mardi 15 avril 2014

Être de droite de conviction : c’est ce qui nous distingue !


Il y a moins d’un quart de siècle, ce que l’on appelait la droite nationale, par-delà sa diversité, se battait à peu près unie sur quelques grandes lignes essentielles. Elle était composée principalement du Front National dans l’ordre électoral mais recouvrait tout un ensemble de familles politiques et civiques allant du Centre National des Indépendants de Philippe Malaud à l’Action Française.

L’unité se faisait sur les points suivants :

- L’anticommunisme : la dénonciation de la menace de l’URSS, avec son pacte de Varsovie sur l’Europe de l’Est, son empire du goulag et sa tutelle encore sur les pays d’Indochine et Cuba. Le refus tout autant du « modèle » chinois (et nord-coréen), avec son empire du laogaï. Nous dénoncions alors les plus de cent millions de victimes des crimes communistes contre l’humanité.

- La défense du respect de la vie innocente. Jean-Marie Le Pen s’opposait très vigoureusement à la loi Veil. Il avait, avec sa femme et ses filles, participé à une grande marche pour la vie. Il en était de même pour la plupart de toutes les autres organisations et offices de droite nationale hormis pour « la nouvelle droite » (néo-païenne et racialiste).

- L’opposition à l’immigrationnisme en tant qu’idéologie favorisant le déracinement et le déplacement de populations étrangères et surtout nombreuses, et de ce fait difficilement assimilables. Allant avec cela, la prise de conscience accrue du danger de l’expansion de l’islam en tant que phénomène idéologique porteur d’une théocratie totalitaire. 

- Le refus de l’idéologie du soi-disant antiracisme se découvrant de plus en plus comme un racisme à rebours, anti-français et anti-chrétien.

- La méfiance grandissante à l’égard du projet de construction européenne s’avérant comme le constructivisme idéologique d’une technocratie mondialiste.

Sur tout cela, il était certes nécessaire que la droite nationale adapte ses analyses et ses positions en fonction des évolutions de la réalité du monde. Mais il y a de plus ou moins bonnes ou mauvaises évolutions et de plus ou moins bonnes adaptations. Cela appelle les constatations et précisions que voici :

L’étiquette de « droite nationale » recouvre aujourd’hui à l’évidence un ensemble moins large. Ceci est dû notamment au fait que pendant longtemps le Front National avec Jean-Marie Le Pen se définissait comme « la droite nationale sociale et populaire ». Avec Marine, le Front National se proclame désormais : « ni de droite ni de gauche ».

Pour ce qui est de nous, nous n’avons pas varié, préférant néanmoins nous définir plutôt comme étant d’une « droite de conviction » eu égard à nos positions très claires et très fermes de maintien sur des valeurs politiques morales et sociales fondamentales ou des positions correspondant toujours aux nécessités de notre temps.

Venons-en aux cinq points :

- Sur l’anticommunisme, il va de soi que la réalité du communisme a beaucoup évolué et qu’on ne peut l’aborder aujourd’hui que d’une manière différente de celle du temps de l’empire soviétique. D’abord, l’idéologie marxiste, surtout sous sa forme marxiste-léniniste du XX° siècle, ne séduit plus guère que des dinosaures mélénchoniens ou des reptiles besancenistes.

Mais cuisinés dans les sauces sino-maoïstes indochinoises ou stalino-coréennes, le communisme demeure aujourd’hui puissant et menaçant, avec ses partis en tant que système totalitaire de pouvoir d’encadrement et de coercition des peuples.

En Russie, malgré son effondrement, le système de pouvoir et d’impulsion de la société, constitué par le FSB (ex. KGB) d’où est issu Poutine, a subsisté puissamment. Le maintien de la charogne siliconée du monstre criminel Lénine dans son Mausolée de la Place Rouge (et ses statues dans bien d’autres villes) ne peut vraiment être tout à fait considéré comme une anodine persistance. Aussi ne faut-il pas négliger l’hypothèse qu’exprime l’écrivain et ancien diplomate Vladimir Fedorovski, déclarant « la Russie de Poutine est autoritaire, mais elle pourrait virer vers un état totalitaire ».

Les politiques américaines et européennes sur l’Ukraine ont certes été lourdes de fautes provocatrices grossières. Mais le fait est que désormais le peuple russe et les minorités russes dans les pays de l’ex-URSS sont agités, la vodka aidant, de graves pulsions de national-impérialisme soviétoïde.

