux-mêmes et ce qu'ils sont devenus. Ils se découvrent capables d'une violence qu'ils n'auraient peut-être jamais imaginée au début de leur aventure.

L'île nous apprend ainsi que la civilisation ne tient pas uniquement à l'existence de lois ou d'institutions. Elle dépend aussi de la manière dont les individus les intériorisent, de leur capacité à reconnaître autrui comme un semblable et de leur volonté de ne pas céder à toutes leurs impulsions. Une société peut posséder des écoles, des tribunaux, des mairies et des commissariats sans parvenir à faire partager à tous le sentiment qu'ils appartiennent à une même communauté nationale. La violence ne devient pas acceptable parce qu'elle se réclame de prétendues colères, d'une supposée humiliation ou d'une injustice. Incendier une école, saccager une bibliothèque ou détruire un équipement collectif porte atteinte à des biens qui rendent possible la vie commune, parfois au détriment des habitants les plus fragiles.

Relire Sa Majesté des mouches à la lumière des émeutes contemporaines, c'est retrouver une question ancienne sous une forme nouvelle : qu'est-ce qui nous permet de vivre ensemble sans que la force devienne notre seule loi ? Le roman de William Golding nous rappelle que nul groupe humain n'est définitivement à l'abri de la violence, que les règles communes peuvent se défaire plus vite qu'on ne le croit et que la peur, le désir de reconnaissance et la fascination pour la puissance peuvent emporter des individus que rien ne semblait initialement destiner à la brutalité. La conque de Golding est peut-être, finalement, moins le symbole d'une autorité perdue que celui d'une parole commune devenue inaudible. Lorsque plus personne ne croit devoir écouter l'autre, lorsque le rapport de force supplante la discussion et que la destruction procure davantage de reconnaissance que la construction, la société commence à perdre ce qui la distingue d'un simple rassemblement d'individus. Qui ne vivent plus côte à côte, mais face à face.


Alain Sanders

Les libres propos d’Alain Sanders : Bulgarie : au risque d’une nouvelle présidente aux propensions poutiniennes

L’élection d’Iliana Iotova à la présidence bulgare, avec 57,6 % des suffrages au second tour du 1er novembre 2026, constitue un signal politique qui dépasse largement les frontières de Sofia. Derrière la promesse d’une « présidente de la paix », c’est une Bulgarie écartelée  entre son ancrage européen et ses complaisances ambiguës (manière soft de dire les choses…) à l’égard du Kremlin qui se dessine

Première femme élue à la présidence de la République bulgare, Iliana Iotova entame un nouveau chapitre politique. Derrière son indéniable consécration électorale se profile une question autrement plus préoccupante : quelle place la Bulgarie entend-elle désormais occuper dans le bras de fer géopolitique entre la Russie et l'Europe ? Car le parcours et les prises de position de la nouvelle présidente ne dissipent pas les inquiétudes. Bien au contraire.

Iliana Iotova ne surgit pas de nulle part. Ancienne vice-présidente de la République aux côtés de Rumen Radev, elle a pris les fonctions présidentielles en janvier 2026, après la démission de celui-ci pour se lancer dans la politique gouvernementale. Son élection s'inscrit dans la continuité politique d'un pouvoir dont les rapports avec Moscou constituent un sujet de préoccupation pour les partenaires occidentaux.

Le Premier ministre Rumen Radev, dont le parti Progressive Bulgaria a soutenu sa candidature, entretient en effet une ligne diplomatique particulièrement accommodante à l'égard de la Russie. Sur la guerre en Ukraine, il s'est régulièrement démarqué des positions les plus fermes adoptées par les capitales européennes. Iotova partage plusieurs de ces orientations. Elle s'oppose à la poursuite de l'aide militaire bulgare à l'Ukraine, défend une solution négociée au conflit et plaide pour une amélioration des relations avec Moscou, allant jusqu'à évoquer la levée des sanctions contre la Russie. Autant de positions qui ne relèvent pas d'une simple nuance diplomatique. Elles traduisent une conception des relations internationales qui prend ses distances avec la stratégie de pression défendue par une grande partie de l'Union européenne.

La nouvelle présidente récuse d’ailleurs l'idée que la Russie serait nécessairement un ennemi de la Bulgarie. « La Russie fait partie de notre histoire », a-t-elle déclaré peu avant le second tour, en exprimant le souhait que Moscou joue un rôle dans la future architecture de sécurité européenne. Voilà qui mérite attention. Durant la campagne, Iliana Iotova a largement construit son discours autour d'une opposition entre la guerre et la paix. Elle s'est présentée comme une « présidente de la paix », tandis que son adversaire Andrey Gyurov défendait une politique de soutien à l'Ukraine et de coopération renforcée avec les alliés occidentaux.

