mercredi 4 mars 2026

Les libres propos d’Alain Sanders

 

Ah, si Donald Trump aidait l’Ukraine comme il soutient Israël…

 

Depuis l’invasion russe de 2022, l’Ukraine se bat pour sa survie. Dans le même temps, le Proche-Orient, où les Israéliens se battent eux aussi pour leur survie, s’embrase de nouveau. Sur ces deux théâtres, une constante domine le débat américain : le positionnement de Donald Trump.

La question est brutale mais légitime : et si l’Ukraine bénéficiait du même soutien politique, stratégique et rhétorique qu’Israël reçoit côté trumpiste ?

Durant sa présidence de 2017 à 2021), Trump a posé des actes forts en faveur d’Israël : reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ; transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem : reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan ; Accords d’Abraham normalisant les relations entre Israël et plusieurs pays arabes. Avec le déclenchement, le 28 février, des opérations « Fureur épique » et « Lion rugissant » contre les sanglants ayatollahs bourreaux de leur peuple depuis près d’un demi-siècle, Trump est passé des paroles aux actes.

Le message est limpide : Israël est un allié stratégique non négociable. Dans le discours politique de Trump, le soutien à Israël repose sur la proximité idéologique, une coopération militaire avancée, une convergence stratégique face à l’Iran et à ses proxis, un ancrage fort dans l’électorat républicain.

Le rapport de Trump à l’Ukraine est plus ambigu. On se souvient de l’épisode de 2019 avec Volodymyr Zelensky, qui a déclenché sa première procédure d’impeachment. Depuis le début de la guerre contre la Russie, son discours oscille entre promesse de « régler le conflit en 24 heures », critique du « chèque en blanc » américain, appel à une négociation rapide avec Moscou, dénonciation du coût pour les contribuables américains.

L’Ukraine est présentée non pas comme un allié stratégique existentiel, mais comme un dossier transactionnel. La différence fondamentale ? L’émotion stratégique

Israël bénéficie d’un statut presque sacralisé dans une partie du spectre politique américain.

L’Ukraine, elle, est perçue par une partie de l’électorat trumpiste comme un conflit lointain, une guerre européenne, un gouffre financier, un risque d’escalade avec la Russie.

Là où Israël incarne une démocratie « sœur » au Moyen-Orient, l’Ukraine est vue par certains comme une zone grise post-soviétique.

Mais Imaginons un instant que le traitement soit identique. A savoir une rhétorique ferme qualifiant la Russie d’agresseur existentiel. Une aide militaire massive et accélérée. Une pression diplomatique constante. Une articulation du conflit comme enjeu central de sécurité occidentale.

Autrement dit : une doctrine de soutien assumée, durable, non conditionnelle. Ce qui changerait plusieurs paramètres : signal dissuasif renforcé envers Moscou ; crédibilité américaine consolidée auprès des alliés européens ; affirmation d’un leadership occidental cohérent.

Trump reste fidèle à une ligne : priorité aux intérêts perçus comme directement américains et scepticisme face aux engagements prolongés. Cohérence ou pragmatisme ? Deux visions s’affrontent.

Vision 1 : La cohérence stratégique. Si l’Amérique défend la démocratie face à l’agression, alors l’Ukraine mérite un soutien équivalent à Israël.

Vision 2 : Le réalisme transactionnel. Chaque conflit est évalué selon son coût, son intérêt direct et son impact électoral.

Pour l’heure Trump incarne hélas la seconde approche.

Comparer le soutien à Israël et celui à l’Ukraine, ce n’est pas opposer deux pays, c’est interroger la doctrine stratégique américaine. Si l’Ukraine recevait le même soutien structuré et inconditionnel qu’Israël, la guerre pourrait évoluer plus rapidement, la posture américaine serait plus lisible, le message envoyé aux puissances de l’axe du mal serait plus clair.

Mais cela supposerait un changement profond de narration politique — et de calcul électoral.

Au fond, la question n’est pas seulement géopolitique : elle est doctrinale.

Quel rôle l’Amérique veut-elle jouer dans le monde ?

Le gourou poutinophile Alexandre Douguine, sorte de prophète Philippulus (cf. L’Etoile mystérieuse de Hergé), de plus en plus marqué par une sénescence anti-occidentale galopante, évoquant avec des trémolos dans la voix la correction infligée à ses comparses iraniens par les Etats-Unis et Israël, déclare : « Si l’Iran s’effondre, nous serons les prochains (…). C’est le dernier rappel qui sonne pour la Russie ». Fasse Dieu que, pour une fois, le dingo de Moscou soit bon prophète, que l’Iran s’effondre et que la Russie stalino-poutinienne suive le plus vite possible…

 

Alain Sanders