vendredi 6 janvier 2017

Georges Prêtre, ce grand homme de notre identité française et chrétienne.



Impérativement tenu d’être à Paris, avec joie, ce samedi pour notre « Galette des rois » au Centre Charlier, je suis simultanément dans la tristesse de ne pouvoir être aux obsèques de Georges Prêtre demain matin en l’église de Naves tout près de Castres. Évoqué en effet partout, avec raison, comme un enfant du nord, Georges Prêtre et son épouse Gina s’étaient en effet pris d’affection pour le pays castrais et y avaient acquis une belle demeure où il s’est éteint.

Mentionnons ici d’abord, avant même d’évoquer l’extraordinaire chef d’orchestre qu’il fut, ce qui a pu être omis dans nombre d’articles et les émissions qui ont été consacrées à son œuvre mais aussi à sa personnalité, que Georges Prêtre fut tout au long de sa vie un homme d’une foi catholique rayonnante. 

On ne peut donc être surpris que le faire-part familial de son décès ait été annoncé, ainsi que je l’ai lu ce matin dans la Dépêche du Midi, comme « un rappel à Dieu ».

Ainsi, alors que son épouse Gina, qui lui a survécu, était très gravement malade, Georges Prêtre accomplit pour implorer sa guérison un pèlerinage à pied de Castres à Lourdes. 

C’est grâce à nos amis Jacqueline et René Salvaire, avocat à Castres et bâtonnier de ce barreau, que nous eûmes, chez eux, le bonheur de le rencontrer. Et puis, par deux fois, Georges Prêtre et Gina nous firent l’amitié et le grand honneur d’être nos invités. C’est peu dire que nous étions en harmonie sur toutes les valeurs de notre civilisation. Georges Prêtre était d’abord, d’emblée, un homme d’une immense gentillesse, porté par les valeurs du Vrai, du beau, du Bon.

Il exprimait son horreur de tous les relâchements, de toutes les démagogies et vulgarités de notre temps. Il aimait parler de la vertu du travail. Non pas exactement comme Baudelaire (« des heures de travail, une minute de génie ») mais des années d’apprentissage avant la haute maîtrise de son art et des heures innombrables de répétition avant chaque prestation.
Dès sa neuvième année, cet enfant de rude artisan du nord de la France, après avoir été subjugué par sa première rencontre avec la grande musique, avait décidé qu’il serait chef d’orchestre. Il consacra dès lors toute son énergie à cette vocation qu’il aura portée au plus haut, en magnifique et exceptionnel successeur d’Herbert Von Karajan. 

Autour de nos tables fascinées, Georges Prêtre, sans la moindre recherche pour cela, avait le don de nous subjuguer. Il nous parlait avec de plaisantes anecdotes de ses orchestres partout dans le monde, et surtout de son cher philarmonique de Vienne. Et bien sûr, il évoquait ainsi l’incomparable Maria Callas à l’égard de laquelle, pour la porter au plus sublime de son art, il déploya, on le sait, tant d’efforts et de patience.

Georges Prêtre était porté par son amour de la famille. On sait combien il fut il y a quelques années durement affecté par le départ au ciel d’un fils chéri. 

Ce qui était si visiblement émouvant et admirable, c’était l’amour réciproque qui, depuis leur rencontre et mariage, les avait unis, Gina et lui. Lui, il était d’abord tout entier consacré à son art, pour tout le reste, il était évident qu’il se reposait sur elle, et dans les moindres détails, avec une émouvante confiance. 

Georges Prêtre, homme d’une grande piété filiale, aimait profondément son terroir natal et aussi ce Tarn qu’il avait adopté, et bien sûr la France et par-delà, sa chère Europe des grandes capitales de la musique, Vienne, Milan, Berlin… et autres hauts lieux d’expression des œuvres du vrai, du beau, du bon. 

L’excellent article de Christian Merlin dans le Figaro d’hier est titré « Georges Prêtre, la Symphonie s’achève ». Erreur. Pour lui, elle a aussitôt recommencé, et sans cesse renouvelée, elle continuera pour l’éternité.