vendredi 22 septembre 2023

Les libres propos d'Alain Sanders

 

Le triduum de la haine, Charlie Hebdo, Libération, Le Monde, épinglé par le Maroc

Au Maroc, le Centre national de la presse (CNP), qui a encore quelques illusions, a porté plainte, en France, auprès du Conseil de déontologie journalistique de médiation, contre Charlie Hebdo et Libération. Pour leurs « dérapages » (et le mot est faible) lors de la couverture du séisme du 8 septembre dernier.

On vous épargnera la description des unes de Charlie Hebdo, elles sont ignobles comme à l'habitude. Le CNP dénonce plus particulièrement celle qui appelait à ne pas être solidaire avec les victimes du séisme et à n'apporter aucune contribution matérielle dans ce sens : « Un acte inacceptable qui porte atteinte aux principes de soutien aux victimes de catastrophes naturelles (…) au-delà de tout différend diplomatique et de tout problème politique ».

En ce qui concerne Libération, le CNP dénonce la photo parue en une du 11 septembre (nous en avons parlé ici même). A savoir une femme âgée, dévastée, à qui l'on prêtait ces mots : « Aidez-nous, nous mourrons en silence ».

Après enquête et vérification documentée, le CNP est formel : il s'agit « d'une déclaration fictive inventée par la publication, visant à relayer une position mettant en cause les efforts consentis par les autorités marocaines, les équipes de secours de pays amis et les volontaires ».

Pris la main dans le bocal de confiture, Libération s'est livré dans sa rubrique « Check News » (de l'art d'être juge et partie, c'est-y pas mieux comme ça...) à un misérable rétropédalage. En reconnaissant que dans cette vidéo « si la première phrase (de la femme) est difficile à traduire, car peu audible, on entend qu'elle mentionne ensuite le roi dans une tournure affectueuse par l'usage du mot Sidna. Dans la rue, des voix d'hommes crient Vive le roi, vive le roi ».

Acrobatique, non ? La phrase est difficile à traduire, car peu audible, mais Libération l'a traduite et fait dire à la malheureuse : « Aidez-nous, nous mourrons en silence ». Pas vraiment en silence puisqu'on l'entend – et très nettement pour le coup – dire « Vive le roi ». Et même Sidna (qui signifie « notre seigneur »).

Ajoutons que cette femme sinistrée, retrouvée par des journalistes, conteste catégoriquement avoir prononcé les paroles accusatrices que Libération lui prête.

Le CNP a donc porté plainte. Peut-on lui conseiller, amicalement, affectueusement même, de ne pas se faire trop d'illusions sur ce qu'il adviendra de sa plainte en France où cette engeance médiatique se tient par la même barbichette idéologique.

Également épinglé par la presse marocaine, Le Monde qui, dans son tout premier article consacré au séisme, avait titré (Libération, Le Monde, même nuisance) : « Amizmiz : personne n'est venu nous aider ». Amizmiz est un village du Haut-Atlas, difficile d'accès même en temps normal.

Commentaire du journaliste marocain Fouad Laraoui : « A moins d'être Superman, Batman ou Wonderwoman, personne ne peut arriver dans l'heure sur le lieu d'une catastrophe, surtout quand les routes sont bloquées par des éboulements et que tout cela se passe en haute montagne. On n'est pas dans la Beauce, on n'est pas en Brie, on est dans le Haut-Atlas. Il y avait donc de la stupidité dans le meilleur des cas ou de la malveillance – c'est plus probable – dans le choix d'un tel titre ».

Le 19 septembre, Le Monde avait récidivé en caractère gras pour dire : « ça manque de coordination, des hameaux de haute altitude n'ont encore rien reçu ».

Commentaire de la presse marocaine : « On comprend alors que des pisse-copie de ce type ne sont pas venus pour donner une vision globale et objective de ce qui se passe dans notre pays depuis le séisme, mais pour chercher la petite bête, le petit détail qui leur permettrait d'entonner de nouveau leur refrain (Ils sont nuls, les Marocains) : Z'êtes qui vous, déjà ? Des Marocains ? Ah ouais, vous êtes nuls, hein ? C'est mon rédac' chef qui me l'a dit. Attention, hein, il a l'bac, lui ! »

Par le passé, nous nous sommes plaints que certains journalistes marocains prennent pour argent comptant les forgeries de la presse mainstream. Ils ouvrent les yeux en ces tristes circonstances ? Tant mieux !

Alain Sanders