Un salutaire « vent de droite » souffle sur l’Amérique latine
Depuis quelques années, l’Amérique latine connaît un basculement politique notable. Après une décennie marquée par l’influence de gouvernements de gauche et d’extrême gauche, un « vent de droite » semble désormais parcourir une grande partie du continent. Ce mouvement, qui fait pousser des bouffigues à l’ultragauche des deux côtés de l’Atlantique, traduit un profond malaise social, économique et institutionnel. Un malaise qui pousse les électorats sud-américains vers des alternatives conservatrices, populistes voire, ce qui n’est pas le mieux, libérales..
L’essor de la droite en Amérique latine s’explique en grande partie par la désillusion vis-à-vis des gouvernements de gauche au pouvoir dans les années 2000 et 2010. Si ces derniers ont souvent annoncé des lendemains qui chantent et des avancées sociales vrombissantes — réduction de la pauvreté, meilleure inclusion des classes populaires, investissements publics — ils ont vite montré de graves limites.
La dépendance aux matières premières, la corruption, l’endettement et l’incapacité à transformer durablement les structures économiques ont fragilisé leur crédibilité. Dans plusieurs pays, les scandales politico-financiers ont entamé la confiance des citoyens envers des élites perçues comme déconnectées, voire cyniques. La droite a alors su se présenter comme une alternative au « système », promettant efficacité économique, sécurité et rupture avec les pratiques anciennes.
Parler d’un « vent de droite » ne signifie pas l’émergence d’un courant unique. La droite latino-américaine est diverse. Elle va de formations libérales classiques prônant la réduction du rôle de l’État à des mouvements nationalistes, conservateurs sur le plan sociétal et parfois très clairement identitaires.
Dans certains pays, cette droite de combat adopte un discours suivi d’effets immédiats sur la sécurité, l’immigration ou les questions de genre, s’inspirant parfois des stratégies populistes observées ailleurs dans le monde. L’usage intensif des réseaux sociaux, la personnalisation du pouvoir et la critique des médias mainstream sont devenus des outils centraux de mobilisation politique.
L’insécurité, qu’elle soit liée au narcotrafic, à la criminalité ou à la violence urbaine, joue un rôle clef dans ce virage politique. Face à des États impuissants, la population se tourne vers des leaders préconisant des réponses fermes (voire expéditives, comme au Salvador).
Sur le plan économique, l’inflation, la stagnation de la croissance et l’augmentation des inégalités ont également alimenté le rejet des gouvernements en place. La droite a capitalisé sur le sentiment d’urgence et sur la promesse de réformes rapides, même si celles-ci peuvent impliquer des politiques d’austérité ou une dérégulation accrue.
Plusieurs États illustrent clairement ce virage à droite:
Argentine : l’élection de Javier Milei marque un virage radical vers une droite prônant la réduction drastique de l’État et la remise en cause de politiques sociales historiques.
Brésil : bien que le pays soit aujourd’hui dirigé par la gauche, l’élection passée de Jair Bolsonaro a symbolisé la montée d’une droite conservatrice et sécuritaire dont l’influence politique reste forte (et qui prépare, avec le fils de Bolsonaro, son retour dans les urnes malgré l’autoritarisme marxisant de Lula).
El Salvador : sous la présidence de Nayib Bukele, le pays incarne une droite mettant en avant la lutte contre la criminalité au prix de restrictions temporaires des libertés publiques (et d’abord pour les voyous…).
Équateur : après une période désastreuse marquée par la gauche, le pays a opéré un tournant vers des politiques plus droitières et sécuritaires.
Paraguay et Uruguay : ces pays ont vu le retour (ou le maintien) de gouvernements de droite souvent favorables à l’économie de marché et à un État plus limité.
Pérou : marqué par une instabilité chronique, le pays oscille, mais reste dominé par des forces conservatrices au Parlement et dans les institutions.
Il faut ajouter le Honduras, enfin sorti d’un maelstrom gauchard délétère, le Chili où la candidate communiste a été renvoyée à son allendisme ringard et, tout récemment, le Costa Rica qui a élu triomphalement une présidente très à droite.
Bref, en un mot comme en cent, nos sœurs latines d’outre-Atlantique nous donnent à espérer.
Alain Sanders