Sur ce chapitre, j’ai d’abord lu ce matin l’excellent texte pour ce blog proposé par notre ami Sanders et que l’on aura trouvé ci-avant.
Comme on le lit, Alain, d’emblée, ne mâche pas ses mots : il qualifie très justement de « bal des faux-culs » le sommet d’hypocrisie atteint par ces partisans de la loi sur la fin de vie qui, simultanément, comme dirait leur modèle Macron, sont capables de grandes tirades sur l’urgence caniculaire de protéger les personnes âgées et « en même temps », sans craindre la contradiction, de clamer le bien-fondé de les euthanasier.
J’ai lu aussi peu après, dans le Figaro de ce jour (p 16), l’article du philosophe Damien Leguay, défenseur de l’éthique médicale et qui fustige avec toute la force de sa raison les mensonges des « pro-euthanasie ». Le titre de son article résume parfaitement sa position : « la loi sur la fin de vie nous ferait franchir un Rubicond civilisationnel ».
Selon Damien Leguay, ces derniers font preuve d’une obstination législative déraisonnable. Pour eux, les médecins de soins palliatifs, largement opposés au projet de loi, devront soit se soumettre à la loi, soit se démettre. Il poursuit : « Les pro-euthanasie », dont le président Emmanuel Macron et Yaël Braun-Pivet, veulent coûte que coûte l’euthanasie – qu’ils cachent derrière « l’aide active à mourir ».
Il commente : « Cette loi changera radicalement notre logiciel social. Nous quitterons « l’État-Providence », lui qui nous promet de nous accompagner jusqu’au bout de la vie. Si en juillet ce Rubicond civilisationnel était franchi, l’État (avec les médecins comme officiers traitants) aura le droit de proposer la mort à ceux qui se « sentiront de trop » ou qui finiront par se convaincre que pour la société ils sont « en trop ».
Et de faire observer : « Quand l’État a ce pouvoir, personne ne sait ce qu’il en fera à terme ».
Il poursuit : « Dans la loi, disent les pro-euthanasie, il y a des critères stricts. Faux. Les critères sont larges pour inclure ceux qui ont une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court et moyen terme. Ceux-là ont été évalués à un million de personnes aujourd’hui. Il ne s’agit plus de s’occuper de la « fin de vie » mais d’inclure aussi tous les handicapés et autres personnes atteintes de maladie incurable en phase avancée ou terminale. Les handicapés, ulcérés, ont fait entendre leur voix : ils ne veulent pas qu’on leur propose la mort comme un soin mais qu’on les aide à vivre jusqu’au bout.
Rien pour autant n’a changé dans le projet de loi. Tous ceux qui ont des maladies incurables (comme la maladie de Charcot) demandent avant tout de bénéficier de la fraternité nationale. Tous ils sont vivants. Les pro-euthanasie ont fait la sourde oreille.
Avec cette loi nous serons dans un État d’anti-solidarité – ce que Dominique Reynié nomme un « État validiste » qui s’exercera au détriment des plus faibles, des laissés-pour-compte. Certains à gauche ont compris (comme l’ancien député communiste Pierre Dharréville) qu’il s’agira d’éliminer les pauvres, d’augmenter leur fragilité, eux qui ne seront plus jugés dignes de vivre ».
Leguay résume : « Tout est là : tenir la promesse d’une dignité a priori ou, au contraire, laisser le malade se rendre compte qu’il est indigne et juste capable de demander à la médecine un soin léthal ». Il poursuit : « Tout est là : accompagner la vie jusqu’au bout ou, au contraire, considérer, comme le dit François Blot, médecin pro-euthanasie, qu’il faut proposer la mort à ceux pour qui la mort est déjà là. Alors, que faire ? ».
Leguay conclut : « Ne pas baisser les bras tant que le vote définitif n’a pas eu lieu, le devoir de conviction est de mise. Certaines vérités doivent être dites et redites. Un geste létal n’est ni un soin ni un geste de compassion ni une preuve de fraternité ni une manière de « mourir dans la dignité », ni un progrès, ni un geste d’amour ».