Le procédé politique est habile : qui pourrait raisonnablement se prononcer contre la paix ? Mais la question n'est pas de savoir qui souhaite la fin des hostilités. Elle est de déterminer dans quelles conditions cette paix pourrait être obtenue et à quel prix pour le pays agressé. En refusant de soutenir militairement Kiev, en critiquant la stratégie européenne et en privilégiant le dialogue avec Poutine, Iotova défend une orientation qui rejoint, sur plusieurs points essentiels, les intérêts diplomatiques du Kremlin.

La différence entre une politique de paix et une politique de concessions à l'agresseur mérie
pourtant d'être clairement établie. La nouvelle présidente a refusé de désigner explicitement la Russie comme responsable des attaques de drones ayant frappé des navires commerciaux en mer Noire, malgré les inquiétudes exprimées par plusieurs partenaires européens. Cette prudence interroge d'autant plus que la Bulgarie est directement concernée par la sécurité de cette région stratégique.

L'élection bulgare intervient dans un contexte où l'unité européenne face à Moscou demeure fragile. Depuis le déclenchement de l'invasion russe à grande échelle de l'Ukraine en février 2022, les États membres de l'Union européenne ont globalement maintenu une politique de soutien à Kiev et de sanctions contre la Russie. Cette unité n'a jamais été exempte de tensions.

La Bulgarie constitue désormais un cas particulièrement sensible. Membre de l'OTAN depuis 2004 et de l'Union européenne depuis 2007, elle occupe une position stratégique dans les Balkans et sur le flanc oriental de l'Europe. Sa proximité géographique avec la mer Noire lui confère une importance militaire et diplomatique considérable. Or, son orientation politique pourrait compliquer la recherche d'une position commune sur plusieurs dossiers : assistance à l'Ukraine, sécurité maritime, sanctions économiques et relations avec Moscou. La victoire d'Iotova révèle qu'une partie importante de l'électorat bulgare est réceptive à un discours de distanciation vis-à-vis de la stratégie occidentale.

Avec 57,6 % des voix au second tour, Iliana Iotova dispose d'une légitimité électorale incontestable. Mais cette victoire doit être replacée dans son contexte. Le premier tour, organisé le 25 octobre, avait été marqué par une abstention particulièrement élevée, avec une participation d'environ 22 % selon les chiffres rapportés par les médias bulgares et internationaux. Le scrutin s'est déroulé dans un climat de défiance envers les institutions et la classe politique. Le second tour a confirmé la victoire de la candidate soutenue par le pouvoir, mais il n'efface pas les divisions profondes de la société bulgare.

Rappelons que la présidence bulgare ne dispose pas des prérogatives exécutives d'un président français. Le gouvernement et le Parlement détiennent l'essentiel du pouvoir politique. Le chef de l'État exerce néanmoins des fonctions importantes : il est chef des armées, peut opposer son veto à des textes législatifs et joue un rôle dans la représentation internationale du pays. L'influence présidentielle est donc réelle. La question est désormais de savoir jusqu'où Iotova entendra utiliser cette influence pour infléchir la diplomatie bulgare.

Pour l'Union européenne, le dossier bulgare pose une question fondamentale : comment préserver une politique étrangère cohérente lorsque certains gouvernements ou responsables institutionnels défendent des orientations qui divergent sensiblement de celles de leurs partenaires ? Il serait illusoire de croire que l'appartenance à l'Union européenne et à l'OTAN garantit automatiquement une adhésion sans réserve à toutes les positions occidentales. La Bulgarie en apporte une nouvelle illustration.

Le Kremlin n'a pas besoin que tous les pays européens deviennent ouvertement « pro-russes ». Il lui suffit parfois que les divisions internes de l'Europe empêchent l'émergence d'une réponse commune. L'élection d'Iliana Iotova ne constitue donc pas une simple alternance institutionnelle. Elle met en lumière une fracture politique et stratégique qui traverse la Bulgarie et, plus largement, l'Europe.

La Bulgarie peut certes défendre ses intérêts nationaux, plaider pour des négociations et entretenir des relations diplomatiques avec la Russie. Mais elle devra aussi clarifier ce qu'elle entend par solidarité européenne et par sécurité collective. Car il existe une différence fondamentale entre rechercher la paix et banaliser les appétits hégémoniques du Kremlin.

