Les Kurdes encerclés par l’armée syrienne islamiste dans la ville de Kobané qu’ils avaient arrachée à Daech !
La ville de Kobané (Aïn al-Arab en arabe), située dans le nord de la Syrie à majorité kurde, se trouve au cœur d’une crise humanitaire et militaire majeure après avoir été encerclée par les forces gouvernementales syriennes. Cette situation est le résultat d’une offensive récente de l’armée syrienne et de négociations politiques biaisées avec les forces kurdes abandonnées par ignominieusement par les Occidentaux..
Depuis début janvier 2026, les forces de l’armée syrienne islamiste, appuyées par des milices affiliées à Damas, ont avancé dans le nord-est de la Syrie, reprenant progressivement des territoires qui étaient sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS) — la coalition anti-Daech dominée par des unités kurdes. À mesure de cette progression, Kobané s’est retrouvée pratiquement isolée. Des témoins rapportent que l’électricité, l’eau, l’internet et l’accès aux services essentiels — déjà fragiles — ont été en grande partie coupés, plaçant la population dans des conditions proches d’un siège militaire. Le manque d’accès aux ressources basiques a rapidement dégénéré en crise humanitaire : pénurie de nourriture et de médicaments, absence d’électricité, difficulté d’accès à l’eau potable et au chauffage en plein hiver (des enfants kurdes sont morts du froid faute de ressources suffisantes).
Des milliers de personnes déplacées fuyant les combats dans d’autres zones kurdes ont afflué vers Kobané, surchargant encore davantage les ressources locales déjà inexistantes..
Face à l’escalade, Damas et les forces kurdes ont conclu un cessez-le-feu fragile, initialement court puis prolongé d’environ 15 jours pour permettre une pause partielle des combats et faciliter l’acheminement de l’aide. C’est dans ce contexte que des organisations humanitaires ont pu faire entrer un convoi d’aide — le premier depuis la reprise des hostilités — avec des denrées, des kits d’hygiène, du carburant et des fournitures de base pour la population.
L’armée syrienne avait également annoncé l’ouverture de corridors humanitaires vers Kobané, permettant la sortie des civils et l’entrée d’aide : ce sont en fait de véritables couloirs de la mort, les milices de Damas massacrant tout ce qui ressemble à un Kurde, hommes, femmes, enfants. À l’échelle régionale, cette offensive et le recul des forces kurdes ont également des répercussions sur le processus de paix avec le PKK en Turquie, qui voit ces attaques comme un revers à ses propres négociations.
Kobané est symboliquement et stratégiquement importante : elle fut l’un des bastions de la lutte contre l’État islamique en 2014-2015, et sa chute ou son isolement durable serait un coup dur pour l’autonomie kurde dans la région. La situation reste cependant très incertaine : le cessez-le-feu pourrait s’effriter à tout moment, la population est vulnérable à une aggravation des conditions de vie, et les négociations politiques entre Damas, les Kurdes et les puissances internationales (qui sont décidées à sacrifier les Kurdes à qui l’on doit en grande partie la chute de l’Etat islamique) se poursuivent sans garantie de solution durable.
Alain Sanders