Proposer largement la mort sera toujours une manière de demander aux handicapés s’il n’est pas préférable qu’ils soient morts. Là n’est pas la liberté. Ou plutôt, là est une nouvelle acception d’une liberté nue, rude, violente, inhumaine, dépourvue de solidarité, une liberté darwinienne.
Bernard Antony
Fin de vie : Léon XIV appelle à défendre la dignité humaine dans le débat français
Alors que l’Assemblée nationale a adopté en première
lecture, le 27 mai 2025, une proposition de loi visant à
encadrer l’aide active à mourir, le pape Léon XIV a
interpellé les pèlerins francophones lors de son audience
générale du 4 juin. Il les a invités à « défendre la dignité
intrinsèque de toute personne humaine » et a observé que «
notre monde peine à trouver une valeur à la vie humaine,
même en sa dernière heure ». Ces phrases, absentes des
salutations adressées aux autres groupes linguistiques, ont
été interprétées comme une allusion directe au projet
législatif en cours en France.
Le texte, porté par le député Olivier Falorni, prévoit la
possibilité, sous conditions strictes, du suicide assisté et
de l’euthanasie pour les personnes en phase avancée ou
terminale d’une maladie grave et incurable. Le projet doit
désormais être examiné au Sénat à l’automne. Dans ce
contexte, l’intervention du Souverain Pontife rappelle la
position constante de l’Église catholique qui distingue
clairement les soins palliatifs et l’accompagnement humain
des actes qui visent intentionnellement à provoquer la mort.
Selon l’hebdomadaire Le
Pèlerin, Léon XIV s’inscrit dans la lignée de
ses prédécesseurs en insistant sur le respect de la vie «
depuis la conception jusqu’à son terme naturel ». Loin
d’une condamnation explicite du texte parlementaire, le
pape a choisi la forme d’une allusion mesurée, tout en
réaffirmant que la dignité de la personne ne dépend ni de
son état de santé ni de son âge.
Cette prise de position intervient alors que le débat divise
la société française. D’un côté, les promoteurs du projet
mettent en avant l’autonomie individuelle et le droit de
choisir les conditions de sa fin de vie. De l’autre, les
opposants, dont plusieurs responsables catholiques,
soulignent les risques de fragilisation des plus vulnérables
et plaident pour un renforcement des soins palliatifs. Les
évêques d’Île-de-France ont ainsi dénoncé une « rupture
anthropologique » susceptible, selon eux, de créer « les
conditions d’un crime contre la dignité, d’un crime contre
la fraternité, d’un crime contre la vie ». De son côté, Mgr
Éric de Moulins-Beaufort a qualifié la légalisation de «
régression éthique, sociale et médicale ».
Dans cette République où le mot laïque est de plus en plus
dévoyé, la voix des autorités religieuses semble tenter de
continuer à s’exprimer sur les questions éthiques majeures.
Léon XIV souhaitant vraisemblablement recentrer le débat sur
la valeur accordée à toute existence humaine, indépendamment
des choix individuels ou des contraintes médicales. Une
contribution qui s’ajoute aux réflexions déjà engagées par
de nombreux soignants, associations et citoyens sur
l’accompagnement des personnes en fin de vie, et en
opposition à ce que prône le Grand Orient de France dans son communiqué officiel du
25-26 juin.
Une autre dérive régulièrement évoquée est le risque que la question du don d’organes s’immisce dans le débat sur l’aide à mourir, avec la possibilité que certains incitent des candidats à l’euthanasie en leur présentant le don d’organes comme un acte altruiste permettant de sauver d’autres vies, le médecin et député Philippe Juvin l'a récemment dénoncé à l'Assemblée nationale. Un levier jugé particulièrement dangereux et manipulatoire.
Le projet de loi, s’il était définitivement adopté, marquerait un tournant dans la prise en charge de la souffrance et de la vulnérabilité.