L'Europe aurait donc tort de considérer cette élection comme un simple épisode de politique intérieure bulgare. Dans une guerre où l'unité occidentale constitue un enjeu stratégique majeur, chaque ambiguïté compte. Et Sofia vient de rappeler que le front européen face à Moscou est plus que largement fissuré. 

Alain Sanders

lundi 19 octobre 2026

Paris brûle-t-il ? Oui et bien d’autres villes encore de notre vieux pays en ce 18 octobre 2026

Bien des cinéphiles français doivent encore avoir en mémoire le fascinant film « Paris brûle-t-il ? », sorti en salles le 27 octobre 1966, film franco-américain réalisé par René Clément et adapté du livre best-seller éponyme de Larry Collins et Dominique Lapierre.

Rappelons ici que ce film eut pour origine historique l’ordre donné réellement par Hitler, le 22 août 1944, au gouverneur allemand de la place de Paris, le général von Choltitz, de raser Paris en raison de l’avancée des troupes alliées libératrices. Ordre que, fort heureusement, le général n’exécuta pas, préférant signer sa reddition.

On voit aujourd’hui les troupes du dictateur néo-soviétique Poutine exécutant son ordre de détruire jour après jour Kiev et les autres grandes villes d’Ukraine… À quoi résistent farouchement les troupes et la population ukrainienne…

Mais, ce samedi 17 octobre, le parti politique du camarade trotskiste Jean-Luc Mélenchon, du nom de France Insoumise, coordonnant l’action destructrice de maints groupuscules néo ou archéo-trotskistes et d’autres organisations diversement anarcho-syndicalistes ou plus ou moins crypto-bolcheviques, avaient manifestement reçu la consigne de détruire, piller, brûler et viser au lynchage de policiers partout où cela serait possible.

Nos chaines de télévision retransmirent donc tout au long de la soirée et tard dans la nuit des scènes de racailles d’ultra-gauche mêlées de frères musulmans ou de différents groupes de néo-cagoulards d’ultra-gauche, se livrer aux joies de lancer des pavés sur les policiers, de briser les vitrines et piller des magasins. Et cela culmina avec l’incendie de la mairie de Limoges alors qu’un peu partout étaient allumés des feux de haine.

Cela continua tard dans la nuit du 18 octobre alors que, à chaque heure qui s’écoulait, les unités de police, certainement pas toujours bien commandées et de plus en plus fatiguées, s’épuisaient à contenir la voyoucratie des pilleurs et des voleurs sans pouvoir compter, pour châtier les émeutiers appréhendés, sur l’appui d’une magistrature trop souvent complaisante sinon idéologiquement complice. Bref, une insurrection en bonne et due forme avec ses forcenés idéologiques et leurs relais politico-médiatiques. Et surtout, au sommet d’une République de plus en plus semblable à une termitière prête à s’effondrer, un État déliquescent dont le spectacle aurait très vite conduit un Bonaparte en dépression nerveuse.

Au soir du 17octobre, l’insurrection avait battu jusqu’à 150 mètres de l’Élysée alors que, selon nos informations, Macron qui bougeait de pièce en pièce de plus en plus hagard, ressemblait aux boyards aux abois dans le film d’Eisenstein « Yvan le Terrible ».

Le soir du 18, voilà que sur CNews l’on peut voir et entendre parler le camaradissime Mélenchon, au faîte de son culot de gramsciste patenté. Ce alors que un peu partout dans Paris, la racaille non seulement tenait « le haut du pavé » selon l’expression consacrée, mais se déployait au rythme des voyous assassins lanceurs de pavés sur la police. Beaucoup de policiers ne survécurent que grâce à la protection de leur casque, pas toujours suffisante pour éviter à certains d’être  assommés par les lourds cubes de granit.

Le dimanche soir 18 octobre, très tard dans la nuit, les chaines d’information en continue retransmettant les scènes de pillage et de vol et de véritables tentatives de meurtre sur les policiers un peu partout débordés, de la Place de la République, des grandes avenues et du quartier du Marais à Paris, au vieux port et à la Canebière à Marseille tandis que se lamentait dans cette ville le maire Benoît Payan et que celui de Limoges ne pouvait que regarder affligé les ruines fumantes du beffroi de son hôtel de ville. Et partout, de Toulouse à Nancy, de Bordeaux à la Place Bellecour à Lyon, les mêmes scènes de chaos.

Le pic de déshonneur étatique de la journée fut contenu dans les six minutes de discours aux Français d’un Macron aussi nul que d’ordinaire, n’ayant strictement rien d’important à annoncer, si ce n’est, scrogneugneu « comme d’hab », de la fermeté et de la rigueur. Et il a même promis d’être « intraitable ». Une fois cela (et après avoir refusé la démission du ministre de l’Intérieur annoncée) il s’est envolé pour les pays du Golfe persique, histoire, sans doute, de profiter du beau temps en ces lieux.

