Quoique capable à l’occasion de confondre les Pays Baltes et les Balkans (3 mars 2024 sur LCI), l’ancien ministre de l’Éducation Nationale, le philosophe et spécialiste de la culture antique Luc Ferry est un personnage très cultivé, bardé de diplômes et souvent plaisant.
Mais il est affligé de la marotte de matraquer très fréquemment (sa chronique dans le Figaro de ce dernier jeudi) l’affirmation selon laquelle l’actuel RN n’aurait rien à voir avec l’ancien FN, ce dernier ayant été selon lui par trop porteur des tares de l’extrême-droite de jadis, et notamment de l’adhésion d’anciens sympathisants du régime de Vichy. Cela est exaspérant, car ne reflétant pas du tout la réalité.
Pas plus que Darius Rochebin sur LCI qui parle trop souvent sur le même registre, Luc Ferry semble n’avoir jamais à cœur de se pencher sur une histoire dont il parle trop sans savoir. Or s’il voulait bien considérer la réalité des principaux personnages que sut regrouper Jean-Marie Le Pen, il découvrirait comme moi, lorsque Jean-Pierre Stirbois persuada en 1984 ce dernier de m’accueillir dans le parti qu’il développait, qu’y figuraient les personnages que voici :
Et d’abord mon ami Jean-Pierre Stirbois lui-même, le secrétaire général et le numéro 2 du FN, venu du solidarisme. Comme je l’ai rappelé dans mes Mémoires (p 252), Jean-Pierre était né dans une famille modeste du nord de la France d’un père chaudronnier et d’une mère doreuse sur cadre, juive ashkénaze née Lutchmeyer. Comme dans la religion juive on devient juif par sa mère, Jean-Pierre ne dissimulait nullement à ses amis son appartenance à l’ethnie juive de sa mère.
Voilà ce dont Luc Ferry n’a jamais cru utile de s’apercevoir. S’il avait effectué un tour d’horizon un tant soit peu sérieux sur les grands personnages du FN, il aurait notamment découvert encore, comme moi, qu’on trouvait parmi les grands militants du FN aussi à la tête du FN Robert Hemmerdinger, président fondateur du Cercle national des Français juifs et courageux défenseur de l’Algérie française.
Il aurait fait la connaissance de Jean-Baptiste Biaggi, un grand héros de la guerre et aussi un grand avocat, futur président de Chrétienté-Solidarité.
Il aurait découvert le rôle de Pascal Arrighi, frère de combat de ce dernier, et lui aussi personnage éminent du FN.
Il aurait appris quel personnage fut Michel de Camaret, mon grand ami au Parlement européen, héros de la Résistance et du débarquement et de multiples autres combats. Il est notamment le héros central du film « Bataillon du ciel ».
Il apprendrait qu’appartenait aussi au FN notre grand ami Albert Chambon qui était le président des anciens rescapés du camp de Buchenwald et qui devint le président d’honneur de l’AGRIF.
Il découvrirait encore que le légendaire aviateur de la France libre, Pierre Closterman, compagnon de la Libération, vint me soutenir lors d’une de mes campagnes électorales et qu’il vint surtout parler lors de notre journée consacrée à la nécessité d’un procès international des crimes du communisme.
Il verrait aussi que militait à mes côtés à Castres le docteur Jean-Jacques Plat, l’homme le plus bardé, dans le département du Tarn, de décorations pour ses hauts faits de résistance et son héroïsme lors du débarquement en Normandie.
Il apprendrait également que la mère de Marie-France Stirbois et plusieurs autres membres de sa famille avaient été d’admirables héroïnes de la Résistance.
Alors peut-être ne s’étonnerait-il pas de découvrir que le général de Bénouville, bras droit de Marcel Dassault, témoignait souvent de son amitié pour Jean-Marie Le Pen.
Je pourrais encore noircir plusieurs pages pour évoquer les grandes figures du patriotisme français que furent un André Figueras, un Pierre Sergent qui, avant d’être un admirable défenseur de l’Algérie française, avait été parmi les étudiants rassemblés à l’Arc de triomphe en portant l’étoile jaune par solidarité avec leurs camarades juifs.
Il verrait que mon ami Louis Aliot, l’actuel maire de Perpignan, lui aussi juif par sa mère comme Jean-Pierre Stirbois, a été un très actif cadre du FN, militant auprès de moi au Conseil régional de Midi-Pyrénées.
Tout ce qui précède ne doit pas faire oublier qu’il y eut aussi bien des patriotes et résistants pour résister, souvent héroïquement, derrière le Maréchal Pétain. Et notamment le légendaire colonel Rémy, le fondateur du réseau : « La Confrérie Notre-Dame ».
Luc Ferry, dont nous ne contestons pas par ailleurs les qualités, comme nous l’avons mentionné, s’honorerait de ne pas établir autant de dichotomie qu’il le fait entre le FN et le RN. Et sans doute aussi au RN, certains s’honoreraient en mentionnant ce que je viens de rappeler.
Bernard Antony