Non, la violence prônée et appliquée par LFI n’est pas « fasciste » : elle est intégralement bolchévique !
Les controverses autour de la conflictualité politique (pour ne pas dire plus) entretenue par La France insoumise (LFI) ont parfois conduit à qualifier son style et ses outrances de « fascistes ». Cette analogie, stratégique dans le registre polémique, résiste pourtant mal à l’analyse historique et doctrinale. Si violence politique il y a — verbale, symbolique, stratégique, physique — elle ne relève pas du « fascisme », mais s’inscrit directement dans une tradition révolutionnaire bolchévique.
Le fascisme historique s’est structuré autour d’un nationalisme organique, d’un culte de l’État, d’un rejet du marxisme et d’une volonté d’unité nationale transcendante. Les régimes issus du fascisme ont indéniablement mis en œuvre une idéologie fondée sur l’exaltation de la nation, l’éradication des ennemis « intérieurs » perçus comme étrangers au corps national, et une forme de hiérarchisation ethnique.
À l’inverse, la tradition bolchévique issue du Parti bolchevik dirigé par Lénine s’enracine dans une lecture marxiste de la lutte des classes. La violence y est conçue comme un instrument historique légitime (la fin justifie les moyens) au service de la révolution prolétarienne et de la destruction de l’ordre bourgeois. Elle est pensée non comme une affirmation nationale, mais comme un moyen dialectique d’accélération du conflit social. La distinction est fondamentale : le fascisme absolutise la nation ; le bolchévisme absolutise la classe.
Le discours de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement repose explicitement sur une rhétorique de confrontation. Il oppose fréquemment la «nouvelle France» des racisés à celle des Français de souche, la « majorité sociale » aux « « puissances de l’argent », et revendique une logique d’affrontement institutionnel, social et désormais ethnique. Cette polarisation s’inscrit dans une tradition de gauche, mais elle puise aussi dans l’imaginaire révolutionnaire.
Chez LFI, les appels à la « rupture », à la « révolution citoyenne » ou à l’« insurrection civique » (préparatoire de la guerre civile) relèvent de cette culture de la discontinuité historique. Le conflit est perçu comme moteur de transformation, la référence implicite relevant de la radicalité jacobine ou léniniste.
On nous explique que la forte personnalisation du mouvement autour de Jean-Luc Mélenchon serait un trait « fascisant ». Sauf que la centralité du chef est omniprésente dans les mouvements révolutionnaires léninistes. Dans le bolchévisme, le lider est supposé incarner « l’avant-garde révolutionnaire guidant la classe vers sa libération ». LFI s’inscrit dans cette logique en expliquant que le leadership est justifié par l’efficacité stratégique et la capacité de mobilisation. La tradition bolchévique vise à s’emparer de l’appareil d’État pour le transformer radicalement au service d’un projet totalitaire. Par tous les moyens.
Qualifier la violence rhétorique ou stratégique de LFI de « fasciste » relève donc davantage de l’invective que de l’analyse. Plus personne ne devrait en être dupe. Et pourtant, même les médias les moins à gauche (CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche) tombent dans le panneau (et même le Mathilde Panot…) en continuant d’affubler LFI et Mélenchon de l’étiquette « fasciste ». Parce qu’il est moins risqué, voire plus gratifiant, de dénoncer un « fascisme » qui n’existe plus nulle part, que de parler de l’horreur communiste. Qui est toujours à l’œuvre et tient sous son joug de nombreux pays, mais bénéficie chez nous (où il y a toujours un parti communiste quand, ailleurs en Europe, les marxistes-léninistes se déguisent sous des noms chattemites) d’une complaisance qui frise la complicité.
Alain Sanders