Cependant, ce matin du 19 octobre, sur le coup de dix heures, on pouvait entendre sur France Inter un intellectuel (de gauche bien sûr) exprimer sa certitude que ce n’était pas avec des mesures autoritaires que l’on pourrait contenir la crise. Macron ne l’avait-il pas déjà précédé il y a quelques jours en déclarant que les forces de l’ordre manquaient d’empathie pour les manifestants (sic) ? Cela, on s’en doute, était allé droit au cœur des policiers qui, certainement, devaient enfin s’aviser de ce qu’ils ne donnaient pas jusque-là un contenu suffisamment humanitaire à leur mission.

Néanmoins, certains analystes allaient jusqu’à se demander si les difficultés des forces de maintien de l’ordre et leurs manques patents de moyens n’avaient pas été perfidement concoctés par un gouvernement où l’on croyait pouvoir tabler sur l’idée que les exactions et les incendies entraineraient un retournement de l’opinion en sa faveur. Grossière illusion en vérité ! Et qui n’empêchera pas les camarades Mélenchon, Bagayoko et toutes leurs smalas de porteurs de keffieh de continuer à développer leur idéologie d’ultra-gauche de légitimation de la violence révolutionnaire.

À la prochaine, à la revoyure, camarades !

Alors que les ravages des incendies et les ruines des journées si bellement citoyennes des 17 et 18 octobre ne sont pas encore tant s’en faut effacés par les services municipaux de France et de Navarre, voilà que l’on s’excite déjà dans tout ce que notre pays compte de casseurs archéo-trotskistes et de frères musulmans en vue d’une réussite bien flamboyante – ou plutôt bien flambante – de la prochaine journée du 5 novembre de grèves, manifestations et concours d’envoi de pavés sur les forces de l’ordre.

Devant ces annonces, Macron et Lecornu semblent pourtant n’être pas disposés à décréter l’État d’urgence qui, face une semblable situation, s’imposerait dans tout autre pays.

Mais, quoi qu’il en coûte il est vrai, la gloire du gouvernement Macron ne sera-t-elle pas d’avoir bien défendu la démocratie !

Bernard Antony


Les libres propos d’Alain Sanders : L’indicible « lâchage » de Volodymyr Zelensky par Donald Trump

La relation entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky traverse une nouvelle crise majeure. En quelques jours, les tensions entre Washington et Kiev ont pris une dimension particulièrement préoccupante : menace de réduire le partage du renseignement américain, désaccord sur les frappes ukrainiennes contre les installations pétrolières russes et déclaration du président américain appelant l’Ukraine à se choisir un nouveau dirigeant ! Au cœur de cette confrontation se trouve une question décisive : les États-Unis cherchent-ils encore à aider l’Ukraine à résister à l’agression russe, ou privilégient-ils, désormais ouvertement, un accord inique (et à bien des égards contre-nature) avec Moscou, quitte à livrer le peuple ukrainien à la soldatesque stalino-poutinienne ?

Le 10 octobre, Donald Trump a grossièrement estimé que l’Ukraine devrait se doter d’un nouveau président. Il reproche à Zelensky de ne pas avoir conclu d’accord pour mettre fin à la guerre et de poursuivre les frappes contre les raffineries russes, malgré les demandes américaines. La crise s’est cristallisée autour d’un accord annoncé entre Washington et Moscou concernant les exportations de gazole russe. Cette entente prévoit un assouplissement des sanctions américaines sur les exportations russes de gazole, dans un contexte de tensions sur les marchés énergétiques mondiaux. Une telle décision va procurer des ressources supplémentaires à la Russie alors que ses forces continuent de bombarder le territoire ukrainien.

Zelensky a vivement contesté cette orientation. Il estime, à juste raison, que l’allègement des sanctions envoie à Vladimir Poutine un signal favorable, au moment même où les frappes russes continuent de faire de nombreuses victimes civiles. Une attaque très meurtrière a notamment frappé Zaporijjia le 10 octobre dernier.

Le désaccord dépasse donc une simple querelle personnelle. Il porte sur la manière de conduire la guerre, sur les moyens de contraindre Moscou à négocier et sur la nature même de la paix recherchée par Washington. L’élément le plus inquiétant concerne la coopération militaire et le partage du renseignement. D’après le Financial Times, des représentants américains ont averti les négociateurs ukrainiens que les frappes contre les raffineries russes pourraient entraîner une interruption de renseignements essentiels à la défense ukrainienne.

