Chuck Norris nous a quittés : il était de la famille !
On l’a vu dans les Missing in Action (« Portés disparus »). Sa série « Walker Texas Ranger » fit un tabac (et continue d’être programmée partout en Europe et encore récemment en France). Le « politiquement correct » n’était pas son truc. Il était de la famille ! Et je me souviens encore des bons moments passés avec lui au White Elephant de Fort Worth, Texas et d’une visite au musée des Texas Rangers, à Waco, où il était comme chez lui…
Quand vous demandiez à Chuck Norris – le Cordell Walker de « Walker Texas Ranger » – ce que l’Ouest, l’Ouest des westerns, signifiait pour lui, il répondait dans un grand rire :
— C’est là que je suis né.
Et puis, plus sérieusement :
— Je pense que l’Ouest ce sont des traditions, les traditions du vieux temps, et des principes forts.
Carlos Ray Norris – il héritera du « Chuck » quand il servira dans l’US Air Force – est né le 10 mars 1940, à Ryan, Oklahoma. D’un père Cherokee et d’une mère irlandaise. Son père avait la bougeotte :
— Je n’avais pas onze ans que nous avions déjà déménagé seize fois !
En 1951, la famille Norris – trois garçons, Chuck est l’aîné – s’installe à Torrance, Californie. L’année suivante – Chuck est alors âgé de douze ans – Norris senior se tue dans un accident de la route :
— Nous avons alors vécu dans une extrême pauvreté, à la limite de la misère. Ce n’est pas des jours dont vous vous souvenez en disant qu’ils étaient les plus heureux de votre vie... Heureusement pour moi, maman étant très pieuse, elle s’est toujours appliquée à nous garder dans des sentiments de spiritualité. Elle nous a donné un certain nombre de concepts « positifs ». Je m’y tiens encore aujourd’hui.
À 18 ans, Chuck s’engage dans l’US Air Force en Corée. C’est là qu’il sera initié au Tang Soo Do, un art martial que peu d’Occidentaux maîtrisent à l’époque. Il est doué. Très doué. En 1968, il devient champion du monde professionnel de karaté catégorie mi-lourds. Il restera invaincu jusqu’en 1974, année où il arrêtera la compétition.
Quand il commença de faire du cinéma, Steve McQueen (à qui il avait donné des cours de karaté dans l’une des 32 écoles qu’il dirigeait) lui donnera un conseil : « Mets dans le personnage que tu interprètes autant de toi que possible. »
Chuck n’oubliera pas la leçon. Son personnage de Texas Ranger, Cordell Walker, est le fils d’un Cherokee, devenu orphelin à 12 ans, ancien Marine et champion de kickboxing...
Le premier vrai film de Chuck date de 1973 : Return of the Dragon (« Le Retour du Dragon ») avec Bruce Lee. En 1977, il est la vedette – dans un rôle de camionneur déjanté – de Breaker ! Breaker ! Suivent Good Guys Wear Black (1979), Force of One, Code of Silence, Lone Wolf McQuade (où il tient déjà le rôle d’un Texas Ranger solitaire), la série des Portés disparus, Invasion USA, etc.
« Comment expliquez-vous le succès de “Walker Texas Ranger” ? », lui demandait-on souvent. À question facile, réponse aisée.
— Les hommes sont séduits par l’action et les jolies filles. Les femmes apprécient le côté humain de mon personnage et les jeunes adorent Walker, modèle de droiture dans notre société moderne. Mon feuilleton montre l’aspect positif des choses et, même lorsque nous traitons de sujets difficiles comme la drogue ou la violence, il y a toujours un côté moralisateur.
À Navasota (Texas), Chuck Norris s’était acheté un ranch. « Ma vraie maison », disait-il. Avec des chevaux (des quarter horses) et quarante-cinq têtes de bétail : des Long Horns et des Angus.
Le ranch, les Texas Rangers, une morale de cowboy à l’ancienne... La magie de l’Ouest fit-elle le succès de « Walker Texas Ranger » ? Chuck n’hésitait pas :
— Cette série est morale. C’est un spectacle que la famille tout entière peut regarder. Il y a assez d’action pour que les pères s’assoient et la regardent. Mais pas une action telle que les gamins ne devraient pas regarder.
« Walker Texas Ranger » était d’ailleurs devenu une affaire familiale avec son frère, Aaron, coproducteur de la série avec Chuck, et Eric, l’un des deux fils de Chuck, qui coordonnait toutes les cascades.
Dès qu’il avait du temps de libre, Chuck le consacrait à son association Kick Drugs Out of America (Chassez la drogue hors de l’Amérique) :
— Les familles et les enfants en difficulté viennent à notre rencontre. Dans ce sens, nous avons atteint nos objectifs. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire. Beaucoup de gosses sont issus de milieux socialement défavorisés, ou sont livrés à eux-mêmes, leurs parents ayant divorcé. Certains deviennent gangsters ou dealers parce qu’il n’y a plus d’autorité parentale, ni de modèle de stabilité à la maison.
L’un des secrets du succès d’une série télé ou le Bien et le Mal sont strictement délimités, tient aussi au quatuor qui la composait et l’animait : Cordell Walker (Chuck Norris) ; James Trivette (Clarence Gilyard), un ancien joueur de football américain parfois dépassé par les méthodes abruptes de Walker ; la jolie Alex Gahill (Shere J. Wilson), assistante du District Attorney, amoureuse du Ranger solitaire ; C. D. Parker (Noble Willigham), un ancien Texas Ranger qui tient le CD’s, un saloon où tous se retrouvent pour boire une Lone Star et écouter de la musique country.
Les modèles du petit Chuck Norris quand il était orphelin de père ?
— John Wayne et James Stewart sont des modèles positifs pour moi. Je regardais leurs films et je les classais, l’un et l’autre, dans la catégorie paternelle. On dit que le Bien finit toujours par vaincre le Mal. Malheureusement, dans la plupart des films que l’on tourne aujourd’hui, c’est le Mal qui l’emporte. Je pense qu’il est rafraîchissant d’avoir des spectacles qui finissent par un happy end, des spectacles qui vous font dire : « Je me sens meilleur maintenant. » Je suis sûr que nous avons besoin de plus de spectacles de cet ordre, et je suis sûr que c’est ce dont a besoin notre pays.
Chuck allait encore plus loin :
— Les spectacles qui font la promotion de la promiscuité tous azimuts, du sexe libre, et de toutes ces choses ne sont pas bons. Ils passent pourtant en prime time à la télévision et les critiques n’ont jamais rien dit à ce sujet. Ça me tourneboule l’esprit de comprendre comment ils établissent leurs priorités quant à ce qui est bien et à ce qui est mal à la télévision.
IL disait encore
— Je ne sais pas jusqu’à quand durera « Walker Texas Ranger ». Je traite le problème saison par saison. Ayant, comme tout le monde, une vie limitée [par la mort], c’est cependant une des questions que je me pose en ce moment… J’aimerais passer plus de temps dans mon ranch, consacrer plus de temps à Kick Drugs Out of America et à ma famille.
Un dernier mot. Le second frère de Chuck, Wieland, a été tué au Vietnam. En action. Je suis sûr qu’il aura été fidèle au poste, dans la Maison du Bon Dieu, pour accueillir son frangin…
Alain Sanders