Ben… oui, l’été, il fait chaud et l’hiver il fait froid…
Il faut quand même qu’on parle d’un scandale qui semble échapper à une partie de l’humanité : en été, il fait chaud. Et en hiver, il fait froid. Oui. C’est confirmé.
Chaque année, avec une régularité presque suspecte, le mois de juillet arrive accompagné de températures élevées. Et chaque année, des gens découvrent le phénomène avec l’étonnement d’un explorateur débarquant sur une planète inconnue : « Qu’est-ce qu’il fait chaud ! »
Ben… oui. C’est l’été. Le soleil brille davantage, les journées sont longues, les terrasses sont pleines, les glaces fondent en moins de trois minutes et notre voiture garée au soleil devient un four à pizza. Ce n’est pas une anomalie. Ce n’est pas une défaillance du système. C’est même plutôt le principe.
Mais attention : l’hiver n’est pas en reste. Trois mois plus tard, le même individu sort de chez lui, prend une rafale de vent à 7 h 42 et s’exclame : «Qu’est-ce qu’il fait froid ! » Là encore : oui. C’est l’hiver. Il fait froid. Il fait parfois gris. Il pleut. Il fait nuit quand vous partez travailler et presque nuit quand vous rentrez. Vous mettez un manteau. Vous râlez contre le chauffage. Vous rêvez d’un mois d’août à 30 degrés. Puis août arrive. Et vous râlez parce qu’il fait 30 degrés.
Il y a quelque chose de profondément fascinant dans notre capacité collective à être surpris par les saisons. On pourrait pourtant penser que, depuis quelques milliers d’années, nous aurions fini par comprendre le concept.
L’été : chaud. L’hiver : froid. Le printemps : ça dépend. L’automne : ça dépend aussi, mais avec des feuilles mortes.
Et pourtant, chaque variation météorologique déclenche désormais une sorte de bulletin d’alerte civilisationnel. Il fait 31 °C ? « Canicule ! » Il fait 8 °C en novembre ? « On se les gèle ! » Il pleut trois jours ? « Quel temps pourri ! » Il ne pleut pas pendant trois semaines ? « On va tous manquer d’eau ! » Il neige ? « C’est magnifique ! » Il neige vraiment ? « Pourquoi personne n’a prévu ça ?! »
Évidemment, cela ne signifie pas qu’on doit nier les évolutions du climat, les épisodes de chaleur extrême ou leurs conséquences. Non. Une température exceptionnellement élevée n’est pas la même chose qu’un simple après-midi d’été, et certaines évolutions sont parfaitement documentées.
Mais il serait peut-être sain de retrouver une petite capacité à distinguer « il fait chaud » de « la planète vient de déclarer la guerre à l’humanité ». Parce qu’à force de transformer chaque bulletin météo en événement historique, on finit par ne plus savoir s’il faut prendre une bouteille d’eau, un parapluie ou appeler le ministère de l’Intérieur.
Et puis il y a cette autre tradition : vouloir absolument que la météo soit parfaite. Pas trop chaud. Pas trop froid. Pas trop de pluie. Pas trop de soleil. Pas de vent. Un peu de neige à Noël, mais uniquement le 24 au soir, et qu’elle disparaisse le 26 au matin. Un printemps doux, mais pas humide. Un été chaud, mais pas trop chaud. Un automne coloré, mais sans feuilles à ramasser.
En résumé, nous voudrions vivre dans un climat réglé comme une chambre d’hôtel : 22 °C, ciel légèrement nuageux, zéro moustique et aucune surprise. Mauvaise nouvelle : ça ne fonctionne pas comme ça. La météo n’a pas été conçue pour nous faire plaisir. Elle n’a pas lu notre programme de vacances. Elle ne sait pas que nous avons réservé une semaine en Bretagne. Elle ignore totalement que le barbecue était prévu samedi. Et, surtout, elle n’a aucun compte à rendre à notre humeur.
Alors oui, il fait chaud. Buvez de l’eau, cherchez l’ombre, adaptez vos activités et prenez soin des personnes vulnérables.
Et oui, il fera froid. Mettez un pull. C’est généralement assez efficace.
Peut-être qu’au fond, le véritable exploit de notre époque ne serait pas de contrôler la météo, mais simplement d’accepter qu’elle existe. L’été n’est pas un bug parce qu’il fait chaud. L’hiver n’est pas une catastrophe parce qu’il fait froid. Et non, votre application météo n’a pas besoin de vous prévenir que demain, à 14 heures, il y aura du soleil.
Prochain épisode : « Oui, quand il pleut, le sol est mouillé. Enquête exclusive. »
Alain Sanders