mercredi 21 décembre 2016

Dialectique « islam-islamisme » : la décevante cécité d’Hubert Védrine.




J’écoute presque toujours avec intérêt l’ancien ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, Hubert Védrine.

Et même le plus souvent avec plaisir car il s’exprime avec clarté, concision et dans un agréable usage et respect de la langue française. Du bonheur en comparaison du débile galimatias hollandais. Ses analyses, par exemple sur la Russie, ne semblent ni sommaires ni manichéennes, mais d’abord dictées par le réalisme plus que par des présupposés idéologiques ou moralisateurs. 

Connaisseur des situations, il sait généralement les exposer avec la subtilité souvent nécessaire pour en faire saisir la complexité. Il n’en est que plus décevant lorsque, comme tout le monde, il verse dans le lieu commun d’un islam bon et gentil à l’opposé de l’abomination de l’islamisme jihâdiste. Ainsi l’ai-je entendu hier développer avec optimisme que même si les attentats de « Daesh » ne cesseraient pas de sitôt, cette organisation, et l’islamisme en général étaient inéluctablement vaincus. Ce, en raison de la fondamentale réalité pacifique de l’immense islam sunnite auquel s’attaque en priorité l’État islamique. Mais lui aussi, il préfère conformistement dire « Daesh »…

Oui, l’État islamique sera sans doute, à moyen terme vaincu, en Syrie et en Irak comme déjà en Libye, en tant qu'entité étatiquement organisée.

Mais il y a dans cette perspective une grande part d’illusion et d’erreur témoignant d’une grande incompréhension des réalités et de l’histoire de l’islam. D’abord parce qu’il n’y a pas de frontière dûment établie, géographiquement et historiquement, entre l’islamisme et l’islam. 

L’islamisme est en effet comme une continuité de courants intérieurs à l’islam formant sans cesse des vagues et même des raz-de-marée qui gonflent, retombent puis se reforment et se superposent d’ailleurs sans cesse. Ainsi de l’État islamique et d’al-Qaïda et des Taliban continuant avec leurs formes modernes de terrorisme tous les salafismes massacreurs antérieurs, tel que le wahabisme saoudien depuis le XVIII° siècle et, bien avant encore, les déferlantes exterminationnistes d’un Tamerlan, et aussi celles du modèle terroriste des hashishins.  

Et l’on pourrait encore notamment évoquer la conquête, avec ses massacres génocidaires, de l’Afrique du nord berbère et ensuite, les déferlements sur le Maroc et al-Andalus des Almoravides, berbères islamisés, et puis, sur leur amollissement, ceux des féroces intégristes Almohades, eux-mêmes ensuite soumis au surgissement des Mérinides…

L’histoire de l’islam est ainsi nourrie de la succession des islamismes jihâdistes sans cesse renouvelés pour éliminer leurs prédécesseurs devenus trop tièdes. On retrouve sur ce point la justesse du propos du bachaga Boualem que je cite souvent sur « cet islam oscillant sans cesse entre fatalisme et fanatisme ».

Ce que ne voit pas Védrine, c’est ce que notre ami Mohamed-Christophe Bilek a très justement désigné comme le mouvement dialectique d’avancée aujourd’hui  de l’islam : l’islam « mains rouges », l’islamisme terroriste, sanguinaire, suscitant la répulsion mais légitimant par contraste le doux islam qui sait faire « patte blanche » et qui s’installe, et s’étend toujours plus grâce à la répétition lancinante du « pas d’amalgame ». 

Bien sûr, Védrine, que « Daesh » est minoritaire et sera vaincu ! 

Mais l’islamisme, n’est-ce pas aujourd’hui surtout celui des frères musulmans et autres mouvements analogues ou affiliés tels notre UOIF qui encadre de plus en plus l’islam en France ? Et l’islam que l’on ne saurait le plus souvent différencier de ce que l’on appelle l’islamisme, n’est-ce pas la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Soudan, l’Afghanistan, et vingt autres pays encore, sans oublier l’Iran chiite, pays où l’on ne peut que distinguer, difficilement, différents degrés dans une plus ou moins fanatique application de la charia, selon des degrés dans la terreur d’État ? 

Mais, à bien vous écouter, le règne de l’islam ne semble pas vous inquiéter, pourvu qu’il soit tranquille, qu’il ne soit pas Daesh, comme s’il n’était pas en effet tranquille puisque reposant certes sur une terreur d’État établie mais pour n’interdire principalement que la liberté religieuse et d’abord celle de la libre conversion réciproque.

Mais au fond, cela ne vous gêne peut-être pas beaucoup. Peut-être  pensez-vous qu’il vaut mieux accepter une « douce » dhimmitude plutôt que de risquer encore les horreurs du jihâdisme ?

Après tout, hormis les interdits d’alcool et de viande de porc, dont la transgression n’est d’ailleurs pas partout si difficile, pourquoi refuserait-on à grand risque l’extension du règne d’un islam qui, une fois établi, ne sera sans doute pas si tatillon ?

Ainsi, bien sûr, il faut vaincre « Daesh ». Mais ensuite, en quoi serait-il si triste de devoir vivre alors demain à Paris et Marseille comme aujourd’hui à Marrakech ? Et d’ailleurs déjà, trois de nos dames ministres, deux musulmanes et une juive, ne sont-elles pas issues de la douce convivialité islamo-marocaine ? 

Alors, grâce soit rendue à Védrine et à tous ceux qui partagent son point de vue : après la fin inéluctable de l’islam « mains rouges » va venir l’ère de l’islam pacifique. Et c’est ainsi, comme aurait conclu mon maître Alexandre Vialatte, que l’islam est grand et pacifique, comme le dit François et qu’Hubert Védrine est son prophète. 

Indéniable évidence : le problème, c’est tout simplement l’islam !

Le terrorisme prolifère sur le terreau de l’islamisme. 

L’islamisme, c’est l’idéologie de l’islam avec son constant appel à la conquête jihâdiste du monde selon l’enseignement et le modèle sacralisé de Mahomet tel que transmis depuis des siècles.

L’islam est la cause fondamentale du terrorisme islamique.
Donc il faut aider les musulmans à se libérer du carcan islamique.
Bernard Antony