mardi 11 août 2026

Et si le destin de l’Europe se jouait à Ceuta (et à Melilla) ?

J’ai suivi ces jours-ci très attentivement les nouvelles sur les événements de Ceuta, cette enclave espagnole en face de Gibraltar, sur la rive africaine du détroit, confrontée à un tsunami immigrationniste. Dans les trois derniers jours de juillet, Ceuta a été la cible d’une déferlante migratoire telle que prophétiquement annoncé dans le très grand roman « Le Camp des Saints » de l’immense écrivain visionnaire que fut notre ami Jean Raspail, hélas rappelé à Dieu le 13 juin 2020 à Paris.

Je connais un peu Ceuta, ayant notamment jadis, avec Élisabeth (mon épouse) passé des moments culturellement et géopolitiquement instructifs sur la terrasse du Parador Nacional (Plaza Nostra Señora de Africa) sis à peu près au centre de la presqu’île que constitue l’enclave. À noter qu’outre Ceuta, l’Espagne a conservé sur la même côte la possession de l’enclave de Melilla, à environ quatre cents kilomètres à l’Est, à proximité de la frontière algérienne. Ces deux parcelles de territoire en Afrique sont espagnoles depuis au moins quatre siècles !

Le dimanche soir 2 août, des milliers de manifestants sur la Plaza de la Constitucion, à Ceuta, ont réaffirmé leur attachement à l’Espagne aux cris de « Ceuta est espagnole », ou encore « Ceuta n’est pas à vendre » et « Ceuta, unie, jamais ne sera vaincue ». Étaient là les représentants de tous les partis politiques (sauf de l’extrême-gauche) et des deux grands syndicats espagnols. Soit un peu plus de dix mille participants, une proportion considérable des quatre-vingt-quatre mille habitants de l’enclave.

Prit en premier le micro, le porte-parole catholique des quatre composantes religieuses de la population de Ceuta : catholique, musulmane, juive et hindoue (dont seules les deux premières ont une réelle importance démographique). Il lut un manifeste massivement applaudi, aussi ferme que consensuel, de proclamation sans aucune ambiguïté que « Ceuta, c’est l’Espagne », exigeant « une réponse immédiate, décidée et proportionnée à la situation, de la part des autorités nationales ». L’orateur le plus acclamé fut Juan Jesus Vivas, le président de l’exécutif de Ceuta, au pouvoir depuis plus de vingt-cinq ans. Il déclara notamment : « Les gens ont compris qu’il ne s’agissait pas d’une crise migratoire mais avant tout d’une atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Par ailleurs, mettant clairement en cause les autorités chérifiennes, et manifestant son indignation dans un entretien au quotidien El Pais, il livra à celui-ci les propos suivants : « Le Maroc nous a démontré qu’il n’était pas fiable. Il n’y a donc pas d’autre choix que de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour qu’il ne recommence pas. » 

Les temps qui viennent diront ce qu’il va en être de Ceuta que guettent toujours pour s’y regrouper les migrants arrivés des terres du sud à Fnideq, la ville frontière (Fnideq est le nom marocain de Castillejos par lequel on la désigne toujours à Ceuta).

Pour l’heure, dans les rues et les plages de Ceuta, les légionnaires de la Bandera passent et repassent pour ramasser les migrants réfractaires à un retour volontaire dans leurs bidonvilles plus au sud, voire plus loin dans leur bled d’Afrique subsaharienne…

Quant aux patriotes espagnols de l’enclave où ils sont chez eux depuis bientôt un demi-millénaire, ils vont continuer à vivre et travailler dans la fidélité à la devise de leurs pères : « España una, España grande, España libre ».

Bernard Antony


Sur ce blog et sur Ceuta, l’article d’Alain Sanders : « Les envahisseurs de Ceuta sont venus de Fniqed (que tout le monde, dans la région, appelle de son nom espagnol : Castillejos). C’est une vieille histoire : la bataille de Castillejos (1er janvier 1860) fut un tournant de la guerre hispano-marocaine »