Défaite électorale de Viktor Orban : il n’y aura que Poutine et les poutinistes occidentaux pour le pleurer…
Depuis plus d’une décennie, Viktor Orbán incarne une singularité politique : celle d’un dirigeant qui, tout en appartenant aux institutions occidentales, n’a cessé de loucher vers l’Est. À l’heure où son pouvoir vacille, une question se pose : qui regrettera réellement sa chute ? La réponse s’impose nettement : Vladimir Poutine et ses relais idéologiques en Occident.
La relation entre Orbán et Poutine n’est ni accidentelle ni superficielle. Elle s’inscrit dans une convergence d’intérêts politiques, économiques et idéologiques. Depuis les années 2010, le dirigeant hongrois a progressivement rapproché son pays de Moscou, notamment pour des raisons énergétiques, tout en adoptant une posture critique vis-à-vis des sanctions européennes contre la Russie.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, cette position s’est accentuée : Budapest a régulièrement freiné ou bloqué des décisions européennes (elles ne sont pourtant pas nombreuses) en soutien à Kiev. Une attitude qui a contribué à fragiliser l’unité occidentale, objectif stratégique majeur du Kremlin. Des révélations récentes suggèrent même des formes de coopération plus directes, alimentant l’idée que la Hongrie agit comme un « cheval de Troie » russe au sein de l’Union européenne.
Dans ce contexte, la disparition d’Orbán du pouvoir représente une perte stratégique pour Moscou : celle d’un allié retors capable d’entraver les décisions européennes de l’intérieur.
Au-delà des intérêts géopolitiques, Orbán et Poutine partagent une même vision du monde. Tous deux défendent un modèle dit « illibéral » : rejet du pluralisme politique, persécution des médias opposés à Poutine, affirmation d’un État brutal à la soviétique, exaltation de valeurs directement inspirées de l’ex-URSS. En Hongrie, cette orientation s’est traduite par un affaiblissement de l’indépendance judiciaire, une mise au pas des Hongrois hostiles à Moscou, une manipulation des règles électorales. Orbán ne s’est pas contenté pas de gouverner la Hongrie : il s’est érigé en référence idéologique internationale et en chantre du soutien à Moscou.
Mais cette vision pro-poutine ne reflètait pas les aspirations d’une majorité de Hongrois. Ces élections en sont la preuve. Et l’on peut se réjouir que le Kremlin ait perdu un levier d’influence stratégique en Europe.
On peut se réjouir aussi qu’Orban paie, ne serait-ce qu’électoralement, sa position honteuse vis-à-vis du soulèvement hongrois de 1956 (nous en avions parlé ici-même). Cet événement héroïque et fondateur, symbole de la résistance nationale à l’oppression soviétique, occupe une place centrale dans le récit patriotique hongrois. Orbán s’en est réclamé au début de sa carrière. Pourtant, une fois au pouvoir et engagé dans un rapprochement complice avec Poutine, son discours s’est fait équivoque, plus sournois, voire édulcoré. Il évitait ainsi soigneusement toute rhétorique susceptible de heurter Moscou.
Cette « retenue », en contraste avec la charge symbolique de l’événement, a douloureusement heurté la mémoire nationale des Hongrois. En d’autres termes, là où 1956 appelait historiquement à la lutte armée contre la puissance soviétique, Orbán a privilégié une forme de frilosité insupportable pour une majorité de Hongrois, mais agréable au narratif poutiniste.
Il vient de payer tout ça. Au moins dans les urnes. Ne boudons donc pas notre plaisir.
Alain Sanders