De chantre du Kremlin à défenseur(e) de la libre Ukraine : ce que dit la « conversion » de l’influenceuse Laura Loomer
Longtemps considérée comme l'une des figures les plus radicales de la mouvance MAGA (« Make America Great Again »), Laura Loomer a créé la surprise en opérant un spectaculaire revirement sur la guerre en Ukraine. Celle qui relayait depuis plusieurs années des récits favorables au Kremlin reconnaît avoir été victime de la propagande russe et se définit désormais comme une défenseure de la souveraineté ukrainienne.
Cette « conversion » dépasse le simple changement d'opinion d'une influenceuse. Elle illustre une évolution profonde au sein d'une partie de la droite américaine, alors que Donald Trump lui-même semble adopter un ton plus ferme à l'égard de Moscou (mais ne pas se faire trop d’illusions cependant).
Laura Loomer s'est imposée ces dernières années comme une personnalité incontournable de l'écosystème conservateur américain. Connue pour des prises de position provocatrices et des théories complotistes, elle a bénéficié d'une audience considérable sur les réseaux sociaux.
Sur le dossier ukrainien, elle s'était distinguée par des déclarations reprenant plusieurs narratifs largement diffusés par les médias proches du Kremlin. Elle accusait notamment le gouvernement ukrainien d'être infiltré par des « groupes néonazis » et remettait en cause la légitimité du président Volodymyr Zelensky. Ces délires s'inscrivaient dans une stratégie de désinformation largement documentée par les chercheurs et les observateurs des campagnes d'influence russes.
Le tournant intervient ces dernières semaines, après un déplacement discret en Ukraine. Au cours de son séjour, Laura Loomer visite plusieurs sites touchés par les bombardements russes, rencontre des responsables religieux, échange avec des habitants et réalise un entretien avec Zelensky au palais Mariinsky à Kiev. Selon ses propres déclarations, cette immersion lui fait prendre conscience de l'écart entre les récits qu'elle relayait jusque-là et la réalité observée sur le terrain. Sur le réseau X, elle confesse: « J'ai dit les pires choses sur l'Ukraine... Je réalise aujourd'hui à quel point j'ai cru aux mensonges de la propagande russe. » Elle présente également des excuses aux Ukrainiens, affirmant avoir vécu dans une « bulle médiatique » qui déformait sa perception du conflit.
Laura Loomer martèle désormais que la Russie mène une guerre d'agression contre un pays souverain et plaide pour un renforcement des sanctions américaines contre Moscou. Elle appelle même le Congrès à enquêter sur l'influence de la propagande russe dans les médias américains. Son entretien avec Zelensky marque également une rupture symbolique. Le président ukrainien y démonte plusieurs théories du complot ayant largement circulé dans certains milieux conservateurs américains, tandis que Laura Loomer reconnaît publiquement s'être trompée sur de nombreux aspects du conflit.
D'autres figures influentes de la droite conservatrice américaine ont récemment pris leurs distances avec les positions ouvertement favorables à Moscou. Cette évolution témoigne des tensions qui traversent aujourd'hui le mouvement MAGA entre isolationnistes, interventionnistes et partisans d'un soutien accru à l'Ukraine.
Pour Kiev, cette évolution représente une opportunité stratégique. Les autorités ukrainiennes cherchent désormais à convaincre des personnalités influentes au sein de l'entourage politique de Donald Trump, dans l'espoir de consolider le soutien américain face à la Russie.
Au-delà de la personnalité de Laura Loomer, cette affaire illustre la puissance des guerres de l'information qui accompagnent désormais les conflits modernes. La guerre en Ukraine ne se joue pas uniquement sur le terrain militaire. Elle se déroule également sur les réseaux sociaux, dans les médias et auprès des influenceurs capables de façonner l'opinion publique. Le fait qu'une personnalité ayant longtemps relayé des éléments de langage favorables au Kremlin reconnaisse aujourd'hui avoir été manipulée souligne l'importance des campagnes de désinformation dans le conflit, ce que nous avons régulièrement dénoncé et démonté ici même..
Alain Sanders