vendredi 10 novembre 2023

Selon Amin Maalouf, la « frustration » de la Russie, cause de la guerre en Ukraine !

 

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf a succédé il y a peu à Hélène Carrère d’Encausse, décédée, comme secrétaire perpétuel de l’Académie Française.

Hélas, on le vérifie à la lecture de son dernier livre « Le Labyrinthe des égarés », il n’a pas pour évoquer la guerre en Ukraine la lucidité de cette dernière qui faisait autorité sur l’histoire de la Russie, de l’Union soviétique et de ses monstrueux tyrans. (1)

C’est en effet avec quelque consternation que j’ai lu son opinion sur la cause de cette guerre.

Non pas, mentionnons-le sans attendre, qu’il se fasse sur le déclenchement de l’invasion décidée par Poutine l’avocat de ce dernier.

Évoquant « le grand gâchis » qui, selon lui – et nous allons y revenir – a marqué les années post-soviétiques, il écrit : « Un grand gâchis indéniablement. Mais qui ne justifie en aucune manière que l’on déclenche une guerre. Moralement indéfendable, cette guerre représente de surcroît une stratégie hasardeuse. Au lieu de sortir la Russie de son impasse historique, elle risque de l’y enfoncer davantage ».

Dont acte. Mais c’est sur ce qu’il appelle « le grand gâchis » que Maalouf n’emporte pas du tout notre assentiment. Car, lui aussi, après tant d’autres – un des derniers avant lui étant Luc Ferry – ne formule que de très conformistes, affligeantes et même ahurissantes considérations sur l’humiliation, qu’il appelle « frustration », que la Russie aurait subie du fait du manque de charité à son égard des dirigeants occidentaux après avoir perdu son statut de superpuissance.

Or l’URSS, si chère à Poutine, n’était une superpuissance que dans l’ordre de sa domination sur des dizaines de peuples écrasés par des années de goulag, dans l’ordre de sa puissance militaire et spatiale.

Alors, les dirigeants occidentaux ont-ils été vraiment coupables de ne pas avoir aidé la Russie post-soviétique à survivre ?

Car voici en effet les reproches qu’il leur adresse :

« Ces dirigeants », écrit-il, « ont manqué de générosité et manqué de vision à long terme ». (sic !)

« Ils auraient dû prévoir qu’une Russie blessée et diminuée serait pour l’Europe une bombe à retardement (resic !). Il fallait à tout prix l’aider à se démocratiser, à se développer, à se reconvertir ; l’aider à retrouver, au sortir de la guerre froide, un tout autre rôle dans le monde, une autre manière de s’épanouir, afin qu’elle puisse donner naissance à une autre génération de dirigeants, qui ne soient ni corrompus, ni prédateurs, ni assoiffés de vengeance. Hélas, rien de cela n’a été fait… un grand gâchis indéniablement ».

On reste pantois devant ces vaniteuses leçons et orgueilleux conseils a posteriori.

Au fait, que ne les a-t-il prodigués dans les années post-soviétiques !

Que n’a-t-il d’ailleurs oeuvré avec d’aussi beaux principes pour son pays natal, le Liban !

Mais le plus affligeant surtout, s’il ne va tout de même pas jusqu’à dire que Poutine a eu raison de déclencher sa criminelle invasion de l’Ukraine, c’est qu’il n’en impute pas moins la cause au manque de charité occidentale. Puisqu’il écrit : « Le point de départ de « l’opération spéciale » ordonnée par Vladimir Poutine, c’était la frustration éprouvée par son pays qui a été pendant un demi-siècle l’une des deux superpuissances globales dominant la moitié orientale de l’Europe et redoutée par l’autre moitié. Du jour au lendemain, ce statut s’est volatilisé. La superpuissance s’est vue déclassée, démembrée, ruinée, ce qui ne pouvait être vécu par ses ressortissants dans la sérénité».

Mais en quoi donc, M. Maalouf, ceux que vous appelez les dirigeants occidentaux ont-ils été les responsables et coupables de l’effondrement d’une Union soviétique qui n’a en réalité été le fait que d’elle-même ? Le fait d’abord du monstrueux système totalitaire communiste, le fait de sa défaite militaire en Afghanistan, le fait de la catastrophe de Tchernobyl, le fait de l’assèchement de la mer d’Aral, le fait d’une société par nature sclérosée, inadaptée aux exigences de liberté et de créativité de la nature humaine.

Mais manifestement, Amin Maalouf répugne à considérer ces réalités. La vérité, c’est que, bien que chrétien libanais et français, bien qu’aujourd’hui secrétaire perpétuel de l’Académie Française, il conserve l’empreinte de ses lignes idéologiques gauchisantes de jadis. On voudrait croire qu’il ne recherche pas de la popularité dans les nations du « sud global » tout en vivant dans les honneurs parisiens.

 Bernard Antony

(1)   Lire notamment son « Lénine – la révolution et le pouvoir » et son « Staline – l’ordre par la terreur ».