Cette menace est particulièrement lourde de conséquences. Dans une guerre où la détection des mouvements ennemis, le repérage des objectifs et l’anticipation des attaques sont essentiels, le renseignement américain constitue un atout stratégique pour Kiev. Une réduction de cette coopération pourrait compliquer, voire entraver, la préparation des opérations ukrainiennes et annihiler les capacités de défense du pays.

Washington entend ainsi utiliser son poids militaire pour obtenir un changement de comportement de la part de l’Ukraine. L’administration Trump considère que les attaques contre les infrastructures pétrolières russes compliquent ses efforts diplomatiques et ses objectifs énergétiques. Mais, du point de vue ukrainien, ces installations contribuent aussi au financement de l’effort de guerre russe. Il ne peut être demandé à ses forces de renoncer à certains moyens de pression pendant que les bombardements russes se poursuivent. Le risque est celui d’un cercle vicieux : plus Washington fait pression sur Kiev, plus la confiance entre les deux alliés s’érode ; plus cette confiance se dégrade, plus la coordination militaire et diplomatique devient difficile.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump, dont le tropisme poutinien est devenu criant, a fait de la fin de la guerre une priorité affichée. Sa méthode (si on peut encore parler de méthode) repose sur la négociation directe, la pression exercée sur Kiev et la recherche d’un compromis qu’il puisse présenter comme un succès diplomatique. Cette approche se heurte à un problème fondamental : les objectifs de Moscou et ceux de Kiev restent diamétralement opposés. L’Ukraine veut préserver sa souveraineté, son territoire et sa capacité à empêcher une nouvelle invasion. La Russie entend, quant à elle, maintenir ses conquêtes et peser durablement sur les choix stratégiques de son voisin. Un accord conclu sans garanties solides pour l’Ukraine pourrait donc mettre fin aux combats sans résoudre les causes du conflit. Il pourrait également laisser à la Russie le temps de reconstituer ses forces avant une éventuelle reprise des hostilités. Le risque, pour Zelensky, est que Washington considère désormais le gouvernement ukrainien comme un obstacle à la conclusion rapide d’un accord, plutôt que comme le partenaire directement concerné par les conditions de la paix.

Il convient néanmoins de distinguer les faits de leur interprétation : les déclarations de Trump et les pressions rapportées par la presse témoignent d’une confrontation réelle, mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer, au moins pour l’heure, qu’un accord secret définitif aurait été conclu entre Washington et Moscou sur le sort territorial de l’Ukraine.

Pour les Européens, cette crise confirme l’urgence de renforcer leur capacité à soutenir l’Ukraine indépendamment des fluctuations de la politique américaine. L’Union européenne a réaffirmé, le 18 juin 2026, son soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale ukrainiennes. Elle a également insisté sur la nécessité de garanties de sécurité crédibles et sur le principe selon lequel l’avenir de l’Ukraine ne peut être décidé sans elle.

Mais les déclarations politiques ne suffisent pas. Pour compenser une éventuelle diminution de l’engagement américain, les pays européens devraient pouvoir fournir des moyens de défense aérienne, des munitions, des équipements militaires et des financements sur la durée. Ils devraient également répondre aux besoins de renseignement et aux autres capacités pour lesquelles l’Ukraine dépend de ses partenaires. Cette tâche est considérable. Les capacités militaires européennes ne remplacent pas automatiquement celles des États-Unis, et une réorganisation de l’aide demanderait du temps, des investissements et une coordination politique étroite.

Un désengagement américain, même partiel, ne signifierait donc pas nécessairement la fin du soutien occidental à l’Ukraine. Il pourrait toutefois en modifier profondément l’équilibre, en transférant une part plus importante de la charge financière et militaire vers les Européens.

Pour Zelensky, la situation est particulièrement délicate. Il doit poursuivre la défense de son pays tout en évitant une rupture avec son principal partenaire militaire historique. Accepter les exigences américaines sans garanties suffisantes pourrait être perçu en Ukraine comme une concession dangereuse. Les rejeter risque, à l’inverse, d’entraîner de nouvelles pressions sur l’aide et la coopération militaire. Le président ukrainien se trouve ainsi confronté à une équation difficile : comment négocier sans apparaître contraint d’accepter une paix défavorable, et comment poursuivre la résistance sans perdre le soutien indispensable à sa capacité de défense ?

