Nancy : un crash, un ministre.
Narbonne : un lynchage, le silence…
Il y a des drames qui mobilisent immédiatement l'État. Un avion s'écrase près de Nancy, faisant de nombreuses victimes (le même jour, un crash d’hélicoptère, mais passé à l’as lui…). En quelques heures, toutes affaires cessantes, le ministre de l'Intérieur se rend sur place, salue les secours, la police, la gendarmerie, les pompiers, exprime la solidarité nationale et incarne la présence de l'État auprès des familles endeuillées. Soit.
Mais une autre tragédie bouleverse le pays. À Narbonne, Louis, 17 ans, est attiré dans un guet-apens, sauvagement passé à tabac, laissé pour mort (aux cris de « Walla ») sur un chantier. Les images de son lynchage, filmées par ses agresseurs, circulent sur les réseaux sociaux. Après plusieurs jours d'agonie, l'adolescent succombe à ses blessures. Cinq « suspects » ont été mis en examen dans cette affaire.
Dès lors, une question s'impose : pourquoi cette différence de traitement symbolique ? Pourquoi une présence ministérielle immédiate pour l'un de ces drames, et pas pour l'autre ?
Poser cette question ne revient ni à opposer les victimes ni à hiérarchiser les tragédies. Onze morts dans un accident aérien, ce n’est pas rien. Mais le lynchage d'un adolescent de 17 ans, victime d'une violence d'une rare barbarie, est d’une autre dimension. Ce massacre programmé aurait mérité une parole forte, une compassion sincère, une détermination affichée.
Au-delà de l'émotion, c'est la cohérence de l'action publique qui est en jeu. Dans une démocratie, les symboles comptent. Ils disent ce qui rassemble une nation et ce qu'elle refuse de banaliser. Face à la mort atroce de Louis, la reconnaissance de l’État a été aux abonnés absents. C'est cette absence, plus que la comparaison des drames eux-mêmes, qui restera comme une dégueulasserie macroniste de plus.
Alain Sanders