Iran : cette fois, ça passe ou ça casse…
L’Iran est à un moment charnière de son histoire contemporaine : confronté à des crises économiques, sociales et politiques profondes, il oscille entre pressions internes et tensions internationales. La question « ça passe ou ça casse ? » est devenue centrale : cet Etat putschiste, installé par un Occident qui voyait en Khomeiny une sorte de Gorbatchev enturbanné et une extrême gauche (déjà) islamo-gauchiste, est-il vraiment au bord d’une rupture ?
On nous a dit, au début de ce soulèvement réprimé dans le sang, que des raisons économiques expliquaient cette fièvre insurrectionnelle. En fait, l’économie iranienne est malade depuis des années : inflation élevée et chute du rial ont réduit le pouvoir d’achat des Iraniens, déjà fragilisés par des sanctions internationales et une mauvaise gouvernance économique.
De nombreux secteurs sont affectés : pénuries, fonctionnements économiques au point mort, stagnation structurelle. Des grèves et des protestations sectorielles (réprimées elles aussi dans le sang) ont secoué le pays en 2025 (boulangers, camionneurs, travailleurs).
Ce contexte économique a sans doute servi de catalyseur à des protestations massives. Mais, depuis fin décembre 2025, les manifestations qui ont lieu dans de nombreuses villes iraniennes, expriment un rejet idéologique du régime.
Cette dynamique pose la question de savoir si ce soulèvement restera un phénomène cyclique ou s’il aboutira chasser les ayatollahs du pouvoir (et, à terme, du pays, certains ayant déjà leur plan de repli chez leur ami Poutine). Le régime politique iranien, dictature islamique théocratique sauvage, combine des institutions d’élus désignés d’avance et d’instances religieuses très puissantes. Une structure qui a montré une forte résilience, mais qui, commence à se fissurer.
Le pouvoir tente de maintenir l’ « ordre » par la répression et des discours menaçants, qualifiant les contestataires de « terroristes » ou d’ « agents étrangers ». La stabilité politique est donc testée, mais l’appareil d’État reste opérationnel. Pour l’instant.
Sur la scène internationale, l’Iran est à un point d’équilibre instable. Les tensions avec les États-Unis, qui soufflent le chaud et le froid, et certains pays occidentaux restent fortes. Sanctions et pressions diplomatiques pèsent lourdement. Les relations régionales sont tout aussi complexes : rivalité historique avec Israël et l’Arabie saoudite, soutien à des groupes non-étatiques, mais aussi tentatives de rapprochements ponctuels. Pékin reste un acteur clef pour l’économie iranienne, offrant des débouchés énergétiques malgré les difficultés.
Ce jeu confus des relations internationales peut soit aider Téhéran à survivre aux crises, soit accentuer sa pression externe, notamment si des conflits régionaux s’étendent.
Alors, l’Iran « ça passe » ou « ça casse »
Ça peut passer si le régime affecte de réformer son économie et désamorce la colère sociale ; si des compromis politiques internes atténuent les tensions ; si l’Iran trouve des relais régionaux et internationaux pour alléger l’impact des sanctions.
Ça peut casser si les protestations s’intensifient et conduisent à une crise institutionnelle majeure ; si les massacres de masse provoquent une rupture profonde entre les citoyens et le pouvoir ; si des confrontations militaires externes s’ajoutent aux crises internes.
En tout état de cause, comme Bernard Antony a eu l’occasion de l’écrire, la question ne se pose déjà plus de savoir si le pouvoir iranien va tomber, mais quand. Et comment…
Alain Sanders