lundi 19 janvier 2026

Les libres propos d’Alain Sanders


Le projet d’acquisition du Groenland par les USA jette un froid…

 

Donald Trump, jamais en retard d’un sujet ou d’une initiative qui affolent l’UE, a déclenché une controverse internationale en affirmant vouloir acquérir le Groenland, ce territoire autonome du Danemark situé dans l’Arctique, grand comme quatre fois la France et peuplé comme une petite ville de la province française (moins de 60 000 habitants). Rappelons que ce projet d’acquisition du Groenland ne date pas d’hier. Des offres très étayées ont déjà eu lieu en 1867, 1910, 1949, 1955, 2019, 2015. Un deal a été préconisé et amorcé dès le XIXe siècle par les secrétaires d’Etat William H. Stewart (1861-1869) et, au XXe siècle, James F. Byrnes (1945-1947), puis par le vice-président Nelson Rockefeller (1974-1977) notamment.

Trump justifie son intérêt par des raisons de sécurité nationale, affirmant que si les États-Unis ne contrôlent pas l’île, la Russie ou la Chine pourraient le faire à leur place. Ce qui n’est pas faux (pour ne prendre qu’un exemple : un nombre important de sociétés minières installées au Groenland et supposément « australiennes » sont en fait des cache-sexes de compagnies chinoises). Dans la foulée, il a déclaré que les États-Unis feront quelque chose à propos du Groenland « qu’on le veuille ou non », ajoutant que Washington pourrait employer des moyens diplomatiques ou « la manière forte » si nécessaire.

La Maison-Blanche a en effet confirmé que l’administration étudiait activement un achat du Groenland, sans toutefois exclure des options militaires — une perspective qui suscite une forte inquiétude en Europe et parmi les alliés de l’OTAN.

Donald Trump avance plusieurs arguments clés pour justifier sa démarche :

Stratégie de sécurité nationale : Trump affirme que le Groenland est essentiel pour la défense américaine et pour contrer les ambitions russes et chinoises dans l’Arctique.

Renforcement de l’OTAN : selon Trump, la possession du Groenland rendrait l’OTAN plus « forte et efficace », ce qui fait pousser des bouffigues à Macron qui nous la joue Tom Cruise dans Top Gun (à Istres, on a eu droit aux lunettes d’aviateur, mais on a échappé ce coup-ci à la combinaison de vol et à la fly jacket…).

Jusqu’à présent, les réactions au Danemark et au Groenland ont été fermes (mais on n’est peut-être pas au bout de nos surprises, tout ça peut évoluer très vite) :

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rappelé que le Groenland n’appartient pas aux États-Unis et que personne ne peut décider de son sort sans l’accord des Groenlandais (parmi lesquels une majorité d’indépendantistes qui refusent la tutelle danoise). Elle a souligné que toute tentative unilatérale mettrait en péril l’Alliance atlantique (OTAN).

Les dirigeants groenlandais ont également rejeté l’idée d’une acquisition par les États-Unis, affirmant que le Groenland appartient à son peuple et que le pays (au moins jusqu’à preuve du contraire) « n’est pas à vendre ».

Le projet de Trump suscite des inquiétudes parmi certains pays européens. L’Union européenne a donc exprimé son soutien à une défense multilatérale du Groenland (qui n’a rien sollicité dans ce sens), notamment via l’OTAN, et a averti que toute tentative américaine de prendre le contrôle pourrait déstabiliser les alliances traditionnelles.

La réponse de Trump (en anglais on appelle ça immediate response), n’a pas tardé : imposition des tarifs douaniers de 10 % à huit pays européens — dont le Danemark, la France, l’Allemagne, la Suède, la Norvège, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande — si aucune avancée n’était faite pour permettre aux États-Unis d’acquérir le Groenland. Ces tarifs pourraient même monter jusqu’à 25 % à partir du 1er juin. Bien que l’idée d’acheter une vaste île arctique puisse sembler inhabituelle (même si cette idée ne date pas d’hier comme nous l’avons dit), le débat autour du Groenland reflète des enjeux géopolitiques profonds :

L’Arctique est riche en ressources naturelles, notamment des minéraux stratégiques.

Avec le recul du couvert glaciaire et l’ouverture de nouvelles voies maritimes, la région devient un pivot majeur de la rivalité entre grandes puissances telles que les États-Unis, la Russie, la Chine et très incidemment l’Europe.

Le débat met aussi en lumière la question de la souveraineté locale et du droit des peuples autonomes à décider de leur avenir.

Il faut dire un mot, aussi, de Macron et de son pauvre remake d’une comédie de 1959, La Souris qui rugissait (1) avec l’envoi par l’UE d’un panel de tourlourous en « mission préparatoire » : 15 Français, 13 Allemands, 2 Norvégiens, 2 Finlandais, 1 Britannique, une poignée de pioupious suédois. Histoire de dire à l’ogre américain (les soldats américains sont présents au Groenland, et en nombre, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) de ne pas bouger une oreille. Sinon ? Sinon cela entraînerait « des conséquences en cascade inédites », menace Macron. On aura même pu entendre, sur LCI, un de ces pléthoriques généraux en retraite (ils occupent non-stop les plateaux des chaînes d’info continu) déclarer sans frémir que si la situation commandait de tirer sur les Américains, eh bien il faudra le faire…

Inutile de dire que Trump n’a plus un poil de sec. Interrogé sur ces « renforts » envoyés par Macron et consorts, il a simplement dit : « Je suis impressionné. Ils ont ajouté un attelage de chiens de traineaux… »

  Alain Sanders

(1)  Ce film, tiré d’un roman éponyme raconte comment un minuscule duché des Alpes, le Grand Fenwick, économiquement ruiné, décide de déclarer la guerre aux Etats-Unis. Sûr d’être battu, bien évidemment, mais de bénéficier ipso facto d’une sorte de Plan Marshall. On était là dans la comédie bon enfant. Avec Macron, on flirte avec la tragi-comé


Complément de Bernard Antony :

J’adhère bien volontiers à ce qu’écrit ci-dessus toujours excellemment mon cher Alain Sanders.

En revanche, il ne m’en voudra pas du tout de mentionner complémentairement que je n’admire pas, vraiment pas du tout, Donald Trump dans ses constants revirements de géopolitique, et notamment sur l’Iran.

Après ses bombardements de ce pays vite interrompus au printemps dernier, voilà qu’on doit à nouveau constater au fil des jours qu’il ne semble pas du tout vouloir réagir à l’hécatombe à laquelle se livre, avec toutes les tortures dont ils sont capables, les gardiens de la révolution, les pasdaran et autres bassidjis.