Si, chez certains en Occident, toute une déplorable « russophobie », au sens exact du terme, existe bien, c’est-à-dire en tant que phénomène passionnel et pulsionnel de haine instinctive, il ne faudrait pas y opposer une russophilie tout aussi enthousiaste que celle qui nous conduisit avant 1914 à  l’alliance qui nous jeta dans la guerre.

Par ailleurs, si l’on refuse avec raison les méfaits de l’idéologie mondialiste occidentale, faudrait-il ne pas considérer le danger potentiel de notre puissant et immense ensemble mondial bâti sur l’alliance de la Russie et de ses satellites plus ou moins reconquis, de la Chine et aussi des pays de l’axe islamiste chiite ?

- Sur le respect de la vie et de la famille, l’évolution du FN a été considérable. Elle a été marquée par des années d’affirmation récurrente, de réunion en réunion de Marine Le Pen martelant qu’elle ne remettrait pas en cause la loi Veil, mais tout de même qu’elle s’opposerait au remboursement de l’avortement. Et puis cela aussi a sauté. Marine a déclaré très fermement qu’elle ne défendrait plus cette position.

Sur le soi-disant « mariage pour tous », l’évolution est, nous semble-t-il, analogue. Dans un premier temps, certes, l’affirmation d’une opposition à la loi Taubira : mais sans excès de la part de la direction. Dans un second temps, voilà qu’on laisse déjà, selon la tactique du « voleur chinois » si souvent évoquée par Jean-Marie Le Pen, des « seconds couteaux » affirmer qu’on ne reviendrait pas sur cette loi.

- Nous, sur ces questions de la vie et de la famille, nous ne changeons pas. Tout simplement parce qu’il en va de refuser le meurtre des enfants à naître, qu’il en va ,avec la défense du couple humain initiateur de la vie et protecteur de l’enfance, de la préservation de la civilisation et de l’humanité face à la néo-barbarie contemporaine. Pas besoin d’être chrétien pour s’opposer cela !

- Sur l’opposition à l’idéologie immigrationniste porteuse, avec la banalisation de l’avortement, d’un processus de génocide par substitution de population, nous ne changeons pas. Certes et heureusement, le FN demeure en cette question plutôt sur sa ligne d’origine. Néanmoins il a beaucoup vacillé sur la prise en considération du phénomène islamique qui constitue pourtant le point le plus important de l’immigration.

Sans doute influencé par sa fidèle amitié bien compréhensible pour nombre de musulmans – et nous partageons cela – Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu exprimer personnellement une ligne très claire de réfutation idéologique de l’islam pourtant politiquement comparable au communisme dans sa dimension totalitaire. Marine, toujours pragmatique et selon l’influence de ses conseillers successifs, a quelque peu hésité dans son approche de la question. Néanmoins, elle ne pouvait ignorer les sentiments dominants dans son électorat et elle traite de l’islam sur une ligne de défense vigoureuse de la laïcité sans pour autant jamais aller jusqu’à réfuter et explicitement refuser son idéologie. Par prudence sans doute. Mais une prudence bien imprudente à moyen terme.

- Sur la question de l’antiracisme, l’AGRIF a influencé indéniablement, avec sa cohérence d’analyse et ses actions, toute la droite nationale. Et notamment dans le refus de tout racisme authentique, qu’il soit anti-français, anti-chrétien, antisémite, et aujourd’hui anti-humain. Sur ce plan, on ne peut guère constater d’opposition avec le Front National dans son ensemble.

- Sur la question de l‘Union Européenne, notre droite de conviction défendant les valeurs de la civilisation chrétienne, n’accepte évidemment pas le système totalitaire bruxellois broyeur des identités nationales et aussi de la dignité de la personne humaine. Nous disons aussi bien notre refus d’un repli nationaliste que d’une Europe conglomérat sans frontières et sans âme.

Nous croyons au réalisme d’une Europe des patries librement amies dans différents pactes d’intérêts communs, économiques, géopolitiques, et bien sûr de sécurité. Mais il n’est que temps de reconsidérer le rôle de l’euro qui devrait être ramené à celui d’une monnaie de compte, monnaie commune mais non unique.

Nous le savons, de très nombreux électeurs se reconnaissent dans les idées de la droite de conviction. Même si trop peu de partis et d’hommes politiques se réclament explicitement de ce positionnement.

Mais ces idées s’expriment plus ou moins parmi eux. À chacun alors de voter pour qui leur paraîtront les plus proches de ces valeurs de la vie, et de la dignité humaine, de la famille, et des libertés.


Bernard Antony