Tous les amis des combats pour la liberté en Russie connaissent l’admirable association Mémorial organisée à partir d’août 1987 pour la commémoration des victimes des répressions en URSS depuis 1917.
C’est en janvier 1989 qu’avec l’aide du physicien russe Andreï Sakharov, prix Nobel de la paix en 1975, que fut organisée l’assemblée constitutive de cette association.
Sakharov avait été l’inventeur de la bombe à hydrogène soviétique. Il le regrettait amèrement et se consacrait dès lors à la défense des droits de l’homme, à la cause des dissidents et des prisonniers politiques et des détenus des camps des goulags, soutenant Mémorial de toutes ses forces, qui prit dès lors une ampleur internationale avec des organisations filiales en Allemagne, au Kazakhstan, en Italie, en Tchéquie, en Belgique, en France et en Ukraine.
Andreï Sakharov étant décédé en 1990, son combat fut héroïquement repris par sa veuve Elena Bonner. Fut alors notamment mis sur pied par Mémorial le Centre de Défense des Droits Humains. Le 22 octobre 2009, Mémorial reçut le Prix Sakharov pour la liberté de penser attribué par le Parlement européen.
Poutine resserrant sans cesse sa dictature, le 28 décembre 2021, peu avant l’invasion de l’Ukraine, la cour suprême de Russie décida la dissolution de Mémorial sous le prétexte d’avoir omis d’inscrire pour certains documents son appartenance aux « agents étrangers » (sic !), obligation imposée par une loi russe de 2012 et appliquée à Mémorial dès 2014.
C’est en 2022 que le prix Nobel de la paix est attribué à Mémorial ainsi qu’à l’avocat biélorusse Ales Bialatski (arrêté et emprisonné depuis le 14 juillet 2021) et au Centre ukrainien pour les libertés civiles.
Les activités de Mémorial comportèrent notamment un long travail d’enquête sur les violations des droits de l’homme en Tchétchénie parmi lesquels avait été l’assassinat, le 15 juillet 2009, de Natalia Estemirova, sa représentante dans ce pays. Cette dernière avait été menacée de mort par le très criminel « président » tchétchène, Ramzan Kadyrov.
L’assassinat de Natalia Estemirova s’est ajouté à la longue liste des opposants éliminés par le régime de Poutine. Rien ne s’améliorant dans cette Russie, c’est très récemment, le 9 avril 2026, dans une décision rendue à huis clos, que la cour suprême russe a « criminalisé » l’activité de Mémorial qui, selon elle, « revêt un caractère nettement antirusse », et qui l’a déclarée « organisation extrémiste » et interdit toutes ses activités sur le territoire de la Fédération de Russie.
B. A.