jeudi 7 mai 2026

Les libres propos d’Alain Sanders

Notre mémoire : il y a 190 ans (1836-2026),
la bataille d’Alamo scellait le destin du Texas !

En 1830, le Texas est encore une province mexicaine habitées par quelques vaqueros (qu’on va bientôt appeler des « cowboys »). Mais cette province compte aussi des milliers de colons américains qui, à l’arrivée au pouvoir, en 1832, du général Antonio de Lopez de Santa Anna, vont refuser les mesures coercitives qu’on prétend leur imposer. Le porte-parole des Texans et des Tejanos (les Texans d’origine mexicaine), Stephen Austin (l’homme qui avait organisé avec les précédents gouvernements mexicains l’installation d’Américain au Texas), ayant été emprisonné, les Texans se soulèvent. 

Les premiers combats, menés par Samuel Houston et le colonel Travis, tournent à l’avantage des Texans. Mais les Texans n’ont pas d’armée constituée : à peine des bandes de cavaliers héroïques qui cherchent à gagner du temps pendant que Houston et Travis s’organisent. En attendant, il faut faire face aux troupes plus aguerries envoyées par Santa Anna. Un point d’ancrage est choisi : la mission catholique d’Alamo plus ou moins transformée en fortin. En décembre 1835, 150 Texans emmenés par Travis chassent les Mexicains du fortin et s’emploient à le renforcer mieux. Parmi les défenseurs de la place, James Bowie (l’inventeur du Bowie-Knife, un poignard de duel avec une lame de 21cm) et, bientôt, un trappeur légendaire, Davy Crockett, arrivé de son Tennessee natal avec 12 gaillards de sa trempe. Sur le toit de la vieille mission espagnole transformée maintenant en bastion, flotte le drapeau bleu liseré de jaune des Texan Volunteers.  

Le 23 janvier 1836, Santa Anna occupe San Antonio de Béxar et encercle Alamo. Sur le clocher de l’église San Fernando, où il a établi son QG, Santa Anna a fait hisser un drapeau rouge. Le message est clair : pas de quartier. 

Le 5 mars, Travis rassemble les hommes dans la cour du fort. Sur le sol, il trace, de la pointe de son sabre, une ligne : « Messieurs, nous y laisserons notre vie. Vous êtes libres de choisir. Ceux qui franchiront cette ligne combattront avec moi jusqu’au bout. Nous ne nous rendrons pas ». Tous (sauf un, un Français âgé de 50 ans, Louis Mose Rose, vétéran de la Grande Armée et des campagnes napoléoniennes, qui n’a plus rien à prouver question bravoure) franchiront la ligne. Ils sont 185. Les Mexicains sont 4000. 

Le 6 mars, au tout petit jour, José Maria Gonzalez, premier clairon dans l’armée mexicaine, sonne la charge. A 6h30, Santa Anna fait jouer le Deguello, la sinistre marche funèbre qui, tout autant que le drapeau rouge, annonce qu’il n’y aura pas de prisonniers…  A 6h45, Travis tombe en criant : « Dieu et le Texas ! » Quelques minutes plus tard, les derniers survivants font bloc dans la cour. Crockett est partout. Le capitaine Saldana, officier de l’armée mexicaine, notera dans son carnet de marche : « Cet homme semblait indifférent à nos coups de fusil. Il ne ratait jamais sa cible. Il accompagnait chaque salve d’un grand éclat de rire : je sus plus tard qu’il se nommait Crockett ». 

Les derniers combats se déroulent près de l’église, puis à l’intérieur. Bowie est transpercé sur son lit de camp (il ne pouvait plus marcher suite à une blessure antérieure) à coups de baïonnette. Crockett est criblé de balles. A 9 heures, les 185 défenseurs d’Alamo sont morts. Santa Anna a perdu plus de 600 hommes. Et le sens de l’honneur : « Brûlez les corps de ces enragés ! Qu’il ne reste plus une trace de ce maudit fort ! » 

Ce sacrifice va galvaniser les Texans. Houston peut désormais aligner une forte armée de volontaires. A San Jacinto, le 20 avril 1836, après 15 minutes d’un assaut contre le campement de Santa Anna, au cri de Remember Alamo ! (« Souviens-toi d’Alamo ! »), les Mexicains sont défaits et Santa Anna est capturé. La République du Texas est née. Sam Houston en sera le premier président. 

Alain Sanders