mercredi 9 septembre 2026

Les libres propos d’Alain Sanders

 

L’humaniste Bouamrane, le piteux Hollande et la tentation du procès en repentance

 

En exigeant de François Hollande un « mea culpa » sur la déchéance de nationalité, Karim Bouamrane révèle moins une exigence de cohérence républicaine qu’une conception pour le moins discutable du débat citoyen : celle qui consiste à demander aux anciens responsables politiques de se repentir et de se couvrir en permanence la tête de cendres….

 

Il y a quelque chose de paradoxal dans la posture de Karim Bouamrane. Le maire de Saint-Ouen se présente volontiers comme l’incarnation d’une gauche républicaine, humaniste, capable de dépasser les clivages et de rassembler. Il affirme vouloir une France qui ne stigmatise pas et qui ne monte pas les citoyens les uns contre les autres. Son mouvement politique revendique une « France humaine » et « forte » (ce qui n’est guère original : imagine-t-on un mouvement revendiquant une « France inhumaine » et « faible »…).

 

Mais voilà qu’au moment où se dessine la bataille présidentielle de 2027, il conditionne son rapprochement avec François Hollande à une forme de repentance publique. Le sujet n’est évidemment pas anodin. On se souvient qu’après les attentats de novembre 2015, François Hollande avait proposé d’étendre la déchéance de nationalité aux binationaux condamnés pour terrorisme. Face à la controverse, il avait, courageux mais pas téméraire, très vite renoncé à cette bonne idée en mars 2016.

 

On pouvait discuter cette proposition. Mais ce n’est  pas la même chose que réclamer un « mea culpa ». C’est ici que Karim Bouamrane montre ses limites. Un responsable politique peut demander des comptes. Il peut rappeler une divergence. Il peut poser des conditions programmatiques à une alliance. C’est le jeu normal de la démocratie. Mais exiger d’un ancien président qu’il fasse publiquement pénitence pour pouvoir éventuellement bénéficier de son soutien revient à installer une étrange hiérarchie morale : certains responsables seraient autorisés à distribuer des certificats de bonne conduite républicaine, tandis que les autres devraient se justifier, voire s’humilie, devant eux.

 

Cette posture est d’autant plus inquiétante que Bouamrane entend incarner une nouvelle génération politique. Or une nouvelle génération ne se définit pas seulement par les visages qu’elle remplace. Elle se définit aussi par sa capacité à regarder l’histoire politique récente avec suffisamment de distance pour reconnaître les erreurs de tous les camps — y compris les siennes.

 

François Hollande a fait une proposition controversée. Il y a aussitôt renoncé. Dix ans plus tard, faut-il vraiment transformer cette séquence en cérémonie permanente de repentance ?

 

Le plus préoccupant, dans cette affaire, n’est finalement pas la position de Bouamrane sur la déchéance de nationalité. C’est la conception du débat politique qu’elle semble révéler. Et les soupçons de tâqiya qui peuvent se porter sur un élu peut-être moins franc du collier qu’il prétend l’être.

 

François Hollande doit assumer son pauvre bilan. Comme tout ancien président, il peut être interrogé, critiqué et jugé politiquement. Mais Karim Bouamrane n’a pas reçu mandat pour distribuer les brevets de respectabilité républicaine. Il serait d'ailleurs assez ironique qu'un homme qui ambitionne désormais l'Élysée commence sa trajectoire présidentielle en expliquant aux Français quels responsables politiques doivent faire pénitence avant d'être fréquentables.

 

Alain Sanders