Emmanuel Macron est-il devenu le « petit télégraphiste » des ennemis de l’Occident ?
La formule est brutale. Mais elle circule de plus en plus : Emmanuel Macron serait devenu le « petit télégraphiste » des adversaires de l’Occident, c’est-à-dire un dirigeant qui, par ses déclarations ou ses choix diplomatiques, relaierait involontairement — ou naïvement — les intérêts de puissances hostiles.
Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, Emmanuel Macron s’inscrit dans une coquetterie française ancienne : celle d’une supposée autonomie stratégique. Héritée du gaullisme (que l’on se souvienne de l’ignominie du discours de Phnom Penh), cette ligne consiste à se démarquer systématiquement des États-Unis et à maintenir des canaux de dialogue avec tous les autres acteurs, adversaires et ennemis compris.
Cela s’est traduit par plusieurs initiatives controversées : un dialogue prolongé avec la Russie avant et après l’invasion de l’Ukraine, des appels répétés à « ne pas humilier la Russie » ; une volonté de maintenir un contact diplomatique avec l’Iran (Macron allant jusqu’à serrer la main sanglante des bourreaux du peuple iranien) ; des plaidoyers pour un européisme frénétique « pour faire pièce à Washington » ; des critiques occasionnelles de la logique des blocs dans la rivalité avec la Chine ; un dangereux mano en la mano avec le gaucho-wokiste Pedro Sànchez, etc.
Tout récemment, Macron a tenu à s’entretenir avec le président iranien (miraculeusement passé entre les balles jusque-là). A la grande satisfaction de son entourage : « C’est le seul dirigeant occidental à avoir pu lui parler ». C’est sûr qu’il y a là de quoi se vanter… Macron s’est fendu d’un tweet pour indiquer qu’il avait demandé à son homologue de libérer les deux otages français retenus à Téhéran. Il n’a, en revanche, pas émis la moindre empathie envers les Iraniens massacrés par milliers par le régime islamiste. Il y a des moments comme ça ou la complaisance diplomatique confine à la complicité.
Cette posture est dangereusement ambiguë. Certaines des déclarations de Macron ont ainsi été exploitées par des régimes hostiles pour nourrir leur propagande. Par exemple : lorsque Paris insiste sur l’idée que l’OTAN serait en « mort cérébrale » (2019) ; quand l’Élysée souligne la nécessité de comprendre les « préoccupations sécuritaires » russes ; quand Macron critique « l’alignement européen sur Washington ».
Ces positions donnent l’impression (et ce n’est pas qu’une impression) que la France relativise la confrontation avec des régimes autoritaires. Le président français est devenu— volontairement ou non — un relais des narratifs utilisés par les adversaires géopolitiques de l’Occident.
Il fut pourtant un temps où la diplomatie française parlait clair. Une époque où la voix de Paris portait parce qu’elle savait nommer les adversaires, assumer ses alliances et défendre sans trembler ses intérêts. Macron a transformé cette tradition en un exercice d’équilibrisme qui finit par brouiller le message de la France.
Ses partisans nous disent qu’il est « subtil » et, en un mot, « trop intelligent » pour le vulgum pecus. Mais, dans un monde de guerre informationnelle, la subtilité ne survit pas longtemps. Les régimes autoritaires, eux, ne s’embarrassent pas de nuances : ils reprennent ces phrases, les amplifient et les retournent contre l’Occident.
Dans ce contexte, chaque déclaration ambiguë devient une munition dans la guerre des récits. Chaque hésitation nourrit la propagande qui prétend que l’Occident doute de lui-même. Et lorsque la France donne l’impression d’hésiter, ce n’est pas seulement sa crédibilité qui est en jeu. C’est celle de l’Europe tout entière.
Une chose est certaine : dans un monde redevenu brutal, l’ambiguïté stratégique coûte cher.
On redécouvre du même coup une vérité ancienne : dans certaines périodes de l’histoire, vouloir parler à tout le monde finit par donner l’impression de ne plus parler au nom de personne. Et, en ce qui concerne Macron, même plus en son nom propre…
Alain Sanders