jeudi 30 juillet 2026

Les libres propos d’Alain Sanders


La propagandiste de Poutine, Xenia Fedorova, enfin rattrapée par la patrouille

 

Pendant des années, Xenia Fedorova a cultivé une posture commode : celle de la victime d'une prétendue censure occidentale. Ancienne patronne de RT France, média financé par l'État russe et interdit dans l'Union européenne après l'invasion de l'Ukraine, elle n'a pourtant jamais disparu du paysage médiatique français. Bien au contraire. Des plateaux de télévision aux studios de radio, en passant par les colonnes de la presse, elle a continué à diffuser une propagande conforme aux intérêts du Kremlin. Tout en se présentant comme une simple défenseur(e) de la liberté d'expression.

 

Le ministère français de l'Intérieur a finalement annoncé un arrêté d'expulsion à son encontre, considérant que ses activités relèvent de la diffusion de la propagande et de la désinformation russes. La décision est exceptionnelle. Mais elle traduit une évolution profonde : les autorités françaises ne considèrent plus seulement la guerre informationnelle comme un débat d'idées, mais comme une question de sécurité nationale. Xenia Fedorova, soutenue par ses amis médiatiques (et employeurs) de Poutine a aussitôt annoncé qu'elle contesterait cette mesure devant la justice.

 

Il faut rappeler qui est Xenia Fedorova. Elle n'est pas une journaliste indépendante tombée par hasard dans une polémique. Elle a dirigé RT France, déclinaison française du réseau Russia Today, créé pour porter la voix officielle du Kremlin à l'étranger. Depuis le début de la guerre contre l'Ukraine, RT est un instrument d'influence et de désinformation au service du pouvoir russe.

 

Après la fermeture de RT France en 2022, beaucoup pensaient que son influence disparaîtrait. C'est l'inverse qui s'est produit. Xenia Fedorova a retrouvé une visibilité importante dans plusieurs médias français où elle a continué à défendre les éléments de langage du Kremlin : minimisation de l'agression contre l'Ukraine, remise en cause des responsabilités russes, dénonciation systématique des positions européennes et présentation de Moscou comme victime d'une prétendue hostilité occidentale.

 

L'arrêté d'expulsion ne clôt pas le débat juridique. Les recours existent, et ils devront être examinés dans le respect de l'État de droit. C'est précisément ce qui distingue une démocratie d'un régime autoritaire : les décisions administratives peuvent être contestées devant des juges indépendants.

 

Reste un constat politique. Pendant plusieurs années, Xenia Fedorova a réussi à transformer son statut d'ancienne responsable d'un média d'État russe en celui de chroniqueuse fréquentable dans le débat public français. Cette normalisation est aujourd'hui remise en cause. Que l'expulsion soit ou non confirmée par la justice, le message envoyé par les autorités françaises est clair : la propagande d'un régime engagé dans une guerre d'agression n'est plus considérée comme une « simple opinion » parmi d'autres, mais comme une activité susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation.

 

Alain Sanders