La déclaration de Trump sur « la nécessité de remplacer le président ukrainien » ajoute une dimension politique à cette confrontation. Elle soulève la question de la liberté de choix des Ukrainiens dans la conduite de leur propre pays. En droit et en principe, la désignation des dirigeants ukrainiens relève des institutions et des citoyens ukrainiens, non du président américain.

Pour Washington, réduire les coûts de la guerre, limiter les tensions internationales et stabiliser les marchés énergétiques constitue un ensemble d’objectifs politiques et économiques importants. Pour Kiev, la priorité est de mettre fin aux combats sans ouvrir la voie à une nouvelle agression. Pour les Européens, l’enjeu est également de préserver la sécurité du continent et de maintenir le principe selon lequel les frontières ne peuvent être modifiées par la force.

Ces objectifs ne sont pas forcément incompatibles, mais ils exigent des garanties concrètes. Un cessez-le-feu, des mécanismes de contrôle, des engagements de sécurité crédibles et des dispositions permettant d’éviter une reprise des hostilités seraient déterminants pour juger la solidité d’un éventuel accord. Sans ces garanties, une trêve pourrait simplement reporter le conflit. 

Les événements des 9 et 10 octobre 2026 donnent du poids à l’expression « lâchage de Zelensky » : Trump a durci ses attaques contre le président ukrainien, a privilégié un arrangement énergétique avec Moscou contesté par Kiev et a laissé planer la menace d’une réduction de la coopération en matière de renseignement.

À la fin septembre, l’administration Trump s’était encore engagée à utiliser la quasi-totalité des 400 millions de dollars d’aide militaire autorisés par le Congrès, même si les livraisons demeuraient limitées sur certains équipements essentiels. A suivre…

Le véritable tournant se mesurera moins aux déclarations présidentielles qu’aux décisions concrètes : maintien ou interruption du renseignement, livraison effective des armes, évolution des sanctions contre Moscou et contenu des garanties de sécurité proposées à Kyiv.

Pour l’Ukraine, l’enjeu est vital. Pour l’Europe, il est stratégique. Et pour Washington, cette crise pose une question centrale : peut-on prétendre garantir une paix durable en affaiblissant la position de négociation du pays qui subit l’invasion ?

Alain Sanders 

L’indécente haine de l’affairiste Trump contre Zelensky : L’Ukraine à feu et à sang, ou le poutino-trumpisme dans toutes ses horreurs…

Le 22 février 2022, les colonnes de l’armée russo-poutinienne néo-stalinienne franchissaient en plusieurs lieux les frontières de l’Ukraine.

L’avant-veille, en réunion au siège de Chrétienté-Solidarité, puis sur Radio-Courtoisie, j’avais exprimé ma certitude qu’une invasion de ce pays était imminente. Mes amis ne me crurent pas. J’arguais pourtant ma certitude que Poutine ne massait certainement pas cent quatre-vingt-dix mille hommes de ses hordes pour organiser des pique-niques le long des rives du Dniepr… L’un des participants, un ancien diplomate roumain, me rétorqua, au demeurant avec sa gentillesse habituelle, que la mobilisation poutinienne n’était qu’une comédie à laquelle, nonobstant ma culture historique, je ne pouvais rien comprendre. Jamais, il en était persuadé, Poutine n’envahirait l’Ukraine.

Le surlendemain, alors que les télés et les radios rapportaient les premières  nouvelles de « l’opération militaire spéciale » ainsi que, selon les médias, la dénommait déjà le dictateur du Kremlin, je ne pus m’empêchait d’appeler mon cher diplomate. Constantin (c’est son prénom) était furibard… contre lui. « Ce n’est pas possible », martelle-t-il à trois reprises, « comment n’ai-je rien vu ? »

Près de cinq ans plus tard, ce sont hélas, cette fois, mes amis, trumpistes invétérés, qui n’ont pas voulu voir l’abomination du phénomène T.R.U.M.P. : Trahison Trumpienne pour la Russie : Une Manipulation Poutinienne.

Car, cette fois-ci, ces derniers jours, c’est le président des États-Unis lui-même, Donald Trump, qui se révèle depuis longtemps admirateur inconditionnel de Poutine, qui a concocté avec ce dernier la pire volte-face de l’Amérique des temps modernes.

Dans son éditorial du 12 octobre, à la Une du Figaro, le talentueux Philippe Gélie écrivait : « Jusque-là l’ambiguïté permettait de sauver les apparences », et de s’expliquer : « Pour l’équivalent d’une journée de consommation mondiale de gazole, il vient d’opérer un virage stratégique à 180  degrés. La suspension des sanctions sur les exportations russes d’hydrocarbures permettra de financer la machine de guerre de Vladimir Poutine sans aucune contrepartie de sa part. Cela marquera peut-être un tournant dans le conflit, qui redouble d’intensité à l’amorce de son cinquième hiver. C’est assurément un tournant géopolitique majeur pour les États-Unis, qui ne s’étaient  jamais aplatis de la sorte devant l’impérialisme russe ». Et de poursuivre : « Pour Trump, la solution au problème qu’il a créé en déclenchant une guerre impopulaire contre l’Iran passe donc par… Moscou ».

