Il est peu probable, lorsque l’on allume son poste de télévision, sur quelque chaîne d’info en continu, que l’on ne tombe pas très vite sur un Donald Trump en plein « show », très souvent dans son bureau ovale de la Maison-Blanche, proférant tout et son contraire sur toute chose.
Je l’ai cueilli pile ce dernier mardi 5 mai, sur le coup de 17 h 40, lui qui n’avait pas craint de menacer la civilisation iranienne de « retour à l’âge de pierre », annonçant tel un illustrissime César Auguste : « J’ai décidé qu’il fallait faire le bien du monde » (sic !), et enchaînant aussitôt avec son désormais coutumier discours répétitif que Jean-Louis Bourlanges qualifie assez justement « d’oscillatoire » ou encore de « circulaire » et aussi « d’assez pathétique ».
Donald ressasse désormais à propos des Iraniens : « Ils n’ont plus de marine, ils n’ont plus d’aviation, ils n’ont plus de chefs ». Il enchaîne alors avec sa ritournelle, référence de tous ses derniers inconditionnels Maga : « Nous avons la meilleure civilisation, les meilleurs équipements au monde, la meilleure marine, la meilleure aviation », et cela bien sûr grâce à lui, qui est le meilleur des meilleurs, en tout domaine, et qu’il mérite toutes les palmes possibles dans l’attente d’un prix que scandaleusement l’on ne lui a pas encore décerné : le prix Nobel de la Paix…
Donald doit bientôt rencontrer en Chine le dictateur chinois Xi Jinping. Pour évoquer ce dernier, il use d’une de ses formules très usitées quand il veut commencer à utiliser le mode de la flatterie à propos d’un dirigeant qu’il entend séduire. « C’est, dit-il d’abord, quelqu’un de remarquable », puis il renforce son jugement en qualifiant le dictateur de « dirigeant extraordinaire » comme il le fit à propos de Kim Jong Un, avec lequel d’ailleurs il aimerait bien renouer.
Mais bien sûr c’est vers Poutine que le porte sa constante fascination pour la ruse et la force brutale. Il y a quatre jours encore, ne conversa-t-il pas avec ce dernier dans un échange téléphonique d’une heure et demi ?
À propos de la guerre en Iran, contre l’abject régime totalitaire et massacreur des mollahs, notons qu’il s’est jusqu’ici gardé de dénoncer les constants soutiens en armement et en renseignement que lui apporte la Russie poutinienne. Donald Trump, sorte de nec plus ultra de l’infatuation de soi-même, n’éprouve aucun complexe. Lui qui n’a jamais effectué une seule minute de service militaire, n’a-t-il pas osé proférer à propos de ce grand combattant que fut John Mac Cain, torturé, enfermé plusieurs années durant, n’a-t-il pas proféré, dis-je, l’indécence que voici : « Je n’aime pas les gens qui ont été capturés » ?
Donald Trump, à l’évidence, ne craint pas dans l’auto-encensement la compétition avec les Staline et les Hitler, les Mao, les Pol pot, les Talaat Pacha et les Ceaucescu ! Certes il n’a pas le passé immensément criminel de ces monstres génocidaires, mais n’a-t-il pas déjà commis l’immense crime de l’abandon de l’Ukraine après pourtant l’abomination de l’Holodomor, le génocide par la faim perpétré par Staline et sa Tchéka contre ce peuple chrétien ?
Mais a-t-il seulement, lui qui pourrait avoir un prix Nobel de l’inculture, la moindre connaissance de ce que fut l’Holodomor ?
Donald Trump, qui au fil des mois, ne cesse de perdre la confiance de sa base Maga, n’a pas craint de se ridiculiser en faisant figurer par IA sa tête après celles taillées dans le granit des quatre présidents du mémorial du mont Rushmore (dans le Dakota du sud).
Le mont Rushmore culmine à 1745 m, mais c’est à un Himalaya de vanité, de mauvais goût, d’indécence et de démesure auxquels Donald Trump soumet son peuple.
On comprend les excellents commentateurs que sont Christian Makarian et le très subtil Dominique Moïsi lorsqu’ils évoquent, le premier, l’absence de stratégie, le second, le désarroi stratégique de l’Amérique à propos de la guerre en Iran. Moïsi commentait hier une statistique selon laquelle 70 % des électeurs républicains ne faisaient plus désormais confiance à Donald Trump.
Non, je ne crois pas m’être trompé en dénonçant dès l’an dernier les aberrations du poutino-trumpisme. Reste à savoir si tout de même Donald Trump va enfin se décider à faire libérer par l’armée américaine le grand peuple iranien de l’atrocité de la dictature de ces mollahs et autres Bassidjis ou pasdaran. Mais le secrétaire à la guerre, Pete Hegseth, n’a-t-il pas encore répété hier que « l’opération en cours n’a pas pour but de renverser le régime » ?
Donald Trump se moque donc semble-t-il tout autant de ce que le peuple iranien soit encore persécuté par la dictature islamiste et que l’Ukraine soit chaque jour un peu plus détruite et massacrée dans la continuité stalinienne du poutinisme.
Bernard Antony