lundi 25 avril 2016

Onfray dans le Figaro-Magazine : sur l’islam il atteint son seuil d’incompétence.



Le Figaro-Magazine de cette semaine a pour titre de couverture « Les intellectuels et l’islam » avec la photo en premier plan de Michel Onfray bordé à sa droite par Eric Zemmour et Alain Finkelkraut et à sa gauche par Zineb El Rhazaoui, Mohamed Sifaoui et Michel Houellebecq.
Plusieurs pages du dossier sont consacrées aux parcours remplis d’embûches des journalistes d’origine musulmane, la marocaine Zineb El Rhazaoui, le franco-algérien Mohamed Sifaoui, l’algérien Kamel Daoud et aussi à Nadia Remadna, née à Créteil, orpheline de mère à 2 ans, que son père algérien, musulman fanatique, arrachera à la France pour des années de véritable enfermement dans un village des montagnes de Kabylie d’où elle pourra un jour s’enfuir enfin à l’âge de 25 ans.
L’évocation de ces courageuses personnes est bien menée. Mais leur auteur, Alexandre Devecchio, n’évite pas, comme tant d’autres journalistes, le conformisme de l’expression « l’islam politique » dans l’affligeant sous-entendu qu’il y aurait un « islam non politique ». Ignorance ou prudence pour ne pas risquer l’imputation infâmante d’islamophobie ?
Et de surcroît il a utilisé cela dans une phrase qui suffit à invalider l’expression. Citons-la : « Ironiquement, tous ces affranchis de l’islam politique avaient choisi la France pour échapper à la police des mœurs et de la pensée ».  En l’occurrence, comme raconté, ils ont pour cela fui, les uns l’Algérie, les autres le Maroc, pays d’islam où, comme dans tous les pays adhérents de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) au nombre de 57, il y a police des mœurs et de la pensée, comme l’implique, depuis sa fondation à Médine par Mahomet, la théocratie totalitaire qui est la définition même de l’islam.
De l’islam qui a balayé la fondamentale et révolutionnaire distinction apportée par le Christ entre la politique et la religion, ou en termes plus doctrinaux, entre le spirituel et le temporel : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ! ». Alexandre Dececchio ne peut ignorer, on l’espère, l’exhortation revenant si souvent dans le Coran et les Hadîths : « Obéissez à Allah, obéissez à son prophète ! ».
Comme si Mahomet n’avait pas été simultanément un chef politique, un chef de guerre, un chef religieux !
Où Devecchio a-t-il vu un islam non politique ? Des musulmans personnellement non intéressés par la politique, on peut en rencontrer mais pour autant ne font-ils plus partie de l’oumma ? Et l’oumma n’est-elle pas régie dans tous les aspects de la vie par la charia ?
La vérité, c’est que si l’islam n’est plus politique, eh bien, il n’y a plus d’islam !
Mais ce qui est excusable chez un journaliste qui n’est pas nécessairement très formé sur l’islam ne l’est plus dès lors qu’il s’agit de Michel Onfray, intellectuel et philosophe et auteur d’un livre sur l’islam.
Non seulement lui aussi évoque « l’islam politique », affirmant donc implicitement un « islam apolitique », encore une fois, où et quand ? Avec les 4 premiers califes (« successeurs ») de Mahomet, avec les suivants ? Dans l’empire ottoman ? Aujourd’hui en Arabie Saoudite, en Iran, en Turquie ? Et même sous les régimes dits « laïques », kémaliste ou baasiste, en Turquie, en Irak, en Syrie, l’islam était-il apolitique ?
Que nenni ! Ce serait ne rien connaître l’histoire et de la réalité de ces pays et de ces régimes que de l’affirmer !
Onfray professe : « L’islamisme est l’islam qui s’appuie sur les seules sourates dont j’ai dit qu’elles étaient incompatibles avec les valeurs de la République ».  L’embêtant, d’abord, c’est qu’il ne cite pas lesquelles et qu’il semble allègrement confondre sourates et versets tout en déformant le texte.
Ainsi cite-t-il comme une sourate les mots suivants : « Exterminez les incrédules jusqu’au dernier » alors que le texte exact est : « … Dieu voulait manifester la vérité par ses paroles et exterminer les incrédules jusqu’au dernier,… ».
Ce n’est évidemment pas une sourate mais un extrait des versets 7 et 8 de la sourate VIII titrée Le Butin.
Ensuite, même si, comme nous, on a la plus grande répulsion pour l’islamisme, comment oser écrire qu’il s’appuie sur les seules sourates  incompatibles avec les valeurs de la République ?
Il y a 114 sourates dans le Coran. Ce serait intéressant qu’Onfray nous dise celles que l’islamisme délaisse. Remarquons aussi qu’il n’évoque même pas les Hadîths, deuxième texte sacré de l’islam dont le sahîh d’El-Bokhâri comporte 97 sourates dont on lit toujours au moins quelques versets dans les cultes du vendredi.
Or, c’est à partir du Coran et des Hadîths qu’a été élaborée la charia, la loi fondamentale de la théocratie totalitaire islamique que les islamistes veulent simplement appliquer entièrement et dans toute sa rigueur et même son horreur.
Et l’important n’est donc pas de savoir si tel ou tel verset (qu’Onfray appelle des sourates !) est compatible avec les valeurs de la République alors que bien évidemment la question de la compatibilité porte sur la charia, indéniablement loi religieuse, politique et code de mœurs régissant l’oumma dans tous les aspects de la vie collective et les moindres détails de la vie individuelle.
Or Onfray n’évoque même pas l’oumma, ni la charia, ces deux mots-clés de la réalité islamique !
Parler de l’islam sans même les considérer un instant, ce n’est pas sérieux. Mais là où vraiment il se dévalue, c’est en brandissant lui aussi, comme les musulmans maniant la taqiya, le verset « Pas de contrainte en religion ! ». Or tous ceux qui ne sont pas des prosélytes de l’islam savent que le verset fut utilisé par Mahomet lors de ses débuts à La Mecque, pour réclamer que nul ne s’oppose à ceux qui souhaiteraient se convertir à l’islam.
Jamais, même dans les époques et les régimes islamiques les moins fanatiques ce verset n’a été appliqué dans l’autre sens. Pas question de respecter une non-contrainte : abandonner l’islam, c’est apostasier et la charia stipule la peine de mort pour cela, toujours appliquée dans les deux pays phares de l’islam, l’Arabie Saoudite sunnite et l’Iran Chiite et plusieurs autres pays. Ailleurs, si ce n’est pas la mort « de jure » ce l’est très souvent « de facto », par la violence de l’oumma, et pour le moins, ce sont légalement de lourdes peines que l’on inflige.
Et il en a été ainsi jusqu’à nos jours, et toujours et partout à sens unique, par exemple en Égypte où sans cesse des pressions et souvent des menaces pèsent sur les Coptes pour qu’ils passent à l’islam. À ceux des chefs religieux chrétiens qui osent protester, les imans et les oulémas répondent alors : « pas de contrainte en religion ! ». Ce qui signifie « pas de contrainte contre la conversion à Mahomet ! »
En fin d’entretien, Onfray, pour terminer en beauté son exposé de science coranique, cite un verset que voici : « Petit est le nombre de ceux qui réfléchissent ». Et il donne la référence XL, 78. L’embêtant, chacun peut le vérifier, c’est que le texte cité n’est pas dans ce verset qui se conclut par :  « Ceux qui profèrent des mensonges sont alors perdus »…  Dans la même sourate, dans les précédents versets, toujours sur les menteurs, il est dit : « Ceux qui ont traité de mensonge le Livre et les messages dont nous avons chargé nos prophètes sauront bientôt (v. 70) (la vérité) :
Lorsque, carcan au cou,
Ils seront  traînés avec des chaînes (v.71)
Dans l’eau bouillante,
Et précipités ensuite dans le Feu (v. 72)
On leur dira :
« où sont donc ceux que vous avez associés à Dieu ? »
Ces versets sont parmi les innombrables visant les « associateurs », c’est-à-dire les chrétiens, coupables d’associer deux autres divinités à Dieu, le seul péché qu’Allah a déclaré impardonnable (pour les autres, « Il fait ce qu’il veut », dit le Coran).
Antoine Moussali, le très grand islamologue libanais et érudit de la langue arabe, range de pareils passages dans ce qu’il appelle des « occurrences de violence ». il en a dénombré 700. On aimerait savoir si Onfray les place parmi ce qu’il appelle « les sourates tolérantes » (sic !) dans sa confusion des sourates et des versets.
Faut-il comprendre que tous ces passages vouant aux gémonies  ces associateurs de chrétiens le laissent indifférent, puisqu’il est pour sa part athée ? Néanmoins, ne perçoit-il pas qu’il y a dans ce Coran comme une délectation dans la description sans cesse réitérée des supplices auxquels ils sont voués pour l’éternité ?
Curieuse ambiance tout de même dans ces « sourates tolérantes ».
 Et comment cet intellectuel ne s’avise-t-il pas de réfléchir à l’importance mimétique du modèle du prophète ? Comme si Mahomet lui-même n’avait pas fait égorger, amputer, lapider, fouetter, torturer. Ce que peuvent invoquer pour leur justification tous les jihâdistes des « États islamiques » d’hier et d’aujourd’hui !
Mais à la lecture des propos d’Onfray, tous ceux qui ont un tant soit peu de culture islamique n’éprouvent-ils pas comme une gêne ? Et si ce personnage était dans cette catégorie des intellectuels et des artistes qui, parce qu’ils ont, semble-t-il, un domaine de compétence, ne craignent pas d’émettre sans vergogne des considérations et jugements en des matières qu’ils ne connaissent pas ?
La vérité, c’est que sur l’islam Michel Onfray est bien affligeant avec son orgueilleuse méconnaissance.