Pour bien des commentateurs pro-ukrainiens de la géopolitique américano-russe, c’est évidemment la consternation et le devoir de vérité qui l’emportent. Et la vérité, c’est que Trump vient de rendre à Poutine le plus grand service que ce dernier pouvait, en cette période, attendre de lui.

Selon Mayeul Aldebert, correspondant à Washington du Figaro, dans son article du lundi 12 octobre, Trump a révélé cela le vendredi 9 en déclarant dans sa conférence de presse coutumière avoir eu une « discussion très fructueuse » de plus de 90 minutes avec Vladimir Poutine et annonçant un accord avec ce dernier sur l’importation de pétrole russe, en violation des sanctions en vigueur jusque-là adoptées naguère par le Congrès américain.

Rappelons que cet accord passé sans aucune consultation du Congrès par le seul duo des deux compères Trump et Poutine, stipule la livraison « immédiate » de trois cent mille tonnes de gazole « au marché américain et mondial » ainsi que la promesse de deux livraisons plus importantes encore, la première de cinq cent mille tonnes en novembre, la seconde d’un million de tonnes en décembre.

Dans la foulée, dès le lendemain (samedi 10), le tout puissant président américain s’avisait d’exiger de l’Ukraine l’arrêt des frappes de réplique de son armée sur les raffineries de pétrole en Russie, arguant de ce que, selon lui, elles ne feraient qu’aggraver « le problème mondial » de pénurie de diesel (sic).

Or, le plus ignorant des ignorants des questions énergétiques sait bien que c’est la guerre contre l’Iran pour le contrôle du détroit d’Ormuz, déclenchée par Trump sans aucun plan et sans aucune prudence, qui est la cause de la pénurie de carburant sur le marché international. Après quoi, avec le culot qui est le sien « à faire hurler les constellations » comme aurait dit Léon Bloy, Donald Trump, après avoir proféré qu’il était temps que « l’Ukraine change de président » (sic), osait asséner dans une hallucinante perfection mensongère : « La Russie aimerait conclure un accord (…) mais pour une raison ou une autre, Zelensky ne veut pas conclure d’accord ». Le président ukrainien lui rétorquât calmement le lendemain qu’il appartenait au peuple ukrainien de choisir ses dirigeants. Et il conditionnât des élections à un cessez-le-feu total de 60 jours, ajoutant qu’il n’était pas au courant du « cessez-le-feu énergétique » (sic) annoncé dans la matinée du même jour par un Trump qui, au mépris de toute vraisemblance, osait affirmer que « les deux parties se sont mises d’accord » (re sic).

La vérité, c’est que la Maison Blanche fait le pari qu’un tel accord mirifique avec le chef de la Russie tchéko-kagébiste pourrait convaincre les électeurs « Maga » de se rendre plus nombreux aux urnes le 3 novembre prochain, pour les « midterms » qui ne sont pas encore jouées…

En attendant, des personnalités lucides font le constat accablant de ce que Trump est devenu. Ainsi notre ancien ambassadeur à Moscou, et aujourd’hui titulaire de la distinction d’Ambassadeur de France, Pierre Levy, résume-t-il le tableau géopolitique du vieux monde : « Trump est avec Poutine, Poutine avec Xi Jinping, Xi avec l’Iran et la Corée du Nord ». Une belle coalition en vérité ! Mais qui ne gêne pas les collabos poutinistes d’extrême-droite que ce soit chez nous ou en Allemagne.

Quant à Gérard Araud, ancien ambassadeur de France en Russie, il résume en quelques mots le tableau : « Trump est aligné sur les positions russes. Il veut que l’Ukraine cesse de se défendre ».

Trump, lui, est tout à sa joie de « business man » de pouvoir enfin passer encore des « deals » avec la Russie. Il est pour cela bien épaulé par ses deux plénipotentiaires milliardaires, son ami Serge Witkoff et son gendre Jared Kushner. Mais, plus au fond des choses, la réalité n’est-elle pas que depuis longtemps, selon la pratique tchéko-kagébiste du « compromat », Trump, comme l’a répété souvent sur nos chaines l’excellent général Yakovlev, ancien colonel de notre Légion Étrangère, pourrait bien être « tenu » par les « services » de Vladimir Poutine. Nul besoin pour cela qu’il ait été comrpomis dans l’affaire Epstein…

« T » comme Trump, comme Trahison

Au cours de notre vie de militant, nous avons eu à détester bien des dirigeants politiques. Mais, en ce mois d’octobre 2026, c’est vers Donald Trump que s’écoule le plus notre réservoir de mépris.

Le personnage d’une insigne vulgarité qui n’a jamais effectué un seul jour de service militaire, a, on s’en souvient, été abject à l’égard de ce grand héros de guerre qu’était le sénateur John McCain, qui lui fut non seulement un combattant exemplaire au Vietnam mais aussi un héroïque prisonniers de guerre, résistants aux pires traitements du Viet Cong (nous l’avons jadis évoqué sur ce blog). La jalousie de Trump envers ce magnifique héros fut abominable.

Trump aura été pratiquement capable (et coupable) de tous revirements, de toutes les contradictions et finalement de toutes les trahisons. On les sait, l’Amérique qui a été notre allié si souvent admirable lors de nos grandes guerres, n’a pas toujours été glorieuse dans ses abandons du Vietnam, de l’Afghanistan ou dans sa guerre en Irak. Mais, avec Trump, c’est le chef de l’État américain en personne qui trahit aujourd’hui son allié ukrainien, par sa connivence sans limite avec le maître du Kremlin, le dictateur tchékiste puis kagébiste, le néo-stalinien Poutine.

Trump et son (faux) Tigre

Dernier en date des « exploits » de l’apache de la Maison Blanche : il n’a rien trouvé de mieux que de « partager » d’abord la véritable vidéo de l’authentique attaque mortelle d’un visiteur imprudent par un tigre du Bengale, survenue au zoo du Yorkshire Wildlife Park, dans le nord-est de l’Angleterre. En ce lieu, un jeune homme qui s’était imprudemment introduit dans un enclos où étaient enfermés des tigres du Bengale, a en effet été tué par un des fauves.

Ayant pris connaissance de ce drame, Donald Trump, faisant retransmettre la vidéo, l’avait fait accompagner par la mention « ne jouez jamais avec la nature ». Pas très finaud, certes, mais c’était du Trump.

Après quoi, il avait fait publier une vidéo générée par intelligence artificielle où on le voit fictivement courir après un tigre, plus vrai que nature, le plaquer au sol et lui faire un gros câlin. Histoire pour Trump-Tarzan de se montrer glorieusement vainqueur d’un pareil félin.

Accablant pour le parti Maga Mais l’hostilité renouvelée de Trump envers l’Ukraine et Zelensky font, qu’en son sein, certains et non des moindres, craignent que d’autres accords bien plus importants avec la Russie soient « plus préoccupants », plus dangereux pour l’Amérique que le dernier deal annoncé. C’est du moins ce qu’a déclaré Nigel Gould-Davies de l’Institut International d’Études Stratégiques observant que quatre millions huit cent mille tonnes de brut promises par la Russie ne pèsent pas grand-chose par rapport au soixante-cinq millions de tonnes produites chaque mois par les États-Unis. Cela explique que le candidat républicain au Sénat dans le Michigan, Mike Rogers, en compétition très serrée contre le progressiste Abdul el-Sayed, se soit prononcé publiquement contre l’accord Trump-Poutine. Quant à l’ancien vice-président Mike Pence, fervent partisan d’un soutien sans faille à l’Ukraine, n’a-t-il pas déclaré : « Le deal est une bouée de secours à la machine de guerre de Poutine ». Enfin, pour sa part, Andrew Mitcha, le célèbre professeur d’études stratégiques à la Hamilton School de l’Université de Floride a asséné : « Les États-Unis ont fait une concession majeure à la Russie sans obtenir de contrepartie de Poutine ». Et de poursuivre : « Cela nous désavantage dans de d’éventuelles futures négociations de paix en l’Ukraine et la Russie. Cela accroit également la confusion au sein de l’opinion publique américaine quant au rôle que les États-Unis entendent jouer pour mettre fin à ce conflit ».

On le voit, la politique de Trump à deux semaines des « midterms » du 3 novembre est loin de faire l’unanimité, même chez les Républicains. Les résultats de ces élections seront donc certainement très serrés. Mais nul ne doute que jusqu’à ce 3 novembre le camarade Poutine fera tout pour que soit conservée dans les deux chambres du Congrès, fut-elle faible, une majorité trumpiste donc une majorité poutino-trumpiste.

Bernard Antony