Ratko Mladić, le « boucher des Balkans », est mort : sa mort n’efface pas les crimes
Ratko Mladić est mort. Mais il ne s’agit pas de la disparition d’un « héros serbe », d’un vieux général emporté par l’âge ou d’une figure militaire appartenant simplement à une guerre révolue. Il s’agit de la mort d’un homme que la justice internationale a condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Il est mort à La Haye où il purgeait une peine de prison à perpétuité.
Pendant des années, Mladić, surnommé le « boucher des Balkans », avait incarné la sauvagerie de la guerre de Bosnie. À la tête des forces serbes de Bosnie, il fut l'un des principaux responsables militaires d'une entreprise de conquête territoriale et de nettoyage ethnique qui transforma une partie de la Bosnie-Herzégovine en champ de ruines. Le siège de Sarajevo, qui dura près de quatre ans, soumit les habitants de la capitale aux bombardements, aux tirs de snipers et à une terreur quotidienne. Mais son nom reste surtout associé aux horreurs de Srebrenica. Sauf pour le gouvernement serbe (farouchement poutiniste, ceci pouvant expliquer cela et réciproquement…) qui a décidé de rendre les honneurs militaires au massacreur et de lui réserver des obsèques nationales !
En juillet 1995, alors que Srebrenica avait été déclarée « zone de sécurité » par les Nations unies, les forces placées sous son commandement s'emparèrent de l'enclave. Plus de 8 000 hommes et jeunes garçons bosniaques furent tués. Ce massacre est considéré comme le pire crime de masse commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Mladić n'a jamais été simplement un spectateur de ces événements. Le tribunal international a établi sa responsabilité pénale dans le cadre de ces crimes et l'a condamné en 2017 à la prison à perpétuité. Sa condamnation a été définitivement confirmée en appel en 2021.
Il aura fallu attendre seize ans après la fin de la guerre pour que Mladić soit arrêté (en 2011), après avoir vécu pendant des années dans la clandestinité. Cette longue fuite fut en elle-même un scandale : tandis que les familles des victimes enterraient leurs morts et que les survivants tentaient de reconstruire leur existence, l'un des principaux responsables militaires du conflit échappait à la justice. Son arrestation n'a donc pas été un simple épisode judiciaire. Elle a marqué la fin d'une période durant laquelle l'Europe avait accepté de vivre avec l'une des grandes faillites de sa justice : laisser pendant des années un homme accusé des crimes les plus graves du continent échapper aux tribunaux.
La mort de Mladić ne change rien au jugement de l'histoire, et surtout pas à celui de la justice. Il est mort condamné. Il est mort après que ses recours eurent été rejetés. Il est mort sans que sa condamnation pour génocide soit annulée. Et il est mort alors qu'il purgeait une peine destinée précisément à rappeler que rien ne peut transformer le massacre de civils en acte honorable.
Mladić a longtemps voulu se présenter comme le « défenseur d'un peuple » et comme un soldat engagé dans une guerre nationale. Cette rhétorique ne résiste pas à la réalité des victimes. Une cause politique ne donne jamais le droit de massacrer une population, de persécuter des civils, d'assassiner des femmes et des enfants.
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Il ne faut pourtant pas croire que la mort de Mladić clôt définitivement le chapitre des abominations commises contre la Croatie et la Bosnie. La guerre est terminée depuis plus de trente ans, mais ses blessures sont loin de l'être. Le nom de Mladić continue de provoquer des réactions radicalement opposées dans les Balkans. Certains Serbes continuent à le glorifier, tandis que pour les survivants et les familles des victimes, il demeure le symbole de l’horreur.
Mladić n'était pas un personnage de roman. Les hommes tués à Srebrenica n'étaient pas des figurants. Les habitants de Sarajevo pris sous les tirs n'étaient pas les dommages collatéraux d'une épopée militaire. Ils étaient des êtres humains. Et derrière les chiffres — 8 000 morts à Srebrenica, des milliers de victimes du siège de Sarajevo, des familles dispersées, des vies détruites — il y a des noms, des visages et des histoires.
